Au nom de Dieu le Tout-Miséricordieux Prière sur Notre Seigneur Mohammed, sa descendance et ses compagnons .

Le rapport politique de l’année 2018 Session 22 du Conseil National du Cercle Politique du Mouvement Justice et Spiritualité –Maqdès

Axes :

Introduction ·

         Axe externe · 

        Axe politique · 

        Axe économique ·

         Axe social · 

        Questions  religieuse et culturelle ·   

      Droits humains ·  

       La question de la femme ·  

       La jeunesse · 

        Conclusion  

  Introduction

L’année 2018 est passée dans un climat politique, social et économique confirmant le pouvoir de la corruption et du despotisme qui ne cessent de freiner le processus de changement dans notre pays et de saboter les aspirations de notre peuple à une croissance globale accompagnée de la dignité humaine, de la liberté réelle et de la justice équitable. La volonté populaire ne cesse d’innover en matière de protestation et de rejet des plans makhzéniens visant à engager notre pays dans la voie de la fragilité et de l’autoritarisme menant à des lendemains obscurs. Des plans qui font fi de tous les indicateurs inquiétants comme des mises en garde contre la méga-crise dont les tentacules enserrent tous les secteurs et les envahissent tous les espaces géographiques du pays. Ceci alors que la pauvre machine médiatique ne lésine pas sur les slogans dérisoires de la propagande mensongère qui n’hésite pas à contredire mêmes les discours officiels réitérant la reconnaissance de la réalité soumise à la corruption généralisée et les échecs cumulés à tous les niveaux. Le makhzen n’hésite plus à liquider tous derniers acquis gagnés par le peuple après des combats acharnés contre l’autoritarisme, le monopole et la fragilité. Il n’a cesse de déployer tous ses efforts pour revenir à la case zéro pour soumettre totalement ce peuple, prouvant par là l’absence avérée de toute volonté politique d’opérer un changement qui rendrait à la volonté populaire son statut de partie prenante à la question publique. Le makhzen s’emploie en ce sens à faire diversion et à disperser les forces de la société en semant la zizanie dans ses rangs pour assurer sa mainmise sur les richesses du pays et son monopole du pouvoir, s’appuyant sur des acteurs étrangers et régionaux qui prêtent la main aux pouvoirs despotiques contre les intérêts de leurs peuples. Devant cet état de fait, et partant des principes régisseurs de son action, le Mouvement Justice et Spiritualité a, à l’instar d’un certain nombre de forces vives de la société, choisi de continuer à se ranger du côté du peuple et à confirmer son alignement sur l’option pacifiste quoique le climat de désespoir régnant fasse présager l’avènement d’une terrible explosion. Grâce à Dieu, le Mouvement n’a jamais cessé de participer à et de soutenir toutes les formes de protestation pacifiste comme d’exprimer à travers ses communiqués et son action sa position contre l’offensive impitoyable menée par le despotisme contre les droits politiques, économiques, civils et sociaux, tout comme vis-à-vis de la corruption avide qui n’a cesse de vouloir en engloutir toute impunité toutes les richesses du pays. Le Mouvement n’a, en outre, eu cesse de persévérer sur ses tentatives de tisser des relations de dialogue équilibré avec diverses parties et figures politiques, partant de sa conviction que seul ce chemin peut faire aboutir le processus de changement et de transition vers le Maroc de la dignité, de la liberté et de la justice sociale. Il n’a aussi cesse de faire preuve de contribution et de participation efficientes à toutes les questions et dossiers politiques, féminins, syndicaux, de jeunesse et de droits humains, ceci quoique ses cercles d’action soient très réduits et ses droits à l’accès à l’espace public soient réquisitionnés, sans parler des manœuvres de diversion menées contre lui par les poursuites entamées contre ses membres et ses sympathisants. Des constats qui seront traités en détails par ce rapport qui passe en revue la réalité marocaine durant la période allant de novembre 2017 à octobre 2018 dans les secteurs précités et dont le trait dominant fut la confirmation de la règle adoptée par le pouvoir en matière de gouvernance, à savoir la réunion du pouvoir, de la richesse et des prérogatives absolues dans la main du Roi et la responsabilisation et la sanction pour les autres institutions officielles. Et en parallèle, une société qui continue avec ses forces vives à résister l’œuvre destructrice de la vie politique par le biais d’actes légitimes et innovés, faisant ainsi preuve d’un niveau de maturité et d’efficacité croissant. ·  

       Axe externe :

1.       Au niveau international : Hégémonie et soumission

Les Etats-Unis continuent à bafouer les peuples et les états. En parallèle, de nouvelles forces – la Chine en premier – tentent d’émerger par une forme d’expansionnisme économique. La Russie aussi qui exploite son appui au régime d’Al Assad et ses relations avec la Turquie et l’Iran sans parler de celles entretenues bilatéralement avec l’Egypte, l’Irak et l’Arabie Saoudite pour s’imposer sur la scène internationale. La volonté hégémonique des grandes puissances s’accorde à épuiser les richesses matérielles et humaine de la oumma sous prétexte de combattre le terrorisme. Plusieurs pays arabes (Syrie, Yémen, Lybie) se sont, de ce fait, transformés en terrains de guerre et sont tombés en ruines. Ce qui confirme les véritables intentions de ceux qui fomentent ces conflitset qui font fi de la dignité humaine comme du droit de vivre. En fait, la priorité pour ces parties prenantes est accordée à l’expansion militaire s’opérant après le déclenchement des conflits à caractère sectaire pour pouvoir par la suite éradiquer les fondements de base mêmes des peuples arabo-musulmans. Ceci afin de préserver leurs intérêts et leurs positions stratégiques en soutenant les despotes et en faisant s’empirer les conditions de vie dans les zones de conflits. Pour leur part, certains régimes arabes facilitent la tâche à cet hégémonisme en provoquant de fausses-batailles aptes à entraîner la balkanisation d’un terrain très fragilisé (considérer l’exemple du Conseil de Coopération des Pays du Golfe). Cette réalité arabe dominée actuellement par les manœuvres menées par les instigateurs du projet de mise en échec du Printemps Arabe , les états profonds en premier, avec le soutien massif et obstiné des superpuissances, effrayés par la perspective d’une véritable indépendance des pays arabes, exprime de façon claire la volonté inébranlable de ces peuples à s’émanciper et à prendre leur destin en mains et illustre jour après jour la dimension du changement de fond qui est en train de s’opérer à un rythme accélérée. L’administration américaine actuelle renforce son soutien inconditionnel à l’entité sioniste, en cohérence totale avec la volonté de mettre en place « l’Affaire du Siècle » et de liquider la question palestinienne, notamment en déplaçant l’ambassade américaine à Jérusalem le 14 mai 2018, quoiqu’un grand nombre d’états aient voté pour la résolution onusienne interdisant tout changement de statut de la ville sainte. Une résolution sans suite puisque l’entité sioniste bénéficie du soutien flagrant de l’occident et de la complicité grandissante de la quasi-totalité des régimes arabes ayant opté pour une normalisation économique, culturelle, sportive et artistique sans nullement se soucier des sentiments des peuples arabes et musulmans. Au Maroc par exemple, les pratiques normalisatrices ont dépassé les échanges commerciaux vers la normalisation sportive : le drapeau de l’entité sioniste a été levé et son hymne national à l’occasion de sa participation à la coupe du monde du judo à Agadir en mars 2018 puis au triathlon 2018 de Larache. Idem pour la normalisation culturelle qui a vu cette année l’hommage apporté au sioniste Simon Skira , président de ‘l’Association de l’Amitié Israélo-marocaine » , dans le festival du court-métrage, organisé en 2018 à l’Université Al-Akhawayn , à Ifrane, sans parler de la visite, la première du genre, du Ministre marocain des Affaires Etrangères à Jérusalem. Tenant à participer en permanence à toutes les manifestations de soutien aux causes de la oumma, le Mouvement Justice et Spiritualité a , à travers l’Instance de Soutien aux causes de la oumma et le Bureau des Relations Extérieures , adhéré à l’initiative d’appui au peuple palestinien en coordonnant avec d’autres organismes en appelant à la marche du 20 mai 20018 qui a fait écho aux marches du Retour en Palestine qui ont enregistré plus de 190 martyrs et 20772 blessés et asphyxiés. Puisse Dieu les agréer Tous. Le Mouvement s’est par ailleurs distingué par son interaction sur le terrain avec tous les dossiers palestiniens, notamment celui de la judaïsation des lieux sacrés et le blocus imposé aux habitants de Gaza, à travers ses activités dans l’Organisation Internationale de reconstruction de Gaza et son adhésion aux associations mondiale et maghrébine de soutien d’Al-Qods  et de la Palestine, sans parler de sa coordination avec un grand nombre d’organismes et de forces marocaines, notamment  l’Association marocaine de soutien à la lutte du peuple palestinien, l’Association Marocaine pour la Palestine et de Lutte contre la Normalisation et l’Observatoire Marocain de Lutte contre la Normalisation. Il a, en outre, participé à des conférences et des colloques internationaux qui lui ont permis de consolider ses relations externes et de diffuser sa vision sur les causes de la oumma.

2.       Au niveau diplomatique :

Les relations étrangères marocaines souffrent d’une faiblesse institutionnelle et d’une lenteur de performance flagrants. Cela est dû à un problème structurel chronique dont souffre notre diplomatie et qui revient à un mode de gestion monopolisatrice adopté par l’institution royale et son entourage, tout en permettant à certains acteurs politiques de jouer certains rôles secondaires. Les critères de compétence dans l’affectation des ambassadeurs sont remplacés par ceux de la rente et des négociations partisanes. Résultats : La permanence des tensions avec notre environnement, l’Algérie toujours et des relations instables avec la Mauritanie qui a officiellement accueilli cette année l’envoyé du Front Polisario, ceci alors que le médiateur onusien entamait en février des pourparlers avec les deux pays pour activer la résolution 2414 appelant les pays voisins à soutenir les efforts de l’émissaire onusien dans cette voie. Malgré le retour du Maroc à L’OUA et sa reconnaissance implicite de l’échec de la politique du siège visite adoptée par lui depuis 1984, les enjeux politiques et diplomatiques de cet acte sont toujours en suspens, bien que des discussions soient ouverts au sein de l’Organisation pour mettre sur place un mécanisme de résolution de l’affaire du Sahara et d’intervenir dans ce sens. Or, le Maroc rejette tout processus africain parallèle à ce sujet et s’accroche au processus onusien, exprimant ainsi sa méfiance vis-à-vis de l’OUA où il n’a pas de place de choix. Le Comité Al-Qods souffre d’une inertie sans précédent. Son échec éclatant dans la protection d’Al-Qods et dans la confrontation de la montée en puissance des plans de judaïsation des lieux saints sont flagrants. Car à l’exception de la lettre envoyée par le Roi, président de ce comité, au président américain Trump, la performance de cette organisation à ce propos est infime.

·         Axe politique : Une autre mauvaise année enregistrée par les politiques du régime. Au despotisme de la poigne royale maintenue sur toutes les articulations du pays, s’ajoute la question de l’efficacité de cette institution qui s’est accaparé toutes les prérogatives constitutionnelles et politiques. Les institutions officielles chargées de servir le citoyen se confinent au rôle d’organes Mis à la disposition de l’acteur hégémonique sur la scène politique.

1.       L’institution politique : j’ai le pouvoir mais vous assumez la responsabilité

Le mouvement Justice et Spiritualité n’a cessé d’affirmer que l’institution politique au Maroc s’accapare tous les pouvoirs comme en atteste le texte constitutionnel de 2011 et la pratique qui s’en est suivi. Nos documents parus en 2011, 2016 et 2015 démontrent clairement de la nature despotique du régime représenté par un individu non élu qui monopolise le pouvoir et en octroie des parcelles à sa cour et à ses conseillers. Les élus sont mis sur le devant de la scène politique dépourvus qu’ils sont de toute pratique réelle du pouvoir. Une situation qui perdure encore et à laquelle s’ajoutent deux aspects : La fortune faramineuse du Roi et de sa famille qui ne cesse de décupler à travers les profits gigantesques que leurs entreprises ne cessent d’accumuler dans les nombreux secteurs qu’elles contrôlent comme à travers le budget qui leur est officiellement alloué et qui ne peut être débattu, ni géré par quiconque. En atteste le rang occupé par le Roi chaque année parmi les magnats du monde. Ceci alors que la majorité écrasante du peuple marocain se débat dans la misère, bien en dessous du seuil de la pauvreté, sans parler de son rang sur l’échelle du développement humain comme le montrent bien les rapports des organismes internationaux. Le silence imposé vis-à-vis de ce coût immense et de cette fortune insultante confirme la nature véritable du régime comme de ses rapports avec les organes de contrôle. Le deuxième aspect est la tendance enregistrée par les discours royaux qui ne cessent de souligner la responsabilité de la situation sur les autres acteurs. Bien qu’il soit le chef du pouvoir exécutif, celui qui a le dernier mot en matière de législation et qu’il soit à la tête des bras comme des institutions innombrables de l’état, il n’hésite pas à faire assumer la responsabilité des disfonctionnements enregistrés aux institutions qu’il préside. Un discours qui inverse les rôles et qui, tout s’accaparant tout le pouvoir, fait assumer la responsabilité des échecs aux autres. La question de la responsabilité se pose donc avec acuité, surtout avec les voyages incessants et les absences très longs du Roi hors du pays. Un phénomène qui a été observé à l’occasion de certains dossiers brûlants dont celui des procès iniques contre les détenus d’Al-Hoceima et Jerada comme celui du boycott de certains produits alimentaires dont les prix sont devenus inabordables pour le citoyen.

2.Les institutions officielles : des structures sous commande

Cette scène est aussi régie par deux autres acteurs auxquels on a octroyé une marge de pouvoir et qu’on a affecté par la force de la loi au statut de serviteur et de laquais qui s’emploie à justifier et à ancrer l’autoritarisme de leur commanditaire. Fait avéré dans le processus de validation de la constitution de 2011 puis de sa mise en œuvre par la suite dans les lois, les règlements et la pratique. Le gouvernement se trouve par ce fait impuissant à exercer son pouvoir exécutif en dehors de la logique des instructions et des plans validés par les hautes instances, la durée de vie du programme gouvernemental ne dépassant pas le délai de sa présentation devant le parlement et les agendas gouvernementaux se soumettant aux instructions, programmes et discours royaux. En atteste le commentaire suivant du chef du gouvernement sur le discours royal de la fête du trône de l’année en cours : « Immédiatement après le discours royal, une réunion gouvernementale des secteurs concernés s’est tenue afin d’établir un programme exécutif ». Cette année-là, le Roi a congédié 2 nouveaux ministres après en avoir fait de même l’année dernière pour 4 autres sans aucune forme d’évaluation ou de poursuite, parfois-même sans informer l’opinion publique sur les causes. Cas du ministre de l’économie et des finances où le cabinet royal s’est contenté dans son communiqué de déclarer que cette décision a été prise dans le cadre de l’activation du principe de liaison entre la responsabilité et la redevabilité. Ceci alors que le porte-parole du gouvernement n’a trouvé autre chose à redire pour expliquer le fait que : « je n’ai rien à ajouter ». Une impuissance illustrée très récemment par la gestion improvisée et perturbée par le gouvernement de la décision d’adopter l’heure de l’été toute l’année et sur laquelle le gouvernement n’a guère été consulté en amont comme en aval. Et un gouvernement qui vit au rythme des joutes oratoires de ses partis comme de ses ministres dans des scènes dignes des plus célèbres des pièces théâtrales de l’absurde. La coupole du parlement demeure, en outre, prisonnière d’un mode classique de gestion et d’action. Au niveau du contrôle par exemple, les commissions d’enquête sur un dossier particulier ne mènent presque jamais leur mission à terme. Les déclarations en mai du président de la commissionparlementaire sur les prix des carburants et la polémique entre les députés de la majorité et ceux de l’opposition à ce propos a mis à nu l’avidité des sociétés opérant dans le secteur et dont les profits énormes qu’elles ont tiré l’année dernière aux dépens du citoyen montrent bien le niveau d’opportunisme et de lenteur atteint par cette institution. Les efforts déployés par de nombreux parlementaires pour préserver leur pension de retraite et la hâte avec laquelle les partis de la majorité comme ceux de l’opposition à défendre cet acquis aux dépens du budget de l’état et du citoyen confirment clairement la nature des rôles joués par cette institution dans un contexte régi par « la garantie des intérêts contre l’allégeance ». Au niveau législatif, le parlement demeure encore une simple chambre d’échos, notre pays étant gouverné par un pouvoir à deux têtes. La plupart des projets de lois sont soumis au conseil des ministres présidé par le roi, comme ce fut le cas pour le projet de la loi du service militaire et celui du cadre de du système d’enseignement, de formation et de recherche scientifique validés par le conseil des ministres tenu le 20 août 2018. Au niveau du pouvoir judiciaire, le ministère public n’a plus de compte à rendre devant le parlement, sous prétexte d’autonomie. Fait confirmé par la Cour constitutionnelle dans sa décision n=110 prétextant que le président du ministère public est devenu responsable devant le roi, autorité de nomination. Au lieu donc de dépendre de l’autorité d’un ministre issu d’un parti, ce ministère devient dépendant d’une autorité makhzénienne, ce qui en fait une autorité parallèle à l’autorité judiciaire au service du makhzen et qui agit en toute liberté aussi longtemps qu’elle se conforme à cette dernière condition. Idem pour les autres institutions constitutionnelles au niveau central dont les prérogatives leur sont une à une retirées. La lenteur d’action règne aussi sur les conseils des régions puisque le discours de la régionalisation avancée tant médiatisé n’a pas autorité sur le terrain, les présidents et membres de ces conseils n’exerçant pas leurs prérogatives monopolisées par le ministère de l’intérieur dans tous les secteurs. Fait avéré aussi dans un certain nombre d’institutions de gouvernance comme dans les institutions constitutionnelles officielles. A titre d’exemple la Cour des Comptes qui publie de temps en temps des rapports d’audits de certaines institutions de l’état – tout en faisant exception des plus grandes comme l’Office Chérifien des Phosphates et la Caisse de Dépôt et de Gestion -et condamne clairement certains dysfonctionnements sans entamer une quelconque poursuite contre les responsables (cf . Rapport annuel de 2018). Le conseil de la concurrence dont le devoir est de protéger le consommateur et de garantir la transparence de la concurrence de entreprises n’a entamé aucune action en ce sens depuis la désignation de ses membres en 2013.Le boycott par les citoyens de certains produits monopolisés par un nombre réduit d’entreprises a cette année dévoilé le statut réel de ce conseil et l’alliance sacrée entre le pouvoir et l’argent qui sévit au Maroc.

·         Axe économique 1. 

      Les politiques économiques : échec de la croissance et faiblesse de la compétitivité

La plus haute autorité du pays a annoncé cette année l’échec du modèle de croissance marocain à répondre aux attentes des marocains avant de revenir sur les mêmes propos dans son discours du trône. Ces propos ont été confirmés par les divers rapports des institutions de gouvernance. Pire encore, ce modèle a enfanté des phénomènes extrêmes comme la multiplication des violations dans la gestion des finances de l’état et la faiblesse de l’investissement privé qui mettent en péril la paix sociale. Ce modèle a, en outre, engendré des taux de croissances infimes et des décalages énormes au niveau de la répartition des richesses. Le taux de chômage a atteint 10,2% sinon 15% dans les villes, celui des jeunes dans les villes étant plus de 40%. La fragilité s’est accrue, notamment dans les villages et les campagnes, puisque 20% des actifs ne reçoivent pas de salaire, 80 % n’ont pas de couverture médicale et 70 % travaillent sans contrat de travail. Un échec prévisible puisque la philosophie économique de ce modèle est purement rentière et demeure protégée par un pouvoir despotique corrompu qui soutient une minorité qui n’a d’autre souci que d’accumuler les profits sans guère se soucier d’une quelconque dimension sociale ou économique. Au niveau du climat des affaires et d’encouragement à l’investissement, le Maroc occupe toujours des rangs très inférieurs à l’échelle internationale : il est 75ème  par rapport à l’indice de compétitivité du Forum Economique Mondial et 60ème  dans le classement de la facilité de faire des affaires de la Banque Mondiale. Selon ces dernières instances, la corruption est le frein majeur à l’amélioration de l’environnement des affaires au Maroc suivie de l’inefficience de l’administration publique comme de certaines institutions constitutionnelles chargées d’assurer les conditions adéquates pour l’investissement. Dans le même contexte, et malgré l’ouverture de l’économie marocaine sur le monde et la signature d’un certain nombre d’accords de libre-échange avec certains pays et groupes économiques, le Maroc souffre toujours d’une grande faiblesse au niveau de la compétitivité de l’économie nationale. Le déficit de la balance commerciale (188,8 milliards DHS) perdure à cause de la faiblesse de l’offre exportable, la concentration des exportations vers les régions économiques à faible taux de croissance et la dépendance du Maroc vis-à-vis du marché européen, ce qui exerce une pression continue sur l’équilibre financier externe et impacte négativement la performance de l’économie nationale. Le Maroc et l’Union Européenne ont renouvelé en juillet l’accord de pêche qui ouvre les côtes marocaines aux bateaux de 11 pays européens contre la somme dérisoire de 52 millions d’euros, sans égard pour les dégâts environnementaux et l’épuisement de la richesse halieutique du pays par l’extinction d’un nombre croissant d’espèces dont la pêche est interdite par les clauses de l’accord. Un accord soumis aux calculs politiques aux dépends de l’intérêt public, du développement durable comme de la bonne gestion de la richesse nationale. Les réactions à la libéralisation du dirham, entamée dans un contexte de tâtonnements, d’improvisation et de conflits de pouvoir entre les autorités économiques et financières, notamment après son report puis son annonce brutale, ne finissent pas de se succéder. Cette décision survient dans le même cadre de la levée des subventions des denrées de base et de la libéralisation du secteur des carburants, générant des gains faramineux pour les grandes entreprises aux dépends de la force d’achat des citoyens. Ceci à seule fin de se conformer aux recommandations des instances financières internationales incitant l’état à se désengager de son rôle dans les secteurs sociaux vitaux comme la santé et l’enseignement. Le Maroc a, d’autre part, enregistré des taux records au niveau de la dette publique globale qui a dépassé le seuil de 970 milliards Dhs , soit environ 93  % du PIB sans parler des dettes de l’état vis-à-vis du secteur public. La dette publique externe a, elle aussi, opéré un virage fatal qui n’a pas manqué d’impacter violemment le développement socio-économique. Ceci alors que les prix, ceux des produits de base en premier, ne cessent de monter en flèche alors que les taux d’imposition s’acharnent sur la force d’achat des citoyens et épuisent les entreprises qui peinent à survivre dans ce contexte. Le nombre de sociétés en faillite a donc atteint plus de 8045 entre 2013 et 2017 et faisant ainsi occuper au Maroc  le 3ème rang à ce propos au niveau mondial. Une réalité qui dément le discours officiel qui ne cesse de faire la propagande de l’amélioration du climat des affaires et de l’encouragement de la création des entreprises tout en cachant la cadence des faillites de ces dernières.

2.       Le boycott économique : un nouveau cri contre la rente

Cette année a été le théâtre d’une action de boycott de certains produits par de larges franges de marocains contre des méga-groupes économiques qui opèrent dans les secteurs des carburants et de l’agroalimentaire pour protester contre la hausse des prix de ces produits et l’élargissement de la marge des gains enregistrés. Après la libéralisation des carburants et la levée de leur subvention fin 2015, l’état n’a pas mis en place de mécanismes parallèles de contrôle des prix et des marges réalisées. Et devant l’inertie du conseil de la concurrence, les marocains se sont trouvé confrontés à une montée en flèche des prix qui met en péril leur pouvoir d’achat, ce qui les a poussés à réagir par cette forme inédite de protestation. Au lieu d’opter pour un traitement économique du phénomène, l’état s’empresse de politiser l’affaire et certains membres du gouvernement versent de l’huile sur le feu en faisant des déclarations irresponsables alors que d’autres se rangent du côté de certaines sociétés boycottées. Il faut signaler à ce propos que le phénomène n’aurait pu naître si l’état n’avait pas eu privatisé en 1997  la seule société de raffinage au Maroc , la Samir , par cession à un investisseur étranger qui, en 2016, déclara faillite et des sociétés privées ont été chargées d’importer et de distribuer les carburants. De grands lobbys ont donc pris contrôle de tous les chaînons de ce marché avec la complicité sinon en alliance avec les détenteurs du pouvoir et de la richesse, aux dépends des droits des ouvriers de ce secteur vital.

·         Axe social : Cette année, le pouvoir continue à adopter les politiques de rigueur et à ébranler les équilibres sociaux en s’attaquant aux services vitaux, faisant fi de tout dialogue social ou implication d’un acteur social quelconque. Il continue à faire la sourde oreille à tous les cris réitérés violemment des citoyens révoltés par cette volonté de liquidation des droits et d’achever les régimes de protection sociale et les réclamations populaires émanant en premier lieu des campagnes enclavées et des bidonvilles habitées par des populations négligées par les projets de réinstallation. 1.       L’enseignement : un échec déclaré

La reconnaissance par le sommet du pouvoir de l’échec des réformes entamées en matière d’enseignement n’a pas donné suite. Les décideurs ont opté pour la politique de la critique et de la déperdition des efforts, des ressources et des opportunités au lieu de s’attaquer aux véritables problèmes et aux dysfonctionnements du système d’enseignement. Le dernier discours du trône n’a pas dérogé à cette règle, préférant fuir en avant en exposant les indicateurs alarmants et en faisant assumer le retard accusé par les directeurs exécutifs dans la mise en œuvre de la vision stratégique 2015-2030, trois années après son élaboration. Tous les indicateurs en la matière place le Maroc au dernier rang après des pays souffrant de guerre civile et de conflits armés. L’indicateur d’enseignement supérieur et de formation 2017-2018 publié par le Forum Economique Mondial place le Maroc en 101ème position entre 137 pays dans le monde et 12ème par rapport à 14 pays arabes. Les statistiques du Haut Conseil de l’Enseignement pour l’année 2017 avancent que plus de 279177 élèves ont quitté les bancs de l’école, dont 4.8 % au primaire et 23  % au baccalauréat. Ces mêmes rapports annoncent l’échec du système d’orientation et de réintégration scolaire et confirment l’impuissance au niveau de l’équité scolaire comme l’absence d’un projet réel de développement des méthodes et des modèles pédagogiques et d’une véritable vision en ce sens. Ceci sans évoquer l’absence des universités marocaines dans la liste des mille premières universités classées au niveau international par l’indice de Shanghai à cause de leurs dysfonctionnements structurels et la faiblesse de leur niveau de recherche. Des indicateurs qui confirment le manque de sérieux dont souffre ce secteur stratégique avec l’obstination de l’état à appliquer ses programmes improvisés qui ne font qu’empirer la situation en la matière. Au lieu d’opter pour un système éducatif prenant en considération les composants de l’identité marocaine et les conditions de vie de la plupart des marocains, nous apprenons avec stupeur en ce début de l’année scolaire 2018-2019 l’intégration de l’arabe dialectal (darija) dans certains manuels du primaire , l’approbation par le conseil des ministres d’un projet de loi-cadre du dit système invoquant l’annulation de la gratuité de l’enseignement sous prétexte de diversifier ses sources de financement, l’élargissement de l’usage de la langue française et l’offensive menée contre la fonction publique. Ceci alors que de jeunes et enfants marocains ne cessent de décrocher des prix internationaux en sciences comme en langue arabe, grâce à des efforts personnels ou à l’appui de leurs seuls parents et enseignants et sans aucun appui de l’état. La section de l’enseignement du Mouvement Justice et Spiritualité n’a pas cessé d’interagir avec cette réalité à travers ses diagnostics, ses prises de position et sa participation à diverses actions militantes et dossiers de réclamations (enseignants contractuels, licenciements et exclusions, mutations,…) ce qui devrait permettre de fonder un front national pour défendre l’enseignement public.

2.       La santé : une plaie toujours ouverte

L’offre sanitaire continue cette année à décliner pour les diverses franges de la société. Le Maroc continuer les derniers rangs au niveau de la qualité du service comme au niveau de la couverture médicale qui atteint dans certaines régions lointaines des taux records par rapport à un grand nombre de pays voisins, au niveau de la couverture par les médecins et les infirmiers comme au niveau des équipements et de la qualité des services. Cette année aussi a vu  la propagation de la tuberculose dans les rangs des citoyens, des médecins- et même de certains élèves-médecins, vue la faiblesse des moyens de prévention. Les maladies chroniques (diabète, cancers, cardiovasculaires, …) accusent une nette augmentation alors que les maladies générées par la misère (variole) ressurgissent à nouveau, sans parler du taux de mortalité des femmes enceintes et des enfants en bas âge. L’état continue à promouvoir sa politique de démontage du système sanitaire public et d’encouragement des institutions rentières qui accumulent les profits aux dépends des CHP en désengageant un grand nombre de médecins du secteur public. La réaction du pouvoir à cet état de fait n’a pas enfreint la règle, se contentant de démettre le ministre de tutelle de ses fonctions dans le cadre de ce qu’on a appelé « séisme politique ». Aussi la tension est-elle montée et les cadres sanitaires de divers centres, sites et spécialités ont-ils entamé une dynamique de protestation contre les mesures répressives qui ont sanctionné l’acquittement de leurs devoirs et leur mise à nu des lobbys de la corruption. Dans la même logique, la section sanitaire du Mouvement Justice et Spiritualité, avec les nobles acteurs du secteur, a cette année participé avec force à toutes les actions de résistance et d’encadrement et nos membres actifs en matière de santé ont comme leurs confrères militants chèrement payé pour avoir adhéré à cette cause juste. La crise vécue par le secteur de la santé depuis des décennies est une crise structurelle générée par l’absence d’une volonté politique réelle qui lui ferait occuper la place stratégique qu’il mérite.

3.       Le dialogue social : un dialogue suspendu et une institutionnalisation absente

Le bilan du dit dialogue social est des plus décevante. Non seulement les réunions marathoniennes et les séances de concertation entre le gouvernement et les centrales syndicales et les représentants des entreprises n’ont donné lieu qu’à des communiqués annonçant son échec et les échanges d’accusations à ce propos, mais l’offre de la première partie s’est avéré être des plus décevant pour les travailleurs. Ceci dit, le corps électoral continue à s’entredéchirer sur des combats marginaux poussant ces derniers à se désengager vis-à-vis de l’action syndicale comme en atteste les dernières manifestations organisées à diverses occasions (grèves générales, marches du 1er mai, marches nationales, initiatives de coordination…). Cette année, et comme de coutume, la section syndicale du mouvement Justice et Spiritualité n’a pas manqué par ses appels, communiqués et initiatives à son engagement à renforcer cette action et à rassembler les forces dispersées de ce corps notamment par la deuxième édition de la caravane syndicale sous le titre suivant : « Pour une action syndicale unifiée et contributive au changement ». Ceci afin de mener à terme son projet de fonder un front syndical uni. ·         La question religieuse et culturelle 1.       La question religieuse : monopole et nationalisation Le pouvoir continue à monopoliser la religion, à nationaliser les mosquées et à contrôler les sermons du vendredi à seule fin de les mettre au service du despotisme et de la corruption. Il n’a cesse de se servir des mosquées comme tribune de diffamation contre les opposants et d’exécution des opinions adverses en licenciant un certain nombre d’imams ou en interdisant à d’autres l’accès aux chaires. Cela sans évoquer le scandale des mauvais traitements indescriptibles subis cette année par les pèlerins marocains dans les lieux saints, les vieillards et les handicapés en premier lieu. Des dizaines de Marocains ont été interdits d’accéder aux mosquées pour pratiquer la vénérable sounna de l’i3tikaf  (retraite spirituelle) du ramadan. Pire encore, ils ont en été expulsés de force dès qu’ils ont entamé ce rite.

2.       La question culturelle : débauche et superficialité

Une fausse polémique est déclenchée sur la langue arabe et l’encouragement perfide de l’arabe dialectal, tout en généralisant l’usage du français dans l’enseignement et l’administration et en reproduisant l’élite francisante. Au niveau artistique, les cadres référentiels des politiques publiques demeurent plongés dans une vision autoritariste classique du champ culturel. L’absence d’une vision stratégique de traitement de la question culturelle et artistique fait considérer ce secteur comme inférieur et non productif. Aux yeux des décideurs, son rôle se réduit à louer et à justifier la réalité du despotisme et de la corruption, sinon il est cantonné à des positions ne lui permettant d’exercer une quelconque influence sur la société. La même logique de la rente est appliquée à un nombre considérable d’activités et de projets culturels tout en recrutant les intellectuels et à encourager la médiocrité en mettant sur le devant de la scène des modèles creux et superficiels et en parrainant des festivals, brusquement boycottés cette année, après que le peuple s’est rendu compte de leur futilité et du peu d’intérêt que le pouvoir manifeste à l’égard de ses souffrances. Pour leur part, les tentatives visant à rapprocher les institutions culturelles des citoyens accusent une lenteur manifeste et souffrent elles-aussi d’un manque d’efficience flagrant au niveau de leur gestion et de leur équipement comme au niveau de la formation. Cela entrave leur action et les fait tourner en rond, les empêchant ainsi de créer une dynamique culturelle et artistique intégrée à un projet de développement clair et faisable.  

·         Les droits humains :

La plupart des organisations nationales et internationales ont exprimé leur vive inquiétude quant à la situation très grave au Maroc en matière de droits humains. Au lieu que le pouvoir se presse de traiter les causes profondes du mécontentement et des manifestations pacifistes réclamant la justice sociale et les libertés publiques, il a recours aux mesures répressives comme la détention, la limitation du droit à la liberté d’expression et la poursuite en justice de journalistes, de blogueurs et d’activistes qui critiquent les politiques de l’état et informent sur les violations répétitives en la matière ou manifestent contre. Le droit à l’information est toujours prisonnier des textes de façade. Ainsi les données des enquêtes menées sur certains évènements tragiques (tout récemment le crash du train à Bou Knadel, par exemple) demeurent inaccessibles pour les citoyens qu’on surprend par des boucs émissaires désignés pour cacher la réalité des faits. Idem pour certaines commissions formées pour enquêter sur des questions de très haute importance et dont les détails des travaux restent hors de portée pour le citoyen ( exp. L’adoption de l’heure d’été dernièrement).

1.       Le hirak populaire : des arrestations en masse et des procès iniques

Le nombre des détenus du rif et de Jerada a dépassé 700 dont la majorité sont des jeunes poursuivis en justice dans la circonspection d’Al Hoceima , Casablanca et Oujda . Les organisations des droits humains comme la défense des détenus ont rapporté l’usage de la répression impitoyable entraînant le décès de certains (le jeune Imad Elatabi) et la torture physique et psychique sans parler de l’absence des garanties et des conditions de procès équitable. La défense des détenus n’a pas été épargné par les restrictions et les pressions et le parquet comme le juge d’instruction et la cour n’ont pas hésité à se jouer de la liberté des détenus qui ont été soumis aux mesures privatives de liberté et leur ignorance des vices de formes très flagrants qui leur été présentés. Tout ceci pousse à s’interroger sur le statut du parquet parmi les autres institutions judiciaires, les officiers de justice et la Défense de la Sécurité du Territoire en premier et confirme que le dossier des activistes d’Alhoceima est purement politique et non juridique comme en atteste la grâce royale accordée à 54 de ces détenus. Nous tenons aussi à signaler l’inexistence d’un mécanisme national de prévention contre la torture. Les tribunaux s’appuient toujours sur les propos des victimes arrachés en l’absence d’avocat et sans ordonner des enquêtes à ce propos. Les coupables de tels actes continuent à les perpétrer en toute impunité. La même approche sécuritaire est adoptée dans d’autres affaires touchant diverses régions et tranches d’âge (contre les activistes du soulèvement contre la soif à Zagora par exemple) et les pressions exercées contre l’action syndicale des étudiants marocains qui sont impliqués de force dans des dossiers préfabriqués à El-Jadida, Tanger et Fès par exemple. Devant cet état de fait, le Mouvement Justice et Spiritualité continue son engagement dans les corps de défense des détenus poursuivis injustementet sa participation aux manifestations et sit-in de solidarité (les deux marches populaires à Rabat des 11 juin et 15 juillet) sans parler des communiqués publiés par ses institutions centrales et le soutien social qu’il apporte aux familles des personnes détenues.

2.                  Les médias : restriction de la liberté d’opinion et de la presse

Les autorités continuent à exercer leurs restrictions sur la liberté d’opinion et d’expression en mettant en place un arsenal de lois et de notes restrictives et en imposant des pressions politiques et économiques sur les médias indépendants les empêchant de traiter les sujets sensibles, sans parler des arrestations et des poursuites judiciaires contre les journalistes, les blogueurs et les activistes sur les réseaux sociaux. A ce propos, l’organisation Reporters Sans Frontières place le Maroc en 135ème position sur l’indice de la liberté de presse. Le hirak du Rif a clairement montré le niveau de difficulté relative à l’accès à l’information pour les journalistes, 14 journalistes ayant été arrêtés à ce propos alors que d’autres, étrangers, ont été expulsés. La confusion à propos de la fondation du Conseil National de la Presse et le climat de polémique et de suspicion régnant reflètent l’échec cuisant du pouvoir à mettre en place les chaînons du contrôle législatif et organisationnel de la cinquième autorité. Idem pour la haute instance des médias audiovisuels (haca) qui, bien qu’elle ait publié le 7 juin une décision organisant l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans les médias en dehors des périodes des élections et des référendums, le champ de l’information public demeure monopolisé par le pouvoir et l’opinion unique continue à être imposée par l’exclusion des voix qui osent s’élever contre l’option officielle. De plus, la logique de la rente règne toujours sur la production médiatique publique, les cahiers de charge des chaînes publiques sont devenus un mode de blanchiment de la cession des émissions et des productions au profit de sociétés limitées qui se partagent le gâteau aux dépends d’un grand nombre d’autres qui ne peuvent plus que déclarer faillite. Le produit médiatique en est impacté et sa médiocrité est de plus-en-plus flagrante, puisqu’il s’attaque à la déconstruction des valeurs et de l’identité de la société marocaine et lieu de contribuer à son évolution.

3.       Le droit à l’action associative : entre interdiction et  rente

Pour cette année 2017, les rapports des organisations internationales ont qualifié la situation en 2017 des droits humains au Maroc de critique : le droit de fonder des associations est toujours soumis à l’autoritarisme, les responsables interdisant aux associations leur droit à l’action, à la fondation et au renouvellement, notamment la Ligue Marocaine de Défense des Droits Humains et l’Association Marocaine de Droits de l’Homme. Les organisations internationales affirment aussi que la société civile est soumise aux restrictions juridiques, en atteste l’interdiction par le pouvoir en juillet à une association nationale d’organiser un campement pour des enfants sous motif d’appartenance politique de certains parents. Ceci en violation flagrante du droit de l’enfant aux loisirs et de celui de ladite association à l’action et à l’organisation. Dans le même élan, il faut souligner qu’un grand nombre d’association affiliées ou sympathisant avec le Mouvement Justice et Spiritualité subissent entre autres les mêmes restrictions conformément à  la logique des autorités makhzéniennes excluant et privant de ses droits toute formation qui ne se soumette pas à leurs diktats. 4.              Justice et Spiritualité : Un dossier ouvert en permanence

Des dossiers toujours ouverts puisqu’un certain nombre des membres du Mouvement demeurent scellées, celle du Secrétaire Général , Mohammed Abbadi ,en premier. Le détenu politique Omar Mouhib est toujours en détention après son condamnation à 10 ans ferme dans une affaire montée de toute pièces et les tentatives de classer le dossier du Martyr Kamal Ammari , assassiné par les autorités, ne cessent de se succéder. La campagne de congédiements de dizaines de cadres du Mouvement des postes qu’ils occupaient dans la fonction publique suscite toujoursdes débats houleux dans les milieux militants et sur la scène politique. La commission nationale de soutien aux personnes lésées a pu plaidoyer devant les groupes parlementaires dans la chambre des députés et celle des conseillers tout en contactant les instances onusiennes pour dénoncer ces décisions arbitraires de l’état et qui vont à l’encontre de toutes les lois et les conventions relatives à la protection juridique et administratives du fonctionnaire. Le corps de défense a, en outre, eu recours aux procédures d’appel contre ces décisions devant les juridictions administratives saisies, sans parler des conférences de presse organisées par les dirigeants centraux du Mouvement, des manifestations , des protestations de solidarité et des communiqués publiés en ce sens.   ·         La question de la femme : La femme marocaine … une équité en suspens

Cette année a enregistré des échecs en série dans la gestion de plusieurs secteurs et dont le prix est payé par le citoyen. Mais la part de la femme dans les politiques de marginalisation, de paupérisation et de violence, demeure bien supérieure à celle de son homologue masculin. Les longues luttes féministes acharnées et continues n’ont pu démonter les structures politiques, économiques, sociales et culturelles qui secrètent en permanence la réalité des fragilités et des contradictions lancinantes. Au niveau politique, les slogans réitérés ne peuvent cacher les performances dérisoires. Le taux de femmes élues (10 à peine pour les listes locales contre 60 pour la liste nationale et 11 pour le quota des jeunes) ne dépasse guère 20% qui classent le Maroc 105ème au niveau mondial et prouvent que le slogan de la parité reste une mesure de façade introduite dans la constitution de 2011 .De plus, la présence timide des femmes dans la formation ministérielle et la difficulté d’accès pour elle aux postes de prise de décision confirme le caractère symbolique de cette présence. Au niveau législatif, cette année a vu la promulgation d’une décision qui a provoqué un tollé au niveau national : la femme marocaine s’est vue autorisée à accéder à exercer en tant que adoul, profession monopolisée depuis toujours par les hommes. Ceci bien que l’affaire ne dépasse pas la documentation et l’enregistrement des contrats auprès des autorités concernées et la supervision du processus. La loi de la violence contre les femmes a été validée avant d’entrer en vigueur après un parcours législatif entamé en 2013, sans pour autant être soumise à une approche globale prenant en compte tous ses aspects et qui veillera à accompagner son application par des mécanismes éducatifs qui ferait de l’estime de la femme un comportement ancré dans la conscience de la société. Une situation fragilisée par une réalité économique en crise comme en attestent les déclarations du Haut-commissariat du Plan : le taux de femmes actives est tombé de %27,1 en 2007 à 22,4% en 2017, 18,4% pour les femmes habitant en ville. Des chiffres qui interpellent les politiques socio-économiques de l’état et dévoilent une réalité scandaleuse en totale contradiction avec les slogans levés en toute occasion : un nombre croissant de femmes contraintes de mettre leurs vies et leur honneur en péril pour chercher à nourrir leurs familles (les martyres du passage de Ceuta, celles d’Essaouira, celle de l’émigration à Tétouan, celle des terres collectives). La mortalité continue à sévir dans les rangs des femmes enceintes ou menstruées suite à la négligence médicale, le manque de qualité des services sanitaires et les dysfonctionnements structurels du secteur dont souffre le Maroc plus que tous les autres pays voisins. Ceci sans évoquer la mortalité des nouveau-nés avec un taux de 17/1000 bien supérieur à des pays en guerre comme la Palestine (10.8). Une réalité amère qui a poussé la femme marocaine à adhérer aux mouvements de protestation populaire dans diverses villes du pays. Et comme de coutume, la section féminine de Justice et Spiritualité s’est empressée cette année à adhérer à toutes les actions militantes par la présence de ses membres comme par la publication de communiqués et la participation aux débats. Cette année aussi a connu le démarrage d’une caravane sous le slogan suivant : « Tous pour rendre justice à la femme marocaine » et qui a fait le tour de 9 villes du Maroc. Elle a aussi organisé un certain nombre de conférences et de tables rondes impliquant divers profils féminins, notamment celle de « La femme marocaine et la question du Rif » tenue à Casablanca, une autre sous le titre de « Lecture dans la loi 13.103contre la violence contre les femmes » à El Jadida,une troisième sur une « lecture dans le code de la famille après 14 ans de son entrée en vigueur » à Oujda et une quatrième sous le titre de « La femme marocaine et la question de l’équité »  à Tanger, etc.   Ceci sans évoquer ses programmes quotidiens et cycliques dans ce sens pour améliorer la situation de la femme marocaine au niveau socio-économico-politique à travers diverses actions d’encadrement, de communication, de sensibilisation et de qualification.

·    La question de la jeunesse Des chiffres scandaleux pour les politiques publiques

Trois années entières sont passées depuis le démarrage de la stratégie nationale intégrée de la jeunesse 2013-2015 considérée comme une entrée vers l’élargissement et la généralisation de la participation des jeunes marocains (34 % de la population) à la construction et au développement du pays comme de la résolution de leurs problèmes et la réponse à leurs attentes. Or, le bilan est du moins très décevant : le Maroc vit de plus en plus une réalité dramatique, en l’absence d’une volonté politique réelle allant en ce sens. Un état de fait reconnu en octobre par le Ministre marocain de la Jeunesse et Sport. Ainsi, 29.3% de jeunes, c’est-à-dire 6 millions, entre 15 et 24 ans ne suivent aucune étude, ne travaillent pas et ne suivent aucune formation en 2017. Fait confirmé par le Haut-commissariat au Plan sur la situation de l’emploi au Maroc qui a annoncé que le nombre de chômeurs augmenté de 49 personnes avec un taux de 4,2% dans les villes. Les chiffres officiels évoquent le taux de 75% qui n’ont aucune couverture sociale et dont  82% ne pratiquent aucune activité sportive ou culturelle. Ceci alors que l’état continue à fermer ou à « nationaliser » des dizaines d’espaces pour jeunes, de maisons de jeunesse, de centres de campement et de centres culturels. Résultat : ces scènes désolantes fortement médiatisées de milliers de jeunes se déplaçant en masse vers les villes du nord où ils montent sur des embarcations de fortunes, tentant d’émigrer clandestinement en Europe, sans se soucier des risques énormes qu’ils courent. Mais ce tableau sombre ne nous fait oublier qu’un taux important de la jeunesse marocaine refuse de se soumettre à ce cette machine qui tourne à fond pour l’anéantir moralement et physiquement et tente de reprendre en main son destin en dessinant de nouveaux parcours pour son pays, à travers sa participation sinon sa conduite  imposante et réfléchie aux mouvements de protestation populaire et en s’imposant sur les réseaux sociaux comme acteurs décisifs de la lutte contre le despotisme et la corruption. Cette prise de conscience se manifeste ces dernières années à travers les rangs occupés par de jeunes marocains dans diverses compétitions arabes, islamiques et internationales dans des champs scientifiques comme l’ingénierie et la médecine, religieux comme la récitation du Saint Coran. Comme de coutume, la contribution du Mouvement Justice et Spiritualité à ce propos ne s’est pas fait démentir : malgré les restrictions qui lui sont depuis longtemps imposées, il a cette année initié de nombreuses actions comme la caravane de l’émission « Débats de jeunes » dont le but est de permettre aux jeunes d’échanger sur leurs problèmes et les défis qu’ils ont à affronter, sans parler des dialogues entamés avec les autres jeunesses et les autres acteurs de la scène marocaine. C’est dans ce sens-là qu’un certain nombre d’initiatives ont été organisées dans plusieurs régions du Maroc, dont la conférence nationale autour du « Rôle de la jeunesse dans les transformations politiques actuelles … défis et enjeux ». Notre jeunesse a aussi donné le coup d’envoi à la campagne « le dédain, ça suffit » (Baraka Min Lhogra) visant à mobiliser les jeunes contre la situation déplorable qu’il vit et qui a généré une réactivité très forte au niveau médiatique comme sur le terrain, à travers des activités variées (sit-in, conférences, ateliers, reportages sur le sujet, etc). Et en dépit des plans fomentés contre l’université marocaine, la section estudiantine du Mouvement demeure engagée dans son combat en s’imposant dans les diverses institutions composant cet espace, à travers un certain nombre d’activités dont les festivals d’innovation des jeunes ceci afin d’encadrer les bénéficiaires et de les aider à développer leurs talents et leurs compétences.

  Conclusion : La situation de crise empirant de plus-en-plus et à une cadence accélérée qu’aucune promesse mensongère n’arrive à freiner, le peuple marocain commence à reprendre ses affaires en main. Une dynamique sociale est née dans des zones multiples et impliquant des secteurs différents et des tranches variées de la société. Toutes ces dynamiques sociales, indicateurs positifs pour l’avènement du changement espéré,attire l’attention de toutes les parties concernées sur un certain nombre de conclusions :

·         La rue marocaine vit actuellement une véritable dynamique de rejet du despotisme politique et de corruption économique impactant négativement la question sociale. Une dynamique déclenchée depuis des années et se renforçant avec le hirak 2011 et qui continue sa propagation et la diversification de ses formes, moyens et styles.

·         Cette dynamique se distingue par un niveau de maturité qui laisse présager un avenir radieux : tout d’abord, par son obstination à adopter l’approche pacifiste qui consolide ses actions de protestation, puis par ses mécanismes innovateurs utilisés avec efficience (le boycott économique par exemple) et l’usage avec force des réseaux sociaux malgré toutes les restrictions imposées et enfin la diversité géographique et sociale des composants de la carte des participants.

·         Le régime demeure impuissant à décoder en profondeur les évènements qui ne cessent de se succéder et ne donne aucune réaction positive avec les réclamations d’une société qu’il prétend représenter et dont il ne cesse de sanctionner l’audace. Ceci nous met devant la question de la responsabilité et le rôle des élites et des organisations politiques, civiles et sociales comme des mouvements, des courants et des oulémas vis-à-vis de cette nouvelle donne du hirak. Un rôle historique que tout le monde doit assumer devant cette crise qui ne cesse d’empirer, et par-delà tout calcul partisan, pour s’aligner sur les options du peuple s’émancipant. Un alignement fondé sur le dialogue, la clarté et la responsabilité, loin de toute logique de monopole, d’exclusion et de dissension qui ne sert que le despotisme et la corruption et prolonge sa durée de vie, l’aidant à piller les richesses du pays et à resserrer sa poigne sur le peuple. C’est là le devoir que tout un chacun se doit d’assumer pour prendre directement des mesures politiques, économiques et sociales urgentes pour sauver ce qui peut l’être. Sinon l’œuvre dévastatrice du makhzen alliée aux divisions des forces vives ferait déboucher notre pays sur l’inconnu.

  Et louange à Dieu, Seigneur des Mondes