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Par: Hicham Benbrahim
La pauvreté au Maroc : au-delà des chiffres
Ces derniers temps, la crise financière internationale, ses causes et ses répercussions actuelles et futures figurent à la une des journaux, rapports, etc. Au Maroc, après trois mois de discours serein(1), c’est le temps d’évoquer les effets néfastes de la crise actuelle sur certains secteurs, particulièrement l’immobilier et les industries exportatrices. Bien évidement, dans la foulée on oublie de parler des milliers voire des millions de gens qui ont souffert de la cherté de la vie en dépit de l’effort de compensation. Ceci dit, les éléments favorables à ces gens amenés par la crise financière, en l’occurrence la baisse des prix de pétrole et des matières premières et d’alimentation, sont du moins ignorés. La réponse des décideurs se résume au fait que les biens qui circulent aujourd’hui sur le marché ont été payés au prix fort et qu’il faudra attendre le début de 2009 pour voir une baisse des prix à la consommation.
Quoi qu’il en soit, selon les analystes la classe moyenne au Maroc s’aplatit vers le bas et les ménages marocains consacrent l’essentiel de leurs budgets aux aliments de survie. Attirons l’attention que l’objet de débat ici c’est la pauvreté apparente qui peut être mesurée quantitativement. En d’autres termes, notre propos ne porte guère sur la pauvreté humaine comme définie par le PNUD en 1997 ou par l’approche des capabilités d’Amartya Sen, car les comptes sont clos à cet égard, il suffit de voir les répressions que subissent chaque jour les demandeurs d’emploi ou ceux qui expriment des opinions différentes du discours officiel.
Les paradoxes relevés dans « les politiques de lutte contre la pauvreté »(2) sont multiples, nous en citons quelques-uns : Budget direct alloué à l’INDH : 10 milliards de dirhams sur 5 ans. Cette enveloppe ne suffira même pas à désenclaver les communes et quartiers cibles voire les aider à disposer de revenus permanents. Ceci sans entrer dans les détails de gestion de cet argent ; Fixation du seuil de bénéfice des aides de l’INDH aux zones dont le taux de pauvreté est supérieur ou égal à 30% ; que dire alors des pauvres absolus des zones ou le découpage territorial regroupe ceux-ci avec les riches qui tirent le seuil vers le bas ; Même la dernière innovation de santé -le régime d’assistance médicale aux économiquement démunis « RAMED »- qui parle de 8,5 millions de personnes éligibles à ce régime (4 millions d’indigents absolus et 4,5 millions de vulnérables(3)) est fondée sur des ratios et seuils difficilement compréhensibles avec nécessité de payer 120 dirhams par personne/an dans la limite de 600 dirhams pour bénéficier des prestations publiques de santé. Le RAMED comme l’INDH s’applique aux zones dont le taux de pauvreté est supérieur ou égal à 30% Loin de parler du taux de pauvreté, de vulnérabilité ou même du seuil de pauvreté monétaire(4) qui devra être révisé. Pour nous les pauvres ne constituent pas une frange compacte de la société, ils sont partout au Maroc même à proximité des quartiers chics. En outre, ils ne doivent pas être traités comme des inconnus à travers des chiffres globaux. Ce sont plutôt des gens démunis, vivant la précarité et qui ont froid quand il pleut surtout dans les régions enclavés sans électricité.
Ce n’est pas avec la charité occasionnelle ni les actions standardisées que les souffrances des pauvres seront apaisées. Le mot d’ordre doit être : le travail de proximité. Par ailleurs, outre la solidarité qui s’impose, l’Etat peut faire mieux en réduisant ses dépenses inutiles (festivités, protocoles, colloques sur la pauvreté, etc.) et les orienter vers les pauvres. Les riches qui font des dépenses faramineuses (soirées, galas, mariages légendaires, etc.) peuvent apporter leur contribution via la zakat mais aussi le don, c’est leur devoir, on est ici loin de l’imposition des riches au profit des pauvres. En attendant le jour J ou la dignité du pauvre prime, on continuera à prospecter les chemins d’amélioration du vécu d’un tiers de marocains à en croire les chiffres des autorités compétentes.
(1) Septembre à fin novembre 2008.
(2) Faudra-il parler plutôt de programmes d’action en absence d’une véritable politique nationale de réduction voir éradication de la pauvreté. L’exemple de la Malaisie est édifiant à cet égard puisqu’aujourd’hui grâce aux efforts déployés le seuil de pauvreté dépasse largement celui reconnu internationalement un dollar personne/jour. En d’autres termes à seuil égal il n’y a plus de pauvres en Malaisie.
(3) Vulnérable en milieu urbain signifie d’avoir un revenu pondéré compris entre 3767dh et 5650 dh par personne/an ; en milieu rural le score patrimonial est supérieur à 28 et inférieur ou égal à 70.
(4) Au Maroc ce seuil est de 10dh personne/jour sans tenir compte des effets de l’inflation de ces dernières années.
Publié le: vendredi 26 décembre 2008






