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Abdelwahed Moutawakil : Nous ne sommes pas prêts à renoncer à nos principes pour satisfaire les gouvernants
Dans le contenu du document " Ensemble pour un avenir meilleur" et dans votre dernière déclaration au site web de la Jamaa, nous lisons des critiques sur la réalité politique marocaine qui ne diffèrent pas des lectures qu’en font certains acteurs impliqués dans l’action politique officiellement reconnue. Qu’est-ce qui a changé sur la scène politique pour que votre mouvement publie un document du genre " Ensemble pour un avenir meilleur", et qui diffère de votre discours depuis de décennies ?
Ce qui a changé sur la scène politique marocaine et qui nous a donc poussés à publier le document " Ensemble pour un avenir meilleur ", c’est, d’une part, la détérioration de la situation à tous les niveaux et la recrudescence de la corruption, ce que beaucoup de rapports nationaux et internationaux ont confirmé. D’autre autre part, l’obstination des dirigeants à continuer leur politique du camouflage et de la mystification. Ils se cramponnent à la logique du despotisme et l’accaparement des richesses et du pouvoir, en consacrant les organes de propagande à embellir cette réalité et à la cacher par les projets et les inaugurations. Nous avons remarqué, en outre, que le discours politique et officiel s’est arrêté sur les aspects et les conséquences de la crise, et personne n’a osé évoquer la source du mal et de la crise.
C’est pour toutes ces raisons que le Conseil National du Cercle Politique a publié le document en question, lors de sa 12ème session, pour mettre le doigt sur la cause du mal et la source du malheur qui n’est autre que le pouvoir despotique qui s’accapare toutes les potentialités du pays ; et pour appeler tous les acteurs et tous ceux qui sont tourmentés par la réalité et l’avenir du pays à agir pour dépasser cette situation insupportable.
Vous avez souvent insisté sur la nécessité pour le Maroc d’"un pacte national fédérateur, à travers un dialogue social ouvert ", pour sortir des crises politiques et sociales qui secouent le pays. Est-il possible de connaître les grandes lignes les plus importantes de ce pacte basé essentiellement sur le référentiel islamique ?
Dans nos communiqués et à travers notre discours politique et d’appel à Dieu, nous avons souvent insisté sur la nécessité d’une approche collective pour résoudre les crises de notre pays. Cette approche est principalement basée sur le consensus autour d’un pacte initiateur d’une action nationale sérieuse, rompant avec le despotisme. Une action qui saura s’appuyer sur la participation et la mobilisation générales. Beaucoup d’expériences de transition politique, en Espagne par exemple et dans d’autres pays de l’Amérique Latine et de l’Asie du Sud-est, et malgré la diversité des circonstances et situations, ont prouvé l’efficacité de cette approche.
Quand nous insistons sur ce choix, sans nous lasser de le rappeler à chaque occasion, c’est que nous savons bien que, parmi les obligations voire les évidences qu’il implique, c’est que personne ne s’accapare la mise en place de ce pacte, quelle que soit sa force numérique et populaire ou sa capacité d’initiative. Il faut donc que l’opération soit soumise à une large, profonde et sérieuse concertation, à laquelle participeront toutes les forces vives du pays, sans exclusion ni monopole. C’est pour cela que nous avons évité d’entrer dans les détails concernant cette proposition, ce qui ne signifie pas pour autant que nous n’avons pas de points de vue à ce sujet. Nous avons nos idées propres que nous nous gardons de proposer jusqu’au moment opportun, parmi celles des autres. Sinon, il ne s’agira pas d’un pacte, si une seule partie se charge de le mettre en place. Tout en insistant sur cette approche, nous n’avons jamais cessé de nous préparer aux nécessités qu’elle implique, comme la préparation de conceptions générales et bien nettes ; quand nous jugerons le moment convenable, nous n’hésiterons pas à annoncer ces conceptions.
Dans votre dernière déclaration, vous avez assuré que le Mouvement Al Adl Wal Ihsane ne pose pas de conditions insurmontables à sa participation politique. Quelles sont les plus importantes conditions qui pourraient pousser le plus grand mouvement islamique marocain à devenir un concurrent politique direct aux autres partis politiques ?
Beaucoup d’observateurs ont mal interprété mes propos, certains d’entre eux ont profité de ma déclaration pour affirmer que la Jamaa avait changé ses positions et qu’elle se préparait à intégrer l’action partisane officielle et participerait aux échéances électorales de 2012. Mon intention, par ces propos, était de dire que notre attachement à nos conditions pour la participation politique n’avait pas pour but de mettre des exigences insurmontables pour les dirigeants. Au contraire, nous jugeons ces conditions tout à fait ordinaires et possibles, à condition que les responsables se rendent à l’évidence et renoncent à leur politique déraisonnable. Cette politique qui est basée sur l’autoritarisme, qui vide le processus électoral de son sens et de sa substance, et qui considère les acteurs politiques comme de simples exécutants de la politique du makhzen sans aucune réelle autorité. Car tous les dossiers sont traités et gérés par le palais et sn entourage. Toutes les institutions, gouvernement, parlement et conseils sont dépossédés de leurs fonctions.
D’autre part, nous refusons de devenir un simple numéro qui s’ajoutera aux autres numéros de notre scène politique paralytique et estropiée, car cela ajouterait à la falsification et à la dissimulation devant l’opinion publique tant intérieure qu’extérieure. Par ailleurs nous ne sommes pas prêts à renoncer à nos principes pour satisfaire les dirigeants, tout ce que nous désirons c’est l’agrément de notre Seigneur quel qu’en soit le prix.
Y aurait-il une quelconque coordination entre Al Adl Wal Ihsane et le PJD, en vue de rapprocher les points de vue vis-à-vis de la participation politique ?
Je rappelle que notre position naturelle, et c’est celle que nous préférons, est que nous sommes un mouvement social d’appel à Dieu, et que l’action politique n’est qu’une partie de notre action et de nos soucis. Partant de cette position, toute coordination avec les autres partis politiques existant, y compris le PJD, reste très limitée et ne concerne que des sujets d’intérêts communs. Concernant la participation politique officielle, nous avons notre point de vue là-dessus et nos jugements qui concordent avec notre méthode éducative, politique et d’appel à Dieu, tout en respectant les positions contraires.
De la lettre "L’Islam ou le déluge", écrite par le guide du mouvement, M. Abdessalam Yassine, au document "Ensemble pour un avenir meilleur", publié depuis presque 2 ans, à la déclaration du secrétaire général du Cercle Politique, à propos de l’inexistence de conditions impossibles à la participation politique et autres initiatives à ce propos. Si ces initiatives continuent au même rythme, pouvons-nous nous attendre à la participation du Mouvement Al Adl Wal Ihsane aux législatives de 2012 ?
J’insiste sur le fait qu’il y a un malentendu au sujet de notre itinéraire politique. Il ne s’agit pas d’abandonner nos positions, comme le suggère votre question, mais nous exprimons les positions selon la conjoncture de chaque période et suivant nos appréciations. Tant que les circonstances objectives qui nous en empêchent existeront, il est absurde d’évoquer notre participation aux législatives de 2012 ou autres. Comment pourrions-nous l’imaginer au moment où le makhzen s’obstine à continuer sa campagne d’exactions et de persécutions contre notre mouvement, en lui fermant tous les cercles, associations, clubs sociaux et politiques, interdisant ses activités et persécutant ses membres même dans leur moyens de subsistance.
Source : Achourouk, N° 33, du 11 au 21 novembre 2008.
Publié le: dimanche 23 novembre 2008






