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Par: Nadia Yassine
Manœuvre italienne ou le terrorisme des mauvais choix politiques
La nouvelle tombe comme un couperet mal aiguisé ! La mouvance Al Adl Wal Ihsane est sujette à tracasserie policière en Italie, là où elle est la plus populaire et la plus intégrée. Pour un observateur averti, il ne peut s’agir que de deux cas de figure :
Le premier cas de figure c’est que le Makhzen a donné « un coup de botte » pour réveiller les autorités italiennes à un danger fictif, ou plutôt à un danger qui n’en est un que pour sa propre crédibilité auprès des émigrés marocains.
Le deuxième cas de figure, c’est que l’Italie est en retard d’une réalité politique.
Les deux cas de figure sont au passif d’un pays qui produisit de l’intelligence politique telle que celle d’un Machiavel.
Le premier cas de figure
Le Journal hebdomadaire (n° 371) développe, dans sa rubrique Maroc, le thème du changement radical de la nature de la diplomatie marocaine. Il s’agirait d’un véritable « turn-of » qui vise à transformer celle-ci en en faisant une diplomatie d’influence plutôt qu’une diplomatie de représentation statique et démissionnaire.
Si le Sahara reste le point central de tout ce remue-ménage, la manSuvre vise aussi à conjuguer les efforts de propagande avec ceux que fournit le ministère de super-souveraineté qu’est devenu celui des habous. L’objectif est de réinsuffler une bonne dose de légitimité religieuse à la monarchie.
Le ministre des habous, grand chambellan de cette conjugaison douteuse, non seulement brasse une manne financière impressionnante en ce temps de crash, mais mérite son salaire en élaborant des programmes judicieux. Ces programmes visent le territoire marocain dans tous ses recoins, mais aussi l’Europe où les ressortissants marocains seront encadrés par un conseil des oulémas qui leur apprendront à faire des courbettes au pouvoir et à accepter leur statut de moutons de panurge. Le but est de contrer les forces réellement démocratiques.
S’il ne s’agissait que de soustraire les marocains résidents à l’étranger à l’attrait du terrorisme, l’affaire serait des plus honorables et mériterait qu’on y souscrive. Le fait est que loin de viser le terrorisme, la manSuvre est purement politicienne : le but est de juguler une force pacifique, mais fortement crédible, dans la mesure où ses membres cherchent à développer une véritable implication citoyenne qui pourrait susciter des sympathies politiques dangereuses pour le pouvoir en place. Les associations créées en Italie, par des citoyens qui ont adhéré à la pensée de l’école Justice et Spiritualité, sont des associations des plus populaires justement dans les milieux musulmans d’Italie, et leurs prestations et services durant la période du pèlerinage sont des plus remarquables. L’année dernière déjà, alors que le Makhzen n’avait pas encore eu l’idée géniale d’une diplomatie d’influence, il eut recours à une diplomatie de ruse et de subterfuges en faisant pression sur les autorités saoudiennes complices afin d’empêcher ces associations de rendre ce service sacré aux pèlerins. Ce n’est donc pas un hasard qu’il y a quelques semaines Al Quds Al Arabi soulignait « l"inquiétude des autorités marocaines qui tient à plusieurs facteurs ». Rabat serait en train de perdre le contrôle idéologique et religieux sur la communauté, généralement encadrée par des imams et prêcheurs d"origine proche-orientale...
& Le plus inquiétant pour Rabat serait le fait que le Mouvement interdit « Justice et Bienfaisance » aie commencé à s"intéresser à ce secteur qui lui est « stratégique ». Avec succès, il a organisé un séminaire au profit des imams issus de ses rangs pour mieux contrôler la communauté en Europe. Désormais, « Justice et Bienfaisance » gère plusieurs mosquées en Espagne et joue un rôle qui devrait revenir aux autorités.
Est-ce pure coïncidence donc si juste avant cette descente de carabiniers monsieur Mohammed Ameur, ministre délégué auprès de la communauté marocaine résidant à l’étranger, ait fait une petite tournée en Italie du 10 au 16 novembre comme le rapporte la MAP. Il faudrait suivre son trajet. Après l’Italie à qui le tour ?
Voilà les véritables raisons de cette histoire de mise à l’index du mouvement en Italie qui relève effectivement d’une affaire de terrorisme, mais de celui du Pouvoir marocain qui ne sait plus à quel saint se vouer quant à l’expansion d’un mouvement des plus universalisant, car porteur d’espoir et non de violence.
Le fait est qu’il est vraiment navrant que l’Italie soit la première à mettre en pratique une politique décidée au sein de ce machin de trop qu’est l’Union Pour la Méditerranée, et qui consiste à reprendre le processus de Barcelone là où il a bloqué. La stigmatisation des véritables forces démocratiques continue donc d’être le choix d’une Europe qui a pourtant besoin plus que jamais de vrais partenariats.
Deuxième cas de figure
Cet autre cas de figure est des plus improbables mais pas exclu dans une Europe qui est peut-être sujette au tournis provoqué par tant de séismes sociopolitiques. Ce serait encore plus désolant si cette manSuvre était vraiment le résultat d’une méconnaissance du terrain et des forces vives qui composent la société civile italienne. Le mouvement Al Adl Wal Ihsane n’est pas né de la dernière pluie de feu du11 septembre : C’est un mouvement qui existe depuis des décennies au Maroc mais dont le projet est universel ; ainsi beaucoup de personnes en Italie et ailleurs dans le monde, sans avoir de lien organisationnel direct avec le mouvement au Maroc, ont depuis des lustres adhéré aux principes de cette école de la non-violence et en sont porteurs. Cette école leur a appris entre autres que si l’Islam était une théologie de libération pacifique du joug du despotisme, il était aussi une théologie de l’implication dans les sociétés non liberticides. L’action associative de cette mouvance, loin d’être un lieu de rupture, est un lieu d’exercice de la citoyenneté qui a fait ses preuves avant que les autorités piquées par je ne sais quelle mouche décident d’en faire une mouvance suspectée. Il est plus ridicule d’accuser un membre d’Al Adl Wal Ihsane d’être terroriste parce que détenant un pc que d’accuser Ghandi d’être pour la violence parce qu’il détient un rouet.
Morale de l’affaire : Dans tous les cas de figure, il est très dangereux pour les autorités et marocaines et italiennes de jouer à ce petit manège qui ne dupe personne. Même dans un cadre de Realpolitik le plus froid, les politiques intelligentes doivent savoir bousculer leurs oppositions, certes, mais pas en acculer les membres et les pousser à se radicaliser et à déserter des mouvements pacifistes pour des mouvements réellement dangereux. Le Makhzen ne pousse pas le bouchon aussi loin chez lui. Il serait dommage que l’Italie se laisse « influencer » et marque un retard d’une stratégie, puisque l’accusation pour terrorisme ne sera bientôt plus à la mode dans un contexte international où d’autres couleurs s’apprêtent à teinter le monde à très court terme, et où Guantanamo ne sera peut-être plus.
Publié le: jeudi 20 novembre 2008






