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Par: Mohamed Lamri
Les facettes d’un régime despotique (2/5)
Un régime antidémocratique
L’un des aspects les plus typiques d’un régime despotique, comme les régimes arabes, est qu’il est, par essence-même, un système politique antidémocratique. Il est intrinsèquement en antagonisme avec les fondements des valeurs et pratiques démocratiques.
Ce sont des régimes qui se distinguent par les pleins pouvoirs que s’octroie une seule personne, à travers une constitution imposée et loin d’être consentie, ni par le peuple ni par la plupart des composantes du champ politique.
Néanmoins, le régime et ses acolytes martèlent inlassablement et sans la moindre vergogne, qu’il s’agit d’une démocratie.
Si tel était vraiment le cas, ils n’auraient pas besoin de s’en targuer en toutes circonstances et à toutes les occasions. Comment peuvent-ils s’en vanter alors que pour ne citer que cette grossière défectuosité du système les décisions, les actes et les discours du dirigeant sont sacrés et indiscutables ??!!
N’est-ce pas le comble de la dérision ?! Mais le ton n’est pas à la dérision, car il s’agit du malheur de peuples marginalisés, opprimés, persécutés, ridiculisés et jamais consultés, par référendums ou élections libres, sur les politiques, les choix et les orientations de leurs pays. Cela se poursuit depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles.
En s’arrogeant les pleins pouvoirs, le gouvernant écarte toute possibilité de choix plus ou moins démocratiques, de droit, de justice et de dignité. Il s’octroie l’apanage de toutes les décisions et de toutes les initiatives.
Ainsi toutes les autres institutions de l’état, gouvernement en tête, sont-elles évincées et paralysées. En réalité elles ne sont que des institutions de façade, tels de clinquants bibelots à la vitrine d’un magasin rongé de l’intérieur.
Le gouvernement, toujours désigné et jamais issu d’une majorité parlementaire cohérente, elle-même jamais émanant d’élections libres et transparentes, n’assume pas les fonctions et les responsabilités qui lui sont attribuées par la constitution. Ses membres sont réduits à un rôle de fonctionnaires, plutôt que des responsables gouvernementaux.
De la même manière, le parlement n’exerce ni le pouvoir législatif ni le droit de remontrance qui lui reviennent dans la logique démocratique. Si ces deux fonctions essentielles lui sont subtilisées, il ne lui reste qu’à faire semblant de contrôler l’action du gouvernement et de légiférer sur des choses banales qui ne changeront jamais rien à la situation.
Dans une démocratie, les partis politiques et les syndicats, notamment, constituent la plate forme de l’action politique. Avec les ONG et les associations caritatives de la société civile et de droits humains, ils constituent les ingrédients d’une véritable démocratie. Et dans une démocratie, les pouvoirs publics se contentent d’arbitrer et de prévenir les dérapages politiques et sociaux. Mais ils ne se mêlent pas de tout ce qui concerne la vie partisane réglementée par une législation. Ce qui n’est absolument pas le cas dans les pays arabes.
Dans une démocratie, les partis politiques sont supposés encadrer les citoyens, former les générations en matière de politique pour les sensibiliser aux divers problèmes de l’époque. Ils sont censés instruire les citoyens de demain, les former à jouir de leurs droits civiques et assumer leurs rôles politiques et sociaux. Mais nos partis sont loin, très loin d’avoir ces vertus et de remplir de tels devoirs.
A quoi la faute doit-elle être imputée ?
Cela est dû, certes, à la velléité, à l’égoïsme et la vanité de certains politiciens, que seuls les échéances électorales, les portefeuilles ministériels ou les hauts postes gouvernementaux préoccupent, plus que l’avenir et le devenir du pays.
La politique du régime à leur égard ne leur permet pas de jouer pleinement leurs rôles. Fondée sur la balkanisation du paysage partisan, à travers des lois électorales, savamment assaisonnées et mijotées de façon à ne permettre à aucun parti politique d’emporter les élections avec une majorité confortable, lui permettant de former un gouvernement et, partant, d’accomplir son programme.
D’ailleurs, le processus électoral est initialement truqué et les institutions du pays ne sont nullement représentatives et n’incarnent donc ni la volonté ni les espoirs de la majorité écrasante du peuple. Elles ne représentent qu’une minorité restreinte d’une certaine classe de fortunés (aux deux sens du terme) et de politiciens. En témoignent les désaveux électoraux successifs du peuple, comme au Maroc lors des élections législatives, par l’abstention massive qui a constitué un véritable tsunami pour les partis et la classe politique en général.
La non représentativité de ces deux institutions, notamment, implique que le peuple n’a aucune incidence sur le déroulement de la vie politique du pays. Son opinion, ses vSux et orientations ne sont jamais pris en compte. Il n’a donc aucune possibilité d’exercer la moindre pression sur le gouvernement, puisque ce n’est pas lui qui le plébiscite ou le sanctionne, quand il le faut, indirectement, à travers des élections libres et transparentes.
Mais aux yeux du régime, le peuple n’a pas le droit de jouir de ses droits humains légitimes, il a juste le droit de faire semblant de bénéficier de ses droits. Ne serait-ce qu’une fois tous les quatre ou cinq ans, à travers des élections délibérément truquées, où sa volonté est toujours falsifiée.
Dans une démocratie, le système judiciaire est censé travailler indépendamment du pouvoir exécutif. Certes, administrativement, il est sous la tutelle de l’exécutif, du ministère de la Justice notamment, mais il doit rester indépendant. Son statut particulier lui confère un rôle prépondérant dans la vie publique et individuelle. Si la justice marche, tout marche. Les magistrats statuent sur les affaires de l’état et des citoyens, conformément à la loi et non suivant les consignes des responsables. Sinon cela provoque une anarchie au sein de la justice qui se renie elle-même par ces pratiques. Une fois l’appareil judiciaire assujetti et son fonctionnement détraqué, il devient un outil de despotisme entre les mains du régime, pour persécuter les opposants et étouffer les libertés.
C’est malheureusement ce qui se passe dans tous les pays arabes, y compris le Maroc. La justice marocaine n’est plus " justice", mais désordre, favoritisme et injustice, excepté, cependant, certains magistrats dans certains tribunaux qui essaient tant bien que mal de respecter les nobles principes de la déontologie de la profession. C’est une justice qui suit les consignes beaucoup plus qu’elle n’applique le code pénal, surtout dans les affaires politiques ou de droits humains.
En témoignent les procès engagés depuis deux ans et demi contre les membres du Mouvement Al Adl Wal Ihsane (Justice et Spiritualité), à travers les différents tribunaux du pays. Bien que ce soit toujours pour la même fausse accusation, "réunion sans autorisation préalable", les verdicts sont totalement contradictoires, allant de l’acquittement à la prison ferme.
N’est-ce pas l’illustration incontestable du chaos et de l’anarchie dans lesquels patauge la "Justice" marocaine ? La corruption et les scandales judiciaires sont devenus monnaie courante dans les tribunaux marocains.
Ainsi, les peuples arabes peuvent rêver de démocratie et de justice, mais dans la réalité il paraît qu’ils doivent attendre longtemps.
Publié le: dimanche 16 novembre 2008






