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Par: Mohamed Chbani

Quand le Maroc sera moderniste

En effet, quand est ce que le Maroc entrera enfin dans l’ère de la modernité ?

Nos ancêtres au moment de l’indépendance du pays ou plutôt au moment de la décolonisation y ont cru. Ils pensaient que dès que le Maroc recouvrerait son indépendance, ses citoyens accéderaient tous à la modernité au même titre que les européens ou les américains ; les hommes commençaient par se raser les barbes et les femmes enlevaient leur voile pour mieux se préparer à cette ère ô combien féerique et prospère qu’est la modernité ; on embrassait en quelque sorte la religion du vainqueur comme disait Ibn Khaldoun. Mais la modernité n’est pas venue, elle nous a posé un lapin, il y avait les voitures bien sûr, les ascenseurs, la radio, et puis plus tard la télévision, mais le plus important n’était pas encore arrivé à savoir l’état moderne avec sa gestion, sa justice, son équité, sa prospérité, ses droits de l’homme& Une cause à cela, l’état makhzen a la vie dure et ne se laisse pas faire facilement, on croyait qu’il allait céder avec le souffle de liberté que connaissait les pays arabes, mais non l’état makhzen est séculaire.

Après, il y a eu la chute du mur de Berlin en Europe et la fin du communisme et du totalitarisme dans les pays de l’est, on avait cru encore une fois qu’avec la fin du rideau de fer et des tiraillements entre est et ouest que la liberté et la démocratie qui avaient atteint l’Europe de l’est contamineraient irrémédiablement les pays du sud.

Rien n’en fut, le makhzénisme tenait mieux que le communisme et tous ses manifestes.

Nos élites intellectuelles dont la plupart étaient de gauche y croyaient toujours, nos femmes n’avaient pas enlevé leur voile pour rien, la modernité viendra bien un jour, peut être avec l’avènement des classes moyennes, ah les classes moyennes, ces fameuses classes moyennes dont tout le monde fait la cour et qui seraient la clef de toute réussite, même le makhzen mise actuellement dessus pour maintenir sa pérennité.

Seulement ces classes moyennes ont plutôt choisi de revenir à leur source spirituelle à savoir l’islam et qui a déjà fait ses preuves en sortant les arabes de l’ignorance et en les rendant en un demi-siècle les maîtres de la terre; cette question fâche autant les intellectuels de gauche que le makhzen.

Les gauchistes y voient une attitude rétrograde et obscurantiste dont le but est de renvoyer la société à la civilisation du chameau, alors que le makhzen y voit une tentative de lui tirer le tapis sous les pieds et de jouer sur ses plates bandes car ce dernier a depuis toujours utilisé sa vision de la religion pour son effet soporifique sur le peuple.

L’engouement des classes moyennes pour l’islam est dangereux, que faire alors ?

Deux attitudes : soit le discréditer en l’assimilant au terrorisme et en essayant au maximum de tarir ses sources par la fermeture des lieux d’apprentissage du coran et en inondant le peuple à travers la télévision (le paradis du pauvre) par des émissions « au-delà de toute pudeur ».

Deuxième solution : essayer d’amadouer les leaders du retour aux sources à savoir les islamistes eux-mêmes ou du moins ceux qui se laissent faire. Cette tentative d’intégrer au jeu politique les « plus modérés » des islamistes n’est pas sans risque car le makhzen ce faisant les implique dans ses magouilles et donc les discrédite. Ainsi, nos amis se mettent à endosser les échecs et les dérives du pouvoir : qu’à cela ne tienne les partisans de la real politique se défendent qu’ils font ça pour la sauvegarde de la nation de peur de tomber dans la « fitna » (ah, nous n’y sommes pas déjà jusqu’au cou ?)

Le makhzen en véritable pieuvre en a maté plus d’un. En effet les socialistes qui avaient fait le même choix en intégrant le premier soi disant gouvernement d’alternance se sont retrouvés dix ans après coupés de leur base et dans un état de débâcle totale, leur dernier congrès a constitué le coup de grâce de cette tendance qui a payé pour son alliance au makhzen.

Ce baiser de la mort de la part du makhzen sera-t-il aussi fatal pour les islamistes « modérés » ? Cela est à craindre&

On l’a dit plus haut, le makhzen et ses tentacules ne sont pas tombés de la dernière pluie et toute tentative de le « renouveler » de l’intérieur se retourne derechef contre ses initiateurs.

Que faire alors pour sortir de ce cercle vicieux ?

Retourner à Dieu (exalté soit il) : certainement, moderniser les institutions : sûrement, réviser la constitution : fatalement, car sans ça nous continuerons pendant des années, voire des décennies encore à commettre les mêmes erreurs, en croyant que quelques couches de peinture pourront masquer les lézardes d’une maison qui s’écroule.

La modernité n’arrivera pas, la prospérité non plus, la vie en rose est bien loin (sauf peut être pour une minorité), le verrouillage aussi bien politique, économique que culturel que connaît le pays n’aura pas d’issue tant qu’on ne se décide pas à prendre les choses par le bon bout, lequel ? Bonne question.

Réponse : prière de revenir à un certain mémorandum à qui de droit&

Publié le: lundi 18 août 2008