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Par: Mohamed Lamri
Les facettes d’un régime despotique (1/5)
Au Maroc, les mesures répressives et sans merci des autorités contre de larges catégories sociales démunies sont légion. Les restrictions imposées aux médias, les procès engagés contre les journaux et les journalistes ainsi que les lourdes peines qui leur sont infligées etc& , prouvent que c’est le seul domaine où le régime marocain se distingue vraiment.
On a l’impression que tous les rouages du pouvoir sont détraqués et que toutes les institutions sont en panne, sauf la police.
Les répressions menées depuis plus de deux ans contre le mouvement Al Adl Wal Ihsane, notamment, les tristes évènements de Sidi Ifni qui ne sont pas loin de nous, et les procès qui ont suivi, n’en sont-elles pas l’une des illustrations les plus incontestables ?
Cela nous pousse, comme de nombreux organismes et observateurs, nationaux et internationaux, à nous poser des questions sur la véritable nature de ce régime.
Est-il un régime ouvert et démocratique ? Le Maroc passe-t-il vraiment par une phase de transition ? A-t-il véritablement entamé un processus démocratique, comme on se plaît, côté officiel, à le marteler continuellement ? L’ère Mohamed VI se distingue-t-elle de la sombre et triste époque de son père, Hassan II, période que tout le monde s’est accordé à baptiser " les années de plombs " ?
L’histoire a prouvé qu’il n’est jamais possible pour un régime politique de camoufler ses dérapages ou voiler son vrai visage. C’est d’autant plus vrai à l’époque du numérique, du téléphone portable et de l’Internet. Les allégations mensongères n’ont été et ne seront jamais trompeuses. Les jugements objectifs et justes ne se fondent que sur les faits. C’est à travers la pratique quotidienne du pouvoir qu’un régime politique est loué ou sanctionné, non sur les dires et les slogans propagandistes.
Et, à cet égard, le registre du régime marocain est si éloquent qu’il en fait l’un des plus tyranniques. Loin de nous la langue de bois, les faits sont là et parlent d’eux-mêmes. Ils contredisent de façon flagrante tous les beaux discours des responsables et des médias officiels.
Dans cette série d’articles, et à travers une lecture objective de la réalité, nous essayerons de faire une analyse plus ou moins succincte de la scène politique marocaine.
1 L’état c’est moi
La première particularité de ce régime, comme tous les systèmes politiques arabes, est qu’on fait un grave amalgame entre le dirigeant et la patrie. On ne fait souvent pas de distinction entre eux. Ils forment une seule entité; ils sont confondus. Le dirigeant c’est l’état et l’état c’est le dirigeant.
C’est en tout cas ce qu’on veut faire admettre, sinon à tout le peuple, du moins à une grand partie de citoyens. Mais ils oublient que ce n’est plus une époque propice, comme jadis où le peuple, en majorité ignorant et inculte, tel un terrain en friche, était disposé à ce genre de subterfuge et d’abus de confiance.
Cet amalgame implique que tout le monde est contraint de vouer allégeance, soumission et dévouement total, non pas à la patrie, mais au dirigeant. Et, si un organisme, un parti politique, une association, une quelconque entité ou une célébrité nationale s’y refusent, ils sont automatiquement bannis, traqués, accusés de grande trahison, non pas envers le chef de l’état, mais vis-à-vis du pays. Par conséquent, aucune véritable opposition politique, même pacifique et modérée, aucune petite critique ou une divergence de point de vue n’est permise. Elle n’est pas tolérée même si elle n’est pas dirigée, comme le cas du Mouvement Al Adl Wal Ihsane, contre le dirigeant en personne mais contre le système politique en place, à cause de ses défauts et ses défectuosités.
Toute célébrité nationale, homme politique, penseur, intellectuel, philosophe, écrivain, poète, artiste, expert, cadre supérieur, sportif ou autres sont interdits, s’ils ne témoignent pas un total dévouement au dirigeant.
Ils ne peuvent pas servir leur pays ou leur société, par quelque moyen que ce soit, ni bénévolement, ni à travers les instances de l’état. Quelle que soit leur compétence et capacité, toute Suvre et toute activité, même de charité, leur est interdite; car elle ne jouit pas de la bénédiction du dirigeant. Ils sont tout simplement maudits, excommuniés quels que soient les énormes services qu’ils pourraient et qu’ils veulent justement - rendre à leur pays.
Pour illustrer un peu cette amère réalité, nous ne citerons, à titre d’exemples, que trois cas très éloquents à nos yeux.
Le premier est celui de Rachid Ghoulam, l’artiste marocain de chansons religieuses et élogieuses du prophète. Le crime de cet artiste célèbre et aimé, aussi bien dans le monde arabo-musulman qu’en Europe, est d’appartenir au Mouvement Al Adl Wal Ihsane. Son autre crime est sa répugnance pour les actes et les lieux de la débauche, son refus de participer au péché.
Le deuxième cas est celui de l’artiste et comédien satirique Ahmed Snoussi. Connu et honoré mondialement, il est persécuté et interdit de toute représentation dans son propre pays. Son crime est l’humour satirique pour singer la réalité amère et vicieuse du pays qui l’a vu naître et grandir, dans la pure tradition de l’art pur et engagé, refusant d’adhérer à l’injustice et de soutenir le faux et la perversion sous toutes ses formes.
Le troisième cas est celui du Professeur Mahdi Elmandjra, universitaire et grand penseur marocain de renommée internationale, qui a reçu plusieurs prix et récompenses universels, pour ses travaux dans le domaine de la prospective. Il est devenu célèbre surtout pour ses travaux sur la théorie sur "le choc des civilisations" qui a le plus marqué les esprits et par laquelle il a devancé les plus grands penseurs.
Estimé, lu et écouté partout, des Etats-Unis au Japon, en passant par l’Europe, il est tout simplement proscrit dans son propre pays. Depuis des années, il est interdit, à travers tout le Maroc, de donner une conférence ou de participer à la moindre activité culturelle.
Pourquoi tant de persécution et de haine à l’égard d’un savant que Le Conseil des Directeurs de l’"American Biographical Institute" (A.B.I) a classé parmi les "500 leaders d’influence" à l’intersection des XXème et XXIème siècles ?
Quand on lui demanda un jour, dans une interview, comment il réagissait à ces interdictions à répétitions, il répondit :
- « Je continue mon chemin, celui de la défense de la liberté d’expression des droits de l’homme et de la liberté quoiqu’il advienne et d’où cela advienne ».
- « Tout ce qui n’est pas dans la ligne officielle, c’est à dire celle du gouvernement et du makhzen. », répondit-il à une autre question sur ses analyses ou discours qui irritaient les autorités, selon lui.
Quelle que soit son importance et quels que soient les services qu’il pourrait rendre à son pays, il est maudit.
Les actions les plus charitables et les plus bénéfiques pour le pays et pour les citoyens ne sont pas les bienvenues, si elles proviennent d’une partie qui manifeste une quelconque divergence de point de vue avec la politique du système en place. Et tant pis pour le peuple !
Que d’artistes, penseurs et combattants marocains, qui ont ou auraient pu rendre de grands services à leur pays, ont-ils subi ce triste sort !
On veut faire croire aux gens que tout droit ou bienfait dont pourrait jouir le peuple ou citoyen c’est par la grâce du dirigeant. C’est un don de sa part et ce n’est jamais un droit naturel, constitutionnel, légitime et divin.
Sinon, ils ne devraient jouir d’aucun droit.
Ainsi, les membres d’Al Adl Wal Ihsane ne sont-ils pas interdits de tout, de l’action associative, de réunions, de travail, de circulation& même de servir bénévolement leur pays, leurs concitoyens ou même la mosquée.
Il est des concepts, des choses ou des trucs qui ne doivent pas figurer dans le répertoire, ni même dans l’imaginaire du marocain, tels que citoyenneté, droits de citoyenneté, égalité, démocratie, justice etc& telle est l’une des facettes d’un régime totalitaire.
Publié le: lundi 21 juillet 2008






