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Al Adl Wal Ihsane s’adresse au Mouvement Islah wa tawhid et au Parti Justice et Développement

Au nom de Dieu, le Clément, le Tout-Miséricordieux Et prière sur notre seigneur Mohammed, les siens, ses compagnons, ses frères et son part

Conseil d’Orientation du Mouvement Al Adl Wal Ihsane

Aux nobles frères et sœurs au Bureau Exécutif du Mouvement Unification et Réforme et au Secrétariat Général du Parti Justice et Développement

Que le salut de Dieu, Sa miséricorde et Sa bénédiction soient sur vous. Nous prions Dieu pour nous, pour vous et pour toute la Oumma qu’Il vous accorde intégrité dans votre foi, votre vie ici-bas comme dans la vie dernière.

Nous vous écrivons, frères et sœurs, dans ces conditions critiques de l’histoire de notre peuple et de notre oumma, pour vous faire part de notre vision et notre position vis-à-vis de votre réactivité quant aux évènements en cours et votre traitement de l’affaire publique du pays. C’est là une position dont vous avez parfaitement connaissance et dans les moindres détails, depuis plus d’une trentaine d’années, lorsque nous vous en tenions informés en toute transparence et lorsque le noyau du projet auquel vous vous soumettez maintenant était une idée dans les têtes de quelques rares personnes, avant qu’il ne se généralise à un groupe considérable des enfants de la mouvance islamique au Maroc.

Loin de nous l’idée de vouloir faire marche arrière, le but étant seulement d’expliquer les prémices et les conséquences, surtout que nous entendons certains de vos dirigeants parler clairement d’ « arrivée » et de « succès » d’une option à laquelle le mouvement Adl Wal Ihsane doit adhérer pour agir de « l’intérieur des institutions ».

Il nous importe donc d’examiner notre situation actuelle et d’anticiper notre avenir, devant ce détour historique décisif pour notre oumma, après cet éveil permis par Dieu. Nous Le prions de le faire aboutir vers la force et la dignité, d’arrêter le sang qui coule, qu’Il agrée ses martyrs tombés dans les places de la dignité. Que Dieu accorde Sa miséricorde à des hommes qui agissaient et agissent toujours en proclamant que : « L’avenir est pour cette religion » et que « Demain, c’est l’islam », alors que cette foi subissait une oppression féroce.

Confusion :

Nous devons en premier lieu nous pencher sur cette confusion entre ce qui se passe au Maroc et ce qui est en cours dans d’autres pays comme la Tunisie , l’Egypte et la Libye . Nous considérons qu’il s’agit d’une effroyable imposture, l’écart étant très grand entre des peuples qui se sont soulevés , garçons et filles, hommes et femmes, qui ont fait preuve de grande endurance dans les places publiques ,jusqu’à renverser de régimes qu’on croyait inébranlables, et un pays dont les gouverneurs – et une grande partie de sa classe politique et partisane- n’ont pas pu saisir la portée et la dimension des changements imposés aujourd’hui par la oumma sur le monde entier. Malheureusement, ils n’ont pu se débarrasser des manœuvres, de la ruse et de la perfidie dont ils avaient pris goût des décennies durant, qui demeurent vaines aujourd’hui, qui ont engendré les résultats que nous constatons aujourd’hui et qui ne peuvent entraîner que des catastrophes. Que Dieu nous en préserve tous.

Alors que les Tunisiens et les Egyptiens allaient le plus loin possible dans la voie qui leur a été ouverte, en élisant une assemblée constituante, au vu et au su du peuple et en toute transparence, avec qui s’en est suivi et ce qui s’en suit encore –puisse Dieu faire aboutir leur œuvre- chez nous, au lieu de profiter de l’occasion en devenant franc avec Dieu et avec le peuple, il y a eu contournement et manœuvre. Nous sommes rentrés dans le jeu nouveau ancien, celui des révisions constitutionnelles pour aboutir à une constitution très vague et ouverte sur toutes les interprétations, voire sur les pires des interprétations, une fois que le despotisme s’apercevra –comme il le croit- que la tempête est passée et que sa crise a pris fin avec elle.

Et là, nobles frères, nous sommes en total désaccord avec vous, considérant que votre appui et votre défense de cette constitution ont contribué à contourner les véritables réclamations du peuple, à faire perdre une opportunité non des moindres, sachant que les grandes occasions sont très rares.

Il serait illusoire pour n’importe qui de croire qu’il a sauvé le pays et ses « institutions » de ce qui s’est passé chez les autres peuples de la oumma. La machine makhzéniennes se tue à se défendre en utilisant qui elle veut comme elle l’entend. Pour survivre, elle peut avoir recours à la démocratie comme à ses mécanismes, « transparentes » ou falsifiés, comme elle peut user de la violence et des ses machines, du bâton jusqu’au chars. Rappelons à ce propos aux jeunes générations la célèbre « fatwa » de l’ »ancienne ère » qui autorise d’éliminer le 1/3 pour préserver les 2 /3 !

Le plus grave dans l’affaire est de tromper par cette prise de position une partie du peuple, sinon de la oumma et un certain nombre de ses oulémas, dont le respect et l’estime ne nous empêche pas de les contredire dans leurs opinions, ni de nommer les choses par les qualificatifs prononcés à leur sujet par le Messager de Dieu – Prière et salut sur lui- : « Une monarchie héréditaire » et « un pouvoir despotique ». Nous louons le Tout-Puissant pour avoir éliminé une grande partie de ces pouvoirs et pour avoir levé à jamais ce joug de l’héritage du pouvoir dont les séquelles néfastes se font toujours ressentir dans les républiques monarchiques effondrées ou chancelantes.

Revenons aux institutions :

C’est là un grand point de divergence entre nous et vous –chers frères. Les institutions à l’intérieur desquelles vous agissez et appelez à agir ne sont dans notre réalité marocaine que des marges sur le texte du despotisme, des décors de façade pour le pouvoir makhzénien. Vous vous êtes –hélas- suffisamment frottés à ces institutions pour savoir comment elles fonctionnent et comment elles sont constamment manipulées. Vous avez, en quelque sorte, subi l’arrogance de ceux qui en tiennent les rênes.

Votre accès aujourd’hui à cette « nouvelle » institution n’a aucun rapport avec un processus naturel régi par la compétition loyale, la crédibilité et la compétence. Il a –comme chacun le sait- résulté de ces transformations que vit notre oumma et pour lesquelles le Maroc ne fait pas exception.

Loin de nous l’idée de sous-estimer ce que vous avez fait. Vous avez fourni et vous fournissez toujours des efforts qui vous qualifient pour participer à la compétition contre vos adversaires et vos égaux. Mais , nous savons très bien , comme vous savez et chacun sait, que les résultats des élections organisées en toute honnêteté et transparence dans chacun des pays musulmans sont connus d’avance. Et pour preuve, ceux des élections tenues en Tunisie au milieu des années 80 et celles de l’Algérie au début des années90, ayant donné victoire à ceux qui se sont attelés aux soucis de la oumma et à sa foi.

Quant à la « participation politique » avec des conditions corrompues et dans une conjoncture de dysfonctionnement –comme ce fut le cas dans les élections organisées avant en Egypte et au Yémen, pour ne citer que ces deux exemples- n’est dans le meilleur des cas qu’une perte de temps et un service rendu au despotisme qui en profite pour s’ancrer davantage. Dieu a voulu que la rectification de ce malentendu vienne de la Tunisie elle-même, Puisse-t-Il accorder miséricorde et pardon à Bouazizi.

En effet, sa mort et ce qui s’ensuivit fut un facteur direct qui a stoppé la machine makhzénienne qui –comme de coutume - commençait ses préparatifs pour les élections de 2012, avec les arrestations et les procès de Salé. Même mise en scène que celle adoptée par « la nouvelle ère », surtout après sa dépendance vis-à-vis des puissances hégémoniques internationales dans leur guerre à l’Islam. Elle s’engagea donc dans la plus dangereuse pièce de théâtre des dernières décennies, celle de la guerre contre le terrorisme. C’est ainsi que nous avons eu à nos attentats, nos cellules découvertes de temps à autre, nos arrestations par milliers, et Dieu seul sait ce qui s’ensuivit de souffrances, de massacres et de crimes commis contre des jeunes, des pères, des mères, des femmes, des enfants…Vous aviez aussi droit à votre petite part de l’écume de cette mer des ténèbres, « moralement » et matériellement à chaque phase électorale ou occasion politique (mai 2003, février2008, janvier 2011…).

La réactivité du pouvoir que nous voyons aujourd’hui avec les transformations en cours ne font pas exception à la règle de la dépendance vis-à-vis de ceux qui tentent de s’adopter aux nouvelles donnes de la oumma. Mais la question des puissances hégémoniques internationales est une autre paire de manches. Il s’agit pour nous de s’estimer à sa juste valeur, et connaître l’autre comme il est pour le traiter selon la loi du respect mutuel .

Nobles frères et sœurs :

Nous considérons que le fait d’évoquer les institutions, leur pluralité et leurs prérogatives alors que le pouvoir autocratique et son projet despotique sévissent n’est que pure illusion. Nous croyons aussi que le fait d’agir de l’intérieur, conformément aux conditions dictées par lui est une aventure politique, sinon un véritable suicide. C’est ce qui nous pousse à craindre fort pour vous, comme pour l’avenir d’hommes et de femmes qui sont la crème de ce pays et qui ont et donnent beaucoup pour lui. Nous aurons certainement raison en affirmant qu’ils fourniront de grands efforts, malheureusement dans le mauvais sens et le mauvais temps.

Loin de nous –bien-aimés- l’idée de souhaiter votre échec, ni celui de toute bonne volonté, quelle que soit son obédience, qui agit pour l’intérêt de ce peuple opprimé. Nous ne souhaitons pas que le despotisme continue à mépriser les gens.

Nous n’avons nullement besoin de rappeler que nous n’avons pas de problèmes avec les personnes, quoiqu’elles soient très importantes dans le changement, bon ou mauvais soit-il. Ce sont les régimes qui en sont en premier lieu responsables. Quelle la destinée alors pour les états, les biens et les personnes si les institutions sont rongées par la luxure et le gaspillage, l’abus de pouvoir et le monopole des richesses, lorsque la répression et le despotisme tuent toute bonne volonté dans la oumma ?

Notre espoir demeure grand que Dieu fasse réussir les nobles âmes dans leur mobilisation des hommes et des femmes de la oumma pour faire revivre les valeurs de la liberté, la générosité, le don, l’entraide, la solidarité, pour combattre jusqu’à la fin la corruption, le despotisme, pour édifier et dynamiser les institutions sur la base de la justice, de la concertation, de la compétence et de l’efficience.

Vous ne voulez pas, comme nous ne voulons pas que le sang de ce peuple bien-aimé soit versé. Mais en même temps, nous refusons avec véhémence que sa dignité soit bafouée et qu’il vive en permanence sous le joug de l’humiliation et de la soumission.

Nous prions le Tout Clément de nous guider tous vers le bien et la dignité de notre oumma, qu’Il nous préserve tous de tous les maux et qu’Il conclue nos vies par le bien.

Rabat, le 08 janvier 2012

Vos frères du Conseil d’Orientation du Mouvement Al Adl Wal Ihsane

Publié le: jeudi 12 janvier 2012