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M. Arsalane : Le peuple a atteint un niveau de maturité qui nous rassure : il ne se taira, ni se calmera avant de voir l’accomplissement de sa volonté

Sommaire

Que pensez-vous des révolutions du printemps arabe qui se sont déclenchées en Tunisie pour s’étendre à l’Egypte, la Libye, la Syrie et le Yémen ?

Quelle est la réaction de la Jamaa concernant les actes du régime Al Assad. Pourquoi n’avez-vous, jusqu’à maintenant, fait paraitre aucun communiqué sur les souffrances du peuple syrien ?

Après les révolutions en Egypte, en Tunisie et en Libye, les accusations n’ont cessé d’être adressées aux mouvements islamistes, notamment les Frères Musulmans en Egypte et Ennahda en Tunisie, de tenter de s’emparer du pouvoir. Qu’en pensez-vous ?

Quelle est la réaction du mouvement Al Adl Wal Ihsane au dernier discours prononcé par le roi, à l’occasion de la fête du trône, et dans lequel il a annoncé les réformes constitutionnelles et les élections ?

Quelles sont les limites du changement que la Jamaa préconise au Maroc ?

La Jamaa poursuivra-t-elle son combat pour atteindre ses objectifs ou bien se contentera-t-elle de ce qui a été octroyé par le roi ?

Le mouvement d’opposition Al Adl wal Ihsane peut-il en arriver dans la réforme qu’elle demande à réclamer la chute du pouvoir ?

Une campagne féroce de dénigrement a été menée contre certains membres de la Jamaa , Nadia Yassine en premier… comment la Jamaa a-t-elle riposté ?

Après l’annonce de votre soutien aux réclamations du mouvement marocain du 20 février, certains journaux ont commencé dernièrement à parler de désaccords existant entre vous et les membres du mouvement. D’autres ont évoqué la question de votre contrôle total du mouvement. Qu’en dites-vous ?

Y a-t-il une relation entre Al Adl Wal Ihsane et les autres mouvements islamistes dans les autres pays musulmans, comme les Frères Musulmans en Egypte, Ennahda en Tunisie ? Vous employez-vous à étendre vos relations avec eux ?

Y a-t-il une relation entre Al Adl Wal Ihsane et le Hamas, comme cela a été évoqué par certains journaux ?

Quelles sont les difficultés auxquelles la Jamaa est confrontée avec le pouvoir marocain et quel est le nombre de vos détenus dans les prisons de ce dernier ?

Le journal « Al Yawm Asabii » a interviewé M. Fathallah Arsalane , membre du Conseil d’Orientation et porte-parole du Mouvement Al Adl Wal Ihsane , sur les contextes et les perspectives des soulèvements arabes. Nous en publions le texte intégral.

Que pensez-vous des révolutions du printemps arabe qui se sont déclenchées en Tunisie pour s’étendre à l’Egypte, la Libye, la Syrie et le Yémen ?

Louange à Dieu et prière et salut sur Son noble messager Mohammed. Merci tout d’abord pour cette initiative et je salue le peuple frère en Egypte. A mon avis, ces révolutions bénies constituent certains signes annoncés par le saint Prophète quant au retour de la Oumma à la source éternelle de sa force et au départ du despotisme. C’est une prémisse du changement, parmi d’autres, pour lequel ont œuvré des générations entières et une conséquence naturelle et logique des fondements mêmes du système despotique.

Quelle est la réaction de la Jamaa concernant les actes du régime Al Assad. Pourquoi n’avez-vous, jusqu’à maintenant, fait paraitre aucun communiqué sur les souffrances du peuple syrien ?

Dès le premier jour, notre position a été très claire là-dessus, condamnant les massacres perpétrés par le régime syrien contre son peuple, et ce malgré l’estime que nous partagions avec beaucoup d’autres quant au rôle syrien dans le soutien de la résistance et son accueil de toutes les factions de la résistance palestinienne sur son sol. Mais tout cela ne peut justifier le silence sur les massacres horribles perpétrés contre des protestations pacifiques.

Nous avons donc proclamé dès le début notre position et « Le Conseil Marocain de Soutien aux Causes de la Oumma » , dépendant de la Jamaa, a publié plusieurs communiqués de soutien aux peuples arabes en soulèvement, et de condamnation des crimes des gouvernants, en Syrie notamment. Ainsi, dans son premier communiqué publié le 25 mars 2011, il déclara que : « L’un des épisodes du soulèvement béni et continu, grâce à Dieu, est ce qui est réalisé par nos frères en Libye, au Yémen, en Syrie, en Jordanie et au Bahrein, et qui sont égorgés et massacrés dans des scènes qui se déroulent au vu et au su du monde entier … ». Depuis cette date, le même comité organise des manifestations de soutien au peuple syrien, dont la dernière s’est déroulée le 8 août 2011 après les prières surérogatoires nocturnes du Ramadan. Plusieurs dizaines de milliers de marocains ont participé à 83 manifestations de soutien au peuple syrien frère et de condamnation des massacres dont il est victime.

Après les révolutions en Egypte, en Tunisie et en Libye, les accusations n’ont cessé d’être adressées aux mouvements islamistes, notamment les Frères Musulmans en Egypte et Ennahda en Tunisie, de tenter de s’emparer du pouvoir. Qu’en pensez-vous ?

Les islamistes ont souffert, durant des décennies, de l’oppression, des prisons, de l’exclusion méthodique et de la propagande visant à les isoler du peuple… Certains veulent faire perdurer l’épreuve de cette composante fondamentale de la Oumma en lui collant ce genre d’accusations.

Or, les expériences vécues par nos peuples et leurs mouvements agissant sur le terrain les amènent à prendre conscience qu’aucun composant de la Oumma ne peut prétendre s’accaparer le pouvoir, et qu’il n’a aucun intérêt à assumer tout seul la responsabilité des séquelles de dizaines d’années qui ont vu s’accumuler les crises économiques, politiques et sociales. C’est, à mon avis une crainte injustifiable. Ce pourrait être aussi une crainte manifestée par certains qui ont peur de se voir refusés par le peuple, isolés et faibles, qui les poussent à la justifier par cette illusion.

Quelle est la réaction du mouvement Al Adl Wal Ihsane au dernier discours prononcé par le roi, à l’occasion de la fête du trône, et dans lequel il a annoncé les réformes constitutionnelles et les élections ?

D’abord, le discours est venu suite à la pression de la rue marocaine et non de lui-même, sinon nous aurions dû attendre longtemps. Ensuite, le discours n’a fait que tenter de détourner les réclamations du peuple en octroyant une constitution à la formulation de laquelle il n’a nullement participé et qui n’a répondu à aucune de ses réclamations. Ce fut donc une constitution qui reproduit le même despotisme, malgré toutes les tentatives de maquillage. Les élections et les institutions qui en découleront seront de même nature, loin de toute volonté réelle de changement et reflétant une volonté obstinée de pérenniser le despotisme et la corruption qui rongent le pays. La question dépasse de loin les mesures formelles et les bulles médiatiques qui ne réussissent plus à convaincre un peuple qui est sorti réclamer des changements structurels et profonds.

Quelles sont les limites du changement que la Jamaa préconise au Maroc ?

Les mêmes que celles voulues par le peuple. Nous sommes avec le peuple et les réclamations du peuple qui veut un régime juste fondé sur une constitution démocratique formulée par un conseil élu par le peuple, des institutions véritables qui le représentent effectivement et un gouvernant qui ne prétend pas à la sacralité et qui doit rendre des comptes.

La Jamaa poursuivra-t-elle son combat pour atteindre ses objectifs ou bien se contentera-t-elle de ce qui a été octroyé par le roi ?

Nous poursuivrons la voie que nous avons empruntée voilà plus de trois décennies. Les vaines promesses ne nous tromperont pas. Le peuple a atteint un niveau de maturité qui nous rassure : il ne se taira, ni se calmera avant de voir sa volonté accomplie. Le seuil de nos réclamations est celui fixé par le peuple.

Le mouvement d’opposition Al Adl wal Ihsane peut-il en arriver dans la réforme qu’elle demande à réclamer la chute du pouvoir ?

Nous œuvrons avec les forces sincères de ce peuple pour faire tomber le despotisme et la corruption. Nous nous opposons au noyau du pouvoir en place, fondé sur le despotisme. Nous n’accordons aucun intérêt aux appellations, ni aux personnes. Notre souci porte sur la nature du pouvoir qui ne doit pas être bâti sur la corruption et le despotisme.

La nouvelle donne, devenue une règle générale dans toutes les places arabes, est que ce qui participe essentiellement à définir le seuil des réclamations et le niveau de l’action de la rue comme de sa portée est la nature de la réaction des pouvoirs en place.

Une campagne féroce de dénigrement a été menée contre certains membres de la Jamaa , Nadia Yassine en premier… comment la Jamaa a-t-elle riposté ?

Ces tentatives de diffamation à notre encontre n’ont jamais cessé depuis la naissance de la Jamaa. Seule leur nature et leur dimension ont changé selon les circonstances. Toutefois, les dernières en date montrent clairement le niveau de faillite politique et médiatique atteint par les parties qui mènent la guerre contre nous à l’aide de méthodes aussi abjectes. En fait, de pareilles méthodes ne font que dévoiler la véritable face de leurs instigateurs devant un peuple qui nous connaît très bien. Certains mêmes de nos adversaires politiques ont été les premiers à les tourner en dérision. Quant à nous, nous ne nous laissons pas divertir par ces petites manœuvres qui tentent de nous épuiser dans des batailles secondaires qui ne visent qu’à faire diversion, et à faire oublier le sujet essentiel qui est celui de l’action forte de la rue et des réclamations auxquelles les responsables n’ont, jusqu’à maintenant, apporté aucune réponse.

Après l’annonce de votre soutien aux réclamations du mouvement marocain du 20 février, certains journaux ont commencé dernièrement à parler de désaccords existant entre vous et les membres du mouvement. D’autres ont évoqué la question de votre contrôle total du mouvement. Qu’en dites-vous ?

Les tentatives de certains de propager ces mensonges ne sont pas nouvelles. Elles ont commencé depuis le début, essayant désespérément d’affaiblir et de faire imploser le mouvement. En vain ! Et le mouvement n’ayant cessé de gagner en force de jour en jour, le pouvoir mobilisa tous ses moyens matériels, logistiques et médiatiques.

Quant à la différence entre les référentiels et les projets des composantes du 20 février, nous admettons que c’est un fait naturel constaté par tous et admis par tout un chacun. Notre souci est d’unir nos efforts et notre combat pour édifier un état qui garantisse les libertés et l’alternance au pouvoir, où la suprématie serait au peuple, pour que tous les projets jouissent de la libre concurrence pour avoir le choix populaire. C’est là le seuil qui nous unit au sein du 20 février et que nous respectons tous ; ce qui s’est pleinement avéré. Notre espoir est que notre propre projet, connu par tous, pour lequel nous avons combattu depuis plus de trois décennies et auquel nous demeurons accrochés, ait, comme les autres projets, droit dans l’Etat des libertés auquel nous aspirons, à être présenté devant le peuple.

Nous accuser de dominer le mouvement exprime un dédain vis-à-vis d’un mouvement qui a fait preuve d’une harmonie à toute épreuve entre ses éléments, sur la base d’une plate-forme commune, celle qui consiste à faire tomber la corruption et le despotisme.

Y a-t-il une relation entre Al Adl Wal Ihsane et les autres mouvements islamistes dans les autres pays musulmans, comme les Frères Musulmans en Egypte, Ennahda en Tunisie ? Vous employez-vous à étendre vos relations avec eux ?

Ce qui nous lie aux autres mouvements islamistes dans le monde c’est d’œuvrer pour éveiller la Oumma, chacun selon sa vision et ses moyens et partant de son pays dont il connaît bien la situation, la conjoncture et les circonstances. Du point de vue organisationnel, nous sommes un mouvement marocain indépendant dont nous avons fondé l’action, dès les premiers jours, sur l’indépendance totale vis-à-vis de toute autre mouvement à l’intérieur comme à l’extérieur.

Y a-t-il une relation entre Al Adl Wal Ihsane et le Hamas, comme cela a été évoqué par certains journaux ?

Ce que j’ai dit pour les mouvements islamistes s‘applique au Hamas auquel nous sommes unis par tout ce qui lie tous les composants du Congrès National Islamique , composé de courants islamiques et nationaux et ayant un programme de combat connu par tous et qui réunit toutes ses parties.

Quelles sont les difficultés auxquelles la Jamaa est confrontée avec le pouvoir marocain et quel est le nombre de vos détenus dans les prisons de ce dernier ?

Nous nous trouvons confrontés à ce despotisme sous lequel plie ce peuple opprimé. Nous avons subi et subissons toujours de la part de ce régime plusieurs types d’oppression : la répression, le siège, les campagnes de diffamation, la mise sous scellés des maisons de nos membres, leur expulsion de leurs postes… Quant à notre histoire, c’est une série de détentions arbitraires, celle de M. Abdessalam Yassine , le Mourchid de la Jamaa, et ses deux compagnons après la lettre qu’il adressa à Hassan II en 1974 pendant plus de trois ans , et deux autres années (1983-1985), son assignation à résidence pendant dix années (1989-2000), deux années de détention pour les membres du Conseil d’Orientation (1990-1992) , 20 années pour 12 de nos étudiants qui n’ont quitté la prison que l’année passée, et durant l’année dernière la détention pendant six mois de sept de nos dirigeants qui ont été sauvagement torturés avant d’être acquittés. Et la liste ne cesse de s’allonger, englobant des milliers d’arrestations. Nous avons pris l’habitude des campagnes d’arrestations qui n’épargnent même pas les enfants et les femmes enceintes.

Publié le: mardi 13 septembre 2011