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M. Arsalane : la mascarade des élections et des référendums est vaine !

Dans son édition N° 521 du 12 août, le quotidien « Akhbar Al yawm » a eu en interview M. Fathallah Arsalan, porte-parole du Mouvement Al Adl Wal Ihsane, sur un certain nombre de questions en rapport avec la dynamique populaire déclenchée par le Mouvement 20 février, la position de la Jamaa vis-à-vis de certains points, dont les élections, ses rapports avec le pouvoir comme avec les autres parties… dont voici le texte intégral :

Ces derniers temps, il y a eu recrudescence des actes de violence, visant entre autres des établissements publics, dont ceux survenus à Safi dernièrement. Comment évaluez-vous ces évènements ?

Les actes de violences perpétrés contre les établissements et les locaux publics sont, moralement et juridiquement, inadmissibles. Ils portent préjudice à toute la société au service de laquelle ces derniers sont, en principe, destinés.

Mais en examinant les faits de plus près (comme à Safi dernièrement), certaines données nous font douter des causes, des tenants et aboutissants et des objectifs de leurs commanditaires. Ainsi, certains militants et habitants de la ville, les chômeurs protestataires en particulier, ont accusé certaines parties de mener les actes de vandalisme contre des commissariats pour justifier la répression et les poursuites judiciaires et policières.

On remarque que les faits sont automatiquement mis sur le compte des mouvements de protestation, et vous êtes le parrain numéro un du Mouvement 20 février qui conduit les manifestations depuis plusieurs mois. Est-ce que vous misez toujours sur le changement par la pression de la rue ?

La tentative de lier entre les actes de violence et de destruction et les protestations populaires, celles conduites par le Mouvement 20 février en premier, confirme les points d’interrogation que nous avons déjà soulevés à propos des bénéficiaires, surtout que le caractère pacifique et civilisationnel des protestations conduites par le 20 février et la discipline et le sens de responsabilité des coordinateurs est admis par tout le monde.

Concernant l’adoption de la rue comme principale entrée pour le changement et la réforme, elle fut la nôtre depuis bien avant l’avènement des glorieuses révoltes arabes. Cette dynamique générale vint à point pour renforcer cette conviction par des faits et des expériences et nous conforter dans notre lecture. Aujourd’hui, cette option est bien en vogue surtout après l’échec cuisant des réformes officielles qui se contentent de gérer les crises et de prolonger leur durée. Ceci alors que les résultats efficaces du changement par la pression populaire ne se sont pas fait attendre.

Tout au long des sept mois derniers, le nombre des marches auxquelles appelle le 20 février a diminué (de 110 à 40). Le mouvement n’a, en outre, pas réussi à s’attirer de nouvelles franges de la société. N’est-ce pas là un signe de votre échec ? Quelles en sont les causes ?

Je ne suis pas d’accord là-dessus. Géographiquement parlant, les protestations du 20 février sont en recrudescence, ayant pendant plus de 6 mois réussi à descendre dans plus de 50 villes et villages, les grandes villes en premier. Un très grand nombre dont le quart aurait constitué, à lui seul, une grande performance et une extension qui constitue une exception parmi tous les mouvements de protestation arabes qui se concentrent dans un nombre restreint de points. Idem pour les participants qui n’ont cessé d’évoluer en nombre comme en genre et dont le pic a été atteint ces 6 et 7 août courants dans 50 villes marocaines.

Ceci alors que le pouvoir misait sur l’essoufflement du mouvement de la rue après le référendum constitutionnel, l’été et le mois du ramadan aidant. Il tenta même de le stopper soit par la violence, soit en essayant de semer la zizanie dans ses rangs, soit, enfin, en payant des voyous et en recourant à la provocation…or, la perduration du mouvement avec la dimension qu’il a et qui ne cesse de croître renforce la conviction qu’il demeure en pleine forme.

Dans tous les cas, la question qui s’impose au pouvoir est de savoir pourquoi les autorités se tuent à ignorer, à ruser et à manœuvrer pour ne pas répondre à ses réclamations.

Dernièrement, des voix médiatiques et politiques se sont élevées pour appeler à un dialogue entre l’Etat et vous. N’y a-t-il eu aucun contact direct ou indirect entre vous ? Êtes- vous prêts à cela et quelles sont vos conditions ?

Non. Il n’y a eu aucun contact direct ou indirect. Pour notre part, nous n’avons jamais cessé d’appeler toutes les nobles consciences, toutes tendances confondues, à un dialogue national dont les conditions seraient : la liberté, le sérieux, la clarté et le traitement global de toutes les questions, loin de la logique de la soumission, des diktats et de l’arrogance.

Il y a quelques semaines, un dirigeant gauchiste très connu a posé des conditions pour s’allier à vous dont celles consistant à accepter l’Etat civil, les libertés individuelles et la démocratie. Qu’en pensez-vous alors que d’autres expériences arabes ont montré qu’il y a en fait des conceptions très différentes entre les tenants des différents référentiels vis-à-vis de ces conditions ?

Nous avons appelé et appelons toujours à un dialogue national sur une base collective érigée par les hommes intègres de ce pays pour préserver ce que vous avez appelé « conceptions différentes » au sein de ce que nous appelons « pacte fédérateur » qui garantirait le pluralisme naturel dans l’unité nécessaire à la patrie. De ce fait, l’alliance, la coordination et le rapprochement avec cette partie ou cette autre pour servir ce grand objectif, ce peuple et ce pays, fait partie de notre action et de notre projet, une fois les conditions remplies.

Les membres du mouvement Al Adl Wal Ihsane s’inscrivent-ils dans les listes électorales ? Allez-vous soutenir une partie quelconque lors des prochaines élections ?

La mascarade des élections et des référendums, leurs listes, leurs climats seront boycottés par la majorité du peuple marocain, étant fondés sur la manipulation et le contrôle. Ses résultats et les institutions qui en sont issues restent vains. Si nous y avions constaté un moindre signe de sérieux et d’efficience nous y aurions adhéré. Comment alors pourrions-nous appeler à participer à cette mascarade ?

Nul doute que vous avez suivi le procès de Housni Moubarak, de ses deux fils et des piliers de son régime. Qu’avez-vous pensé en contemplant Moubarak allongé sur un lit dans une cage de fer ?

Que le pouvoir de Dieu est bien au dessus de tous et que sa volonté n’épargne ni les gouvernants ni les pharaons ni ceux qui croyaient être ou que le gens croyaient invincibles, que la force du peuple et sa volonté peuvent renverser l’injustice, l’iniquité et leurs symboles, qu’elles peuvent même les poursuivre en justice après qu’ils aient régné sans limites. Il est clair que la zone arabo-musulmane vit un changement profond qui va mettre fin à l’ère des dictatures, du pouvoir absolu et de la répression des peuples. Cette scène appelle tout le monde à distinguer entre la réclamation de la justice et la recherche de la vengeance comme elle envoie un message très clair et très sévère aux gouvernants : tirez-en leçon avant qu’il ne soit trop tard.

Publié le: vendredi 19 août 2011