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La nuit sacrée
Au Maroc, tout est sacré, c’est connu depuis longtemps, le makhzen est sacré, la Constitution est sacrée, les institutions sont sacrées, les festivals de musiques sont sacrés, les matraques et les battes de base-ball sont sacrées, enfin tout est sacré.
Tout, non, en fait, la justice n’est pas sacrée, la vérité n’est pas sacrée, la presse libre n’est pas sacrée, la réputation des honnêtes gens n’est pas sacrée, les têtes chaudes ne sont pas sacrées, la vie des manifestants hostiles au régime n’est pas sacrée.
Ainsi, lorsque à Safi un manifestant, en l’occurrence Monsieur Kamal Ammari -que Dieu l’accueille dans Sa Sainte Miséricorde- est tombé sous les coups de la police, tout a été fait pour brouiller les pistes et ne pas arriver à la vérité et à l’inculpation des meurtriers de Kamal.
Des pressions sur la famille du martyr jusqu’ aux tentatives de noyer le crime en s’attachant à l’histoire de la motocyclette de la victime en passant par la contestation de son appartenance à Al Adl Wal Ihsane, tout a été fait pour manipuler la vérité sur la mort de Kamal.
Ainsi la motocyclette de Kamal est devenue aussi célèbre que la mobylette du Mollah Omar, elle renfermerait parait-il une boite noire qui enregistre tous les évènements auxquels elle a assisté et serait détentrice de l’identité des agresseurs de Kamal. Aussi précieuse que la boite noire du vol Rio-Paris, la motocyclette de Kamal quand elle sera retrouvée (peut être au fond de l’océan) pourra enfin soulager la conscience de plus d’un.
Trêve de plaisanterie, il ne fait pas bon être du côté de l’oppresseur en ce moment et à tout moment, et pour ceux qui rejoignent le bateau makhzénien au dernier moment alors qu’il est en train de prendre l’eau, ils pourraient tirer de précieuses leçons de la tragédie du Titanic, ce bateau présumé incoulable qui s’élançant à toute vitesse a percuté l’iceberg. Le tragique de la situation est dû au fait que le héros justement dans une tragédie parait prisonnier de son sort, et bien que sachant qu’il court à sa fin il ne peut se dépêtrer du destin qui le mène vers sa perte.
Plus clairement les derniers arrivés -ou les derniers arrivistes si vous voulez- qui viennent de se voir investir de la mission de défendre un régime au bout du rouleau vont couler avec lui, et seront responsables un jour ou l’autre devant le peuple pour avoir défendu ses crimes.
Qu’ils soient hommes politiques, oulémas ou journalistes, ces gens doivent savoir que le peuple, comme le fleuve, a une mémoire, et ils doivent tirer les leçons de ceux qui ont défendu les dictateurs égyptien et tunisien quand ils étaient eux aussi au bord du gouffre et dont le peuple a demandé la tête une fois que la révolution a réussi.
Il en va de même de certains marocains qui étaient accrochés à leur écran de télévision lors de la révolution tunisienne et égyptienne, et qui priaient pour la chute des dictateurs respectifs de ces deux pays, et qui tout à coup se trouvent frappés de mutisme. Il est plus facile de faire la révolution chez les autres que chez soi, bien sûr, il est plus facile de pleurer les martyrs syriens que ses propres concitoyens.
Quand l’histoire frappe à vos portes, vous pouvez être pris par la peur, cette peur que les sportifs de haut niveau connaissent très bien et qui est la peur de gagner. Quoi, les marocains pourraient-ils être aussi courageux que les tunisiens ou les égyptiens, ne serions nous pas tous des minables comme on essaie de nous le faire comprendre depuis notre naissance, serions-nous capables de renverser la corruption et la répression comme le répètent sans cesse les jeunes du mouvement du 20 février ?
Serions nous mûrs pour la démocratie ou ne serions nous pas encore capables de nous assumer, comme l’a déclaré un certain sociologue marocain à un magazine africain et comme le disaient beaucoup d’apparatchiks pro Benali ou pro Moubarak.
Le peuple marocain est-il prêt pour l’émancipation, la réponse est à trouver chez les jeunes manifestants fébréristes, peut-être lors d’une nuit sacrée.
Publié le: jeudi 11 août 2011






