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M. Hamdaoui : Celui qui a le pouvoir de mettre en place la constitution est celui qui a autorité sur son contenu

L’hebdomadaire Al Hayat, n° 145 en date du 16 juin, a interviewé M. Mohammed Hamdaoui, membre du Secrétariat Général du Cercle Politique et membre du Conseil d’Orientation d’Al Adl Wal Ihsane sur plusieurs évènements en cours au Maroc du 20 février, la guerre menée par le makhzen sur la Jamaa , la position du Mouvement vis-à-vis des questions soulevées…

Quel commentaire apportez-vous au sujet des photos publiées par certains sites électroniques et accusant Nadia Yassine d’adultère ?

C’est une méthode archaïque très usitée par le makhzen. Toutes les dictatures y ont eu recours au moment de leur asphyxie, sans toutefois réussir à reporter la question lancinante de la fin du despotisme. Pour détourner les regards et devant leur impuissance à répondre aux réclamations de la rue, elles ont eu recours à ce jeu abject pour frapper Mme Nadia Yassine et, par delà, la Jamaa.

On vous accuse d’aller plus en avant dans votre plan, considérant que le moment est venu pour le califat selon la méthode prophétique ?

Le califat selon la méthode prophétique, ainsi appelé par le Messager de Dieu dans son célèbre hadith connu par les spécialistes, concerne toute la Oumma et tout musulman sur terre qui croit en Dieu et en Son Messager. Il parle d’une Oumma unifiée, respectée et fondée sur la justice, la concertation, la liberté, la solidarité et la fraternité. Il ne lui a nullement prédéfini une forme de gouvernance et de gestion précise, laissant aux musulmans le soin de le faire, selon l’évolution de leur temps.

Quant à notre « plan », il considère que le Maroc est un pays musulman et que toute forme de despotisme et de corruption qui pèse sur lui doit être levée, que le premier et le dernier mot doit revenir au peuple pour choisir et demander des comptes à celui qui le gouverne. Tout ceci dans un climat de liberté, de dignité, de justice sociale et de démocratie.

Certains voient dans la déclaration de Fathallah Arsalan, porte-parole de la Jamaa, où il dit que la Jamaa est pour un califat ayant une forme semblable à l’Union Européenne, une simple tactique qui permettrait à Al Adl Wal Ihsane de rester au sein du 20 février pour changer par la suite le régime ?

Un califat qui ressemblerait à l’Union Européenne veut dire qu’elle ne sera pas liée à un seul pays mais qu’elle concernera tous ou la plupart des pays islamiques qui seraient unis dans un régime démocratique non centralisé. Notre action est, quant à elle, dès le début, fondée sur la clarté. Notre adhésion au mouvement 20 février fait partie d’un processus auquel participent diverses forces marocaines qui soutiennent le mouvement et s’accordent à agir pour la démocratie, la liberté, la dignité, la répartition équitable des richesses et pour un régime politique qui instaurera clairement la suprématie du peuple.

Mais certains activistes de gauche et membres du Mouvement vous accusent de le manipuler pour lever des slogans contre le pouvoir ?

La gauche intègre, individus comme institutions, était et est encore aux côtés des réclamations légitimes du peuple qui veut vivre librement et dignement, qui aspire à avoir son mot à dire dans le choix démocratique des gouvernants et le pouvoir de leur demander des comptes, qui veut mettre un terme au pillage des deniers publics, au despotisme et à tout genre de corruption. Ce sont là des points sur lesquels s’accorde tout marocain libre et aimant son pays, loin du domptage makhzénien, de toute surenchère militantiste et de toute soumission au despotisme.

L’Etat a affirmé son engagement à mener des réformes politiques et sociales, à dissoudre le parlement, à gracier les détenus salafistes… que voulez-vous au juste ?

Vous dites que l’Etat a affirmé son engagement. Où est la trace de cet engagement dans la vie politique ? Le peuple s’est lassé des discours sur les réformes politiques. L’exclusion du peuple et sa privation de toute participation effective à la formulation des choix fondamentaux et déterminants de la vie politique, ainsi que le souci de monopoliser toute chose, de tailler des constitutions sur mesure, des conseils et des lois, au gré du gouvernant et selon ses seuls intérêts, tout cela constitue une preuve flagrante de l’absence de volonté chez le Régime de mener un quelconque changement véritable. Quant aux réclamations, elles sont très claires : la liberté, la dignité, la justice sociale, le libre choix du peuple et l’abolition de la corruption et du despotisme.

Dans une vidéo publiée sur youtube, et attribuée à la Jamaa, un de ses membres déclare que les rues seront nettoyées par le sang, pendant les manifestations. Pourquoi cette escalade ?

Un pur mensonge. La séquence a été arrachée de son contexte et son histoire est connue. Depuis sa naissance, les principes de la Jamaa insistent sur l’action pacifique, civile, participative et rejettent toute violence, quelle qu’en soit la source !

Mais cette escalade est apparue aussi sur le site officiel de la Jamaa, à l’occasion de la mort de Kamal Ammari, membre de votre jeunesse. Le Mouvement a changé de langage dans son éditorial en déclarant qu’ « un pouvoir qui assassine ses citoyens est un pouvoir corrupteur. Le sang des martyrs et des blessés ne sera pas versé impunément » ?

Que Dieu ait le martyr Kamal Ammari en Sa sainte miséricorde, et que ses assassins subissent l’infamie de leur acte ici et dans la vie dernière. Un meurtre aussi atroce commis par le Pouvoir devait donner lieu à une enquête transparente qui ferait comparaître les responsables devant le tribunal, et non à la falsification des données par tous les moyens dont l’Etat dispose, ni à essayer de convaincre les gens par des preuves absurdes qui vont contre le bon sens. C’est là un crime et les procédures légales existent dans le monde. Il y a aussi un attachement populaire à poursuivre les criminels et à les démasquer. Le sang des martyrs inspire et enflamme les masses puisqu’il les pousse à donner plus et à faire plus de sacrifices pour le véritable changement.

Votre mouvement a une base électorale très importante qui pourrait changer la donne. Allez-vous voter pour le PJD ou bien votre position est basée sur le boycott des élections ?

Le processus politique mené par le makhzen, s’il demeure tel qu’il est, est absurde. Sa fausseté est apparue au grand jour pour la majorité du peuple qui a opté pour le boycott retentissant des élections de 2007. Nous estimons que, si les choses vont dans le même sens, le pouvoir makhzénien vivra un véritable scandale et le Maroc empruntera un tunnel dont Dieu seul connaît l’issue. Aussi l’option du boycott, en l’absence de toute évolution sérieuse et responsable vers la démocratie constitue-t-elle une option spontanée, en harmonie totale avec les usages civils et mûrs reconnus actuellement, et qui sont fondateurs des mécanismes de l’action démocratique véritable qui rejette toute manipulation des peuples pour les faire adhérer à de fausses légitimités.

Comment allez-vous accueillir la nouvelle constitution, surtout que l’Etat et un grand nombre de partis le considèrent comme très évolué ?

Celui qui a le pouvoir de promulguer la Constitution est celui qui a autorité sur son contenu. Le peuple n’a eu aucun pouvoir pour produire cette constitution, donc il n’a aucune autorité quant à son contenu. Le premier et le dernier mot du contenu de la Constitution est aux mains du Régime. C’est là un dysfonctionnement de principe, de fondamental et d’institution, sans parler de l’absence de toute évocation de la gestion des médias publics, des garanties véritables pour la libre parole, de la question de la richesse nationale monopolisée, de la responsabilité des appareils qui œuvrent à l’ombre devant la loi et des prérogatives détaillées du roi. Même les partis qui ont été convoqués ont été traités comme une commission d’audition et non comme des partenaires dans l’élaboration du projet de la constitution…

Il y a au niveau du pouvoir un véritable problème quant à la structure et la mentalité dominante qui ne croit pas aux valeurs de la démocratie, ni à la nécessité de la justice sociale. Aussi ne peut-il pas produire une véritable constitution démocratique. Il y a des Etats démocratiques qui vivent sans constitution, leur structure et leur mentalité s’étant bien alignées sur l’édifice démocratique, par conviction, engagement et application.

Il n’y a rien de bon dans cette cacophonie qui a commencé par l’élimination du peuple, la manipulation des opinions et positions des instances politiques, l’adoption de listes falsifiées par un ministère de l’Intérieur très doué en la matière, le monopole des médias…C’est là une simple perte de temps et surtout d’une véritable opportunité de changement. La voie pour la démocratie est toute tracée pour ceux qui veulent véritablement l’emprunter. Ils épargneraient alors à la Oumma beaucoup d’efforts, de temps, d’énergie et de dépenses. Sinon, ceux qui choisissent les voies tortueuses et sombres ne feront que compliquer le processus de changement et en élever le prix, pour eux comme pour les autres.

Publié le: samedi 25 juin 2011