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Par: Elmiloudi Mouftadi
Les grands hommes; Saïd ibno Amir
Quand on voit ce qui se passe dans le monde arabo-musulman, on éprouve un amalgame de sentiments qui se poussent les uns les autres, et qui, tour à tour, remontent à la surface et provoquent une sorte de vertige. Pourquoi ces chefs d’Etat écrasent-ils leurs peuples ? Pourquoi les maltraitent-ils de cette façon ? D’où leur vient le droit de les tuer ? De quel droit s’imposent-ils à eux pour les gouverner ? Pourquoi oublient-ils qu’ils sont, comme eux, des êtres humains ? Comment peuvent-ils oublier leur propre mort ? Cette mort qui nous guette tous, et qui, le moment venu, ne fait pas d’exception ? Où sont passés nos chefs d’Etat précédents ? Quel parti ont-ils tiré de cette vie ?
C’est incroyable ! On voit tout ; on sait tout ; mais on n’en tire aucune leçon. Il y a quelque chose qui ne va pas. Il y a une panne quelque part ; et je crois que c’est au niveau du cœur que cela se passe. Les cœurs sont malades ; les cœurs sont aveugles ; les cœurs sont en ruine, et dans la ruine habitent les scorpions et les vipères. Les gens sont pris au piège par la vie ; ils aiment la vie, et, de ce fait, elle les emprisonne ; elle les empêche de voir clair, elle les empêche de voir tout court. Sinon, comment expliquer le fait que ces chefs d’Etat persévèrent dans leur course à la perte ? Comment comprendre leur attachement à leur poste alors qu’ils sont bannis par leurs peuples ? Quelle est cette logique selon laquelle ils semblent dire : « Laissez-moi vous gouverner ou je vous tue ! » ? Et ils osent parler de démocratie !!! En fait, ce terme n’a plus aucun sens. On s’en sert à tort et à travers, comme un bouche-trou. Ainsi, il change de couleur selon la manière dont on se sert, selon le lieu, le temps et les personnes qui en usent et abusent. Je crois qu’en cherchant la grandeur, ces autocrates tombent dans la mesquinerie. C’est, malheureusement, ce qui semble correspondre parfaitement à ce que nous vivons actuellement dans nos pays arabo-musulmans. A quel genre d’hommes avons- nous à faire ? Je pense qu’on ne peut les situer qu’en les comparant avec les HOMMES, tels qu’ils sont décrits dans le Coran, ou en puisant dans la vie des compagnons.
Quand Omar ibn Elkhattab, le compagnon du prophète, béni soit-il, limogea Moawiya qui était gouverneur, il en chercha un remplaçant. Et ce n’était pas évident. C’est une grande responsabilité et il doit choisir l’homme qu’il faut. « Seul Saïd ibn Amir fera l’affaire ! » se dit-il. Mais celui-ci déclina vivement la proposition ; il n’était pas prêt pour cette tâche éprouvante. Mais Omar trouva bien l’argument qui ne manqua pas de le convaincre. Il n’était pas question de le charger, lui, Omar, de la lourde responsabilité de chef de la oumma et le laisser à lui-même ! Il fallait qu’ils lui donnent un coup de main. Alors Saïd acquiesça.
Il se dirigea sur le champ avec sa récente épouse vers Himms, province qu’il va gouverner. Après s’être installés, sa femme lui suggéra d’utiliser l’argent dont Omar l’a doté pour faire face aux exigences de la vie à meubler la maison et à acquérir des habits et tout ce qu’un jeune couple peut désirer dans les premiers jours de leur vie conjugale.
-Il y a mieux que cela ! Le commerce est florissant dans cette région ; si nous donnions cet argent à investir, il rapporterait gros.
-Et si on venait à le perdre… ?
-Je m’en remets à lui, il en sera garant.
-Alors, c’est bon.
Saïd acheta ce dont ils avaient besoin dans l’immédiat et distribua le reste aux pauvres et indigents. De temps en temps sa femme lui demandait des nouvelles sur les affaires et il la rassurait à chaque fois. « Les choses marchent à merveille, disait-il, continuellement. »
Un jour, sa femme découvrit la réalité et pleura amèrement. Elle regretta de n’avoir pu ni dépenser l’argent comme elle voulait, ni le garder dans sa caisse. Les larmes accentuèrent sa beauté et la rendirent encore plus irrésistible ! Que dire devant une telle scène ? Saïd ne fit aucun effort pour résoudre le problème ; car, il savait ce qu’il faisait et pourquoi il le faisait. Il n’avait qu’à exprimer ce qu’il avait sur le cœur, spontanément. Il aimait bien sa femme ; il la respectait aussi. Mais il ne devait en aucun cas dévier du chemin tracé par les compagnons du prophète –bénis soient-ils-. Seule la Vie Dernière comptait pour lui. Et s’il avait à choisir entre sa femme et cette vie, il n’hésiterait pas à opter pour la dernière. Il était bien calme, souriant, satisfait…Sa femme comprit qu’elle devait non seulement être convaincue, mais qu’elle devait suivre la même voie que lui, elle apprit à discerner les leurres de la vie. Être pieuse, probe,…voilà la décision qu’elle prit. Ce ne fut pas par crainte, ni par lâcheté, mais quelque chose en elle se transforma, elle se sentit délivrée de cet attachement aveugle à la vie, elle était sûre de la sincérité de la réaction de son mari. Elle le connaissait si bien qu’elle ne pouvait douter de son intention. Elle l’admira et résolut de faire comme lui.
Si on voulait savoir quel époux était Saïd, on se contenterait de dire qu’il préparait la pâte, faisait cuire son pain, et lavait le linge, étant donné qu’ils n’avaient pas de servantes. En outre, il n’avait qu’un seul habit, de toute sorte que, lorsqu’il le lavait, il devait attendre qu’il sèche pour sortir. Voilà pourquoi sa femme l’admirait, le respectait et apprenait de lui.
Tout le monde s’accorde à dire que, pour tester un homme, il suffirait de le soumettre à deux épreuves essentielles : la femme et l’argent. Et Dieu seul sait combien sont grands les dégâts qu’ils provoquent de par le monde. C’est vrai que « derrière tout grand homme, il y a une femme. », comme on le dit si souvent, mais ce n’est pas toujours évident. La sagesse n’est nullement sujette au sexe. Elle peut venir de la femme, comme elle peut venir de l’homme. Elle peut aussi être complètement absente ; c’est ce qui alimente la crise dans les systèmes politique des Pays Arabes.
Publié le: jeudi 26 mai 2011






