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Par: Hicham Benbrahim
La Résistance au changement économique à l’épreuve des révoltes
Bonne nouvelle pour les pays pionniers du printemps arabe (Tunisie et Egypte), le processus de destruction-reconstruction des pouvoirs politiques en place est en marche. Mauvaise surprise de la nouvelle ère : les difficultés majeures qui se font ressentir au niveau économique, dont on peut citer :
• Résistance des lobbies économiques et incapacité de leur démantèlement;
• Inaptitude de délimitation des fortunes illicites et des fonds détournés;
• Impuissance devant les accords internationaux désavantageux déjà signés et les dettes extérieures contractées;
• Difficile recensement des entreprises bénéficiaires et bénéficiant aux dirigeants déchus ou à ceux qui se maintiennent aux postes (parlementaires, militaires, …) malgré la volonté des peuples;
• Incapacité de rapatriement des avoirs gelés à l’étranger;
• Etc.
Ces difficultés sont autant d’handicaps qui limitent et limiteront la capacité de réponse aux attentes des démunis, des pauvres, des chômeurs, … dans les mois à venir, voire même dans les premières années de la construction démocratique dans tout les domaines.
Les leçons économiques de la Tunisie et de l’Egypte d’après Ben Ali et Moubarak ne s’arrêtent pas là, et elles continuent dans le temps. Pour les manifestants qui n’écoutent que la voix prometteuse du « pain », ils continueront à protester jusqu’à ce qu’ils retrouvent les moyens de subsistance avec dignité.
Pour comprendre ce qui se passe actuellement dans les pays cités, et les autres balbutiants, et tirer des enseignements utiles pour le Maroc il faut faire la rétrospective des révoltes arabes.
Rappelons que l’étincelle qui a déclenché le feu fut le resserrement de l’étau sur le vécu des gens appauvris au fil des années, au moment où une minorité au pouvoir ou attachée à celui-ci accumulait des milliards et le compteur tourne encore. En d’autres termes, la population qui a supporté pendant des décennies l’extorsion des droits politiques, civiques et culturels a fini par se révolter quand ses droits économiques basiques furent bafoués. Ce constat nous amène à la centralité de la question économique dans tout processus de changement et qu’il ne suffit pas de démocratiser la politique.
Pour le Maroc, inutile de rappeler au lecteur la liste des familles qui contrôlent l’économie marocaine (Cf. ouvrage : à qui appartient le Maroc), ni les classements économiques du Maroc sur l’échiquier international, ni les contradictions existantes entre le vécu des populations et les notations des agences de rating ni … A ne considérer que les diplômés chômeurs, qui depuis des années opèrent presque quotidiennement des sit-in devant le parlement sous l’œil vigilant des tenues multicolores menues de matraques, pour comprendre que la croissance économique souffre de l’inégale répartition. Donc, les maux économiques des pays pionniers cités existent aussi au Maroc.
Sachant maintenant que la nouvelle robe constitutionnelle est chez le tailleur, suite au discours royal du 09 mars 2011 en réponse au mouvement du 20 février de la même année, on se demande si le Maroc a fait les exercices économiques nécessaires pour améliorer sa taille afin qu’au jour « j » la robe soit convenable et l’élégance soit au rendez-vous.
Sans acceptation par les riches du nécessaire changement économique en faisant appel à leur sens citoyen, la réforme constitutionnelle, aussi audacieuse qu’elle soit, aura après un certain temps un goût amer qui résultera cette fois-ci de la résistance à la démocratie économique.
Certes, la porte d’entrée c’est le politique mais la construction de l’édifice passe obligatoirement par le remaniement de la pyramide de la richesse qui prend actuellement la forme de poire : large base de pauvres de toute nature et sommet rétréci de riches.
Publié le: jeudi 07 avril 2011






