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Par: Mohamed Elhadi
Orientation scolaire et professionnelle : tremplin ou handicap ? (1)
L’orientation scolaire et professionnelle, grand levier des économies et des sociétés développées, constitue le point de jonction entre les systèmes d’enseignement et de formation et le monde de l’entreprise. Qu’en est-il au Maroc ? Entre textes officiels et réalité, le fossé semble se creuser davantage !
Les systèmes éducatifs nord-américains, connus pour leur flexibilité et leur dynamisme, ont, depuis le début du XX ème siècle, accordé une grande importance aux mécanismes d’orientation scolaire et professionnelle. Brandissant le slogan « the right man in the right place », leurs chercheurs pionniers ont donné naissance à d’importantes théories en vogue jusqu’à nos jours.
Juste après la seconde guerre mondiale, l’Europe a essayé, tant bien que mal, de reproduire l’expérience nord-américaine dans ce domaine. Ses systèmes éducatifs ont réussi, pour la plupart d’entre eux, à relever les défis de la généralisation et de la diversification de l’enseignement. Mais ils se retrouvent confrontés à d’autres difficultés inhérentes à la mondialisation et aux nouvelles technologies : chômage, fuite de matière grise, inadéquation des systèmes de formation&
Aujourd’hui, les services offerts en matière d’orientation scolaire et professionnelle sont des critères essentiels pour juger de la qualité de n’importe quel système d’éducation et de formation. En effet, les élèves et étudiants doivent avoir accès, sur le même pied d’égalité, à l’information claire et pertinente. Ils doivent être, au terme d’un processus d’accompagnement et de soutien, à même d’élaborer leurs projets personnels. De tels projets, une fois affinés, leur permettent d’opérer des choix d’études rationnels et, partant, une meilleure insertion dans le marché de l’emploi. Ils éviteront ainsi les décisions hâtives et mal calculées.
Au Maroc, l’orientation scolaire et professionnelle a toujours été considérée, par les décideurs, comme une dimension de seconde importance. En témoigne le peu d’intérêt accordé à ce domaine tant au niveau de la législation qu’au niveau de la formation. Jusqu’au milieu des années quatre-vingts, nous ne pouvons trouver presque aucune trace dans les textes officiels de cette préoccupation pourtant si importante. Les stratégies du ministère de l’éducation ne prévoyaient plus qu’une simple gestion des flux dans un système éducatif bipolaire (branche scientifique et branche littéraire). Un infime pourcentage d’élèves se trouvait orienté vers la filière technique. La mission d’une certaine information ponctuelle incombait à des cadres dont le statut restait juridiquement flou. C’était une vraie source de démotivation pour ces derniers.
Il fallait attendre l’échec du programme d’ajustement structurel, avec ses conséquences fâcheuses, pour que l’orientation scolaire et professionnelle soit prise en considération, du moins au niveau des textes. La charte d’éducation et de formation stipule, dans le levier 6, que « l’orientation est déclarée partie intégrante du processus d’éducation et de formation » (1). Elle affiche quelques objectifs des plus ambitieux mettant la barre très haut : « elle (l’orientation scolaire et professionnelle) accompagnera et facilitera la maturation vocationnelle, les choix éducatifs et professionnels des apprenants, ainsi que leur réorientation, chaque fois que de besoin, dès la seconde année du collège et jusqu’au sein de l’enseignement supérieur » (2). A lire ces mots et expressions, on croirait qu’il s’agit d’un système éducatif des plus performants au monde. Mais la réalité est, malheureusement, là pour nous informer de choses tout à fait différentes.
1- Charte nationale d’éducation et de formation, p : 44, COSEF (janvier 2000).
2- Ibid.
Publié le: dimanche 15 avril 2007






