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Par: Mohamed Lamri

Abou Bakr Assidik
(2ème partie)

Combat par les biens

Abou Bakr, que Dieu soit satisfait de lui, a dépensé la plus grande partie de ses biens d'abord pour acheter des esclaves qui s’étaient convertis à l'islam, afin de les affranchir et les délivrer du joug de l'esclavage et de la torture à laquelle les condamnaient leurs mécréants maîtres qorayshites. Il a notamment libéré Bilal ibn Rabah et six autres dont Amer ibn Fahira et Oum Oubeis. A ce propos et pour célébrer les bonnes oeuvres d’Abou Bakr, Dieu a dit : " ِِِِِِAlors qu’en sera écarté le pieux (de l’enfer), qui donne ses biens pour se purifier ". (S. la Nuit ; v17,18)

Dans un Hadith rapporté par Ahmed, At-Tirmidhi et Ibn Madja, le Prophète, paix et salut à lui, a dit: "Jamais des biens ne m'ont servi comme l'ont fait ceux d'Abou Bakr", Abou Bakr pleura alors et dit: "Ne t'appartenons-nous pas, moi et mes biens". Il a racheté avec son propre argent 7 esclaves qui étaient torturés pour s’être convertis à l'islam.

Omar, le deuxième Calife, que Dieu soit satisfait de lui, raconte : "Le Prophète nous avait ordonné de faire l'aumône et je me suis dit :" Aujourd’hui je vais devancer Abou Bakr", j'ai alors donné la moitié de ce que je possédais; Le Prophète, paix et bénédiction sur lui, me dit alors :" qu'est-ce que tu as laissé aux tiens ?" L’autre moitie, répondis-je. Abou Bakr a cependant donné tout ce qu'il possédait. Le Prophète lui demanda ce qu'il avait laissé aux siens. "Je leur ai laissé Dieu et Son messager", répondit-il; je me suis alors dit :"je ne le devancerai jamais, en aucune chose !

Générosité et largesse

De tout temps ces deux qualités sont exaltées par les hommes, qui les considèrent comme deux caractéristiques de la bonté et de la perfection humaines.

Mais les hommes de l'appel à Dieu, qui consacrent leurs vies à cette noble tâche, qui est la mission des messagers de Dieu, n'ont d'alternative qu’une règle de conduite basée sur les grandes qualités morales, telles que la libéralité, la largesse et la générosité. Trois termes distincts phonétiquement mais équivalents sémantiquement, exprimant la charité, l'entraide, la bienfaisance à l'excès jusqu'à l'altruisme qui consiste à accorder la préférence et la priorité aux autres avant les enfants et la famille. Car c'est avec ces qualités que ces hommes de l'appel fascinent les âmes et les attirent dans le sillage de leur champ d'appel.

Abou Bakr était un modèle du missionnaire bon et pieux. Outre sa bienveillance, sa vertu, sa maturité et son courage. Il était généreux et charitable, dépensant ses biens au nom de Dieu, pour soutenir Sa religion et appuyer Son Prophète comme ne le faisait personne.

Cela, la tradition l'a bien retenu. Il nous suffit, en guise d'exemple, la parole du Prophète, paix et salut à Lui : «L’homme le plus sûr pour moi par sa bonne compagnie et ses biens est Abou Bakr, et si j’avais la possibilité de prendre un confident autre que Mon Seigneur, je prendrais Abou Bakr, mais la fraternité et l’amour de l’islam (nous lient) ». Témoignage aussi sincère que le précédent sur la générosité d'Abou Bakr à soutenir Le Prophète et faire triompher la religion de Dieu est cette version d'Ahmed, rapportée selon Abou Houraira : "Jamais des biens ne m'ont servi comme ceux d'Abou Bakr".

Indulgence et modestie

Le dépositaire sincère de l'appel à Dieu sait pertinemment que la modestie et l'indulgence sont deux qualités indispensables sans lesquelles il ne peut réussir dans cette tâche noble mais ardue. En effet, à l'opposé de l'indulgence se situe la sottise, la stupidité et l'insouciance ; et à l'opposé de la modestie l'orgueil et l'arrogance. C'est à cet effet que nous pourrions citer certains aspects de ces deux qualités chez Abou Bakr, que Dieu l'agrée. Es-Sayouti a indiqué dans son "Histoire des khalifes" qu'Ibn Assaker a noté dans son livre que Anissa a raconté :"Je suis descendu dans la cour d'Abou Bakr trois ans avant qu'il soit chargé du califat et une année après; les jeunes filles ou servantes du quartier lui amenaient leurs brebis pour qu'il les traie". Tel était Abou Bakr, le ministre, le premier compagnon et l'ami intime du Prophète, que la paix et le salut soient sur Lui.

Le Khalife de tous les musulmans faisait preuve d'une modestie et d'une humilité incomparables chez ses pareils, telles que traire les brebis des jeunes servantes. C'était un modèle de modestie qui ne peut être égalé. Ibn Assaker a aussi raconté, selon Abi Salah al kifari, qu'Omar Ibn Al Khattab, que Dieu soit satisfait de lui, subvenait aux besoins d’une vieille dame aveugle, dans les alentours de la ville. Il l'approvisionnait par exemple en eau et lui rendait de nuit d’autres services. Des fois, quelqu'un le devançait et procurait à la dame ce dont elle avait besoin. Une fois il essaya de le devancer à son tour et il se trouva, vous l'avez deviné, que c'était Abou Bakr. Le plus étonnant est qu'il le faisait pendant son califat. Quand Omar découvrit que c’était lui, il ne put s'empêcher de s’exclamer :"Ma parole, ça ne pouvait être que toi !"

Son califat

Pendant sa maladie, le Prophète, paix et salut sur Lui, lui demanda de diriger la prière comme imam des fidèles compagnons. Après la mort du Prophète, paix et bénédiction sur lui, il fut proclamé khalife des musulmans, alors qu'il en était complètement désintéressé et ne l'avait jamais souhaité. En effet, Omar ibn Al Khattab entra un jour chez lui et le trouva entrain de pleurer. Quand il lui demanda pourquoi, il répondit : "Omar, je n'ai pas besoin de votre émirat" et Omar de lui répondre :"Y a-t-il une autre issue? Nous ne t'abandonnerons pas et ne te demanderons jamais de démissionner". Tel était la conduite des Khalifes des musulmans, ils ne voulaient pas de responsabilité et exécraient le pouvoir. Et que fut-il sérieux et sincère, quand Abou Bakr le proclama solennellement, sitôt que les musulmans insistèrent et le chargèrent de leurs affaires. Il dit notamment dans son « discours d’investiture » : «& J'ai été chargé de vous et je ne suis pas le meilleur parmi vous; si mon action est juste, aidez-moi; si j'agis mal, corrigez-moi ; la sincérité est un gage et le mensonge une trahison. Le faible parmi vous est fort pour moi jusqu'à ce que je lui restitue son droit, si Dieu le veut; le fort parmi vous est faible pour moi jusqu'à ce que je lui soustraie le droit. D'aucuns n'ont délaissé le djihad (combat) au nom de Dieu sans que Dieu ne les avilisse, à chaque fois que la dépravation se propage dans une communauté, Dieu les couvre de malheurs et d'adversités. Obéissez-moi tant que j'obéirai à Dieu et à Son Prophète; si je Leur désobéis, vous n'aurez plus aucune obligation envers moi; allez à votre prière que Dieu vous soit très clément. »

Au début de son califat, il fut confronté à une grande épreuve:l’apostasie de l'islam par plusieurs tribus arabes, après le décès du Prophète, paix et salut à Lui. Certaines de ces tribus refusèrent même de donner la zakat (aumône imposée dans le Coran) et Abou Bakr décida de les combattre pour cela. Omar vint lui dire : "Comment veux-tu les combattre alors que Le messager de Dieu, paix et salut à Lui, a dit:"On m'a ordonné de combattre les gens jusqu'à ce qu'ils témoignent qu'il n'y a pas de Divinité que Dieu; s'ils disent cela, ils ont préservé leurs biens et leurs sangs sauf pour ce qui est de droit et c'est à Dieu qu'ils devront rendre des comptes"? Abou Bakr répondit alors: " Je jure que je combattrai ceux qui font la distinction entre la prière et l'aumône obligatoire, celle-ci est le droit de Dieu, je jure que s'ils me refusent une attache qu'ils donnaient au Prophète, paix et salut à Lui, je les combattrai pour ce refus". Omar a dit:"Quand j'ai vu que Dieu avait ouvert et réjoui la poitrine d'Abou Bakr pour le djihad, j'ai su que le droit était avec lui".

Et son califat ne dura que deux années, six mois et demi.

Paroles et sermons

- S'il était flatté par quelqu'un, il disait: «Ô, mon Seigneur, Tu me connais plus que moi-même et je me connais plus qu'ils ne me connaissent, fasse que je sois mieux que ce qu'ils me croient, pardonne-moi ce qu'ils ne savent pas et ne me blâme pas pour ce qu'ils disent ».

- « Si l'homme est quelque peu touché par l'orgueil concernant les choses de ce bas monde, Dieu l'exècre jusqu'à ce qu'il abandonne cet ornement ».

- Il prenait sa langue par le bout et disait : « C'est elle qui m'a mené aux abreuvoirs».

- « Sachez, serviteurs de Dieu, que, de son droit, Le Seigneur vous a hypothéqués et engagé vos alliances. Il vous a acheté le peu de ce qui est périssable contre l'abondance éternelle; voici parmi vous le Livre sacré de Dieu, dont les miracles ne s'épuiseront jamais ; croyez en ses paroles, éclairez-vous-en pour le jour de l’obscurité.

Décès

Abou Bakr Esseddik, Dieu soit Satisfait de lui, décéda le 23 Joumada II de l’an XIII de l’hégire, on dit aussi que ce fut peut-être le soir du Mardi 22 Joumada II. Omar, Dieu soit Satisfait de lui, dirigea la prière du défunt à cette occasion si affligeante. Abou Bakr était né deux ans et quelques mois après le Prophète, paix et salut de Dieu à lui, et il décéda deux ans et quelques mois après lui ; ainsi il aura atteint l’âge de 63 ans, l’âge auquel décéda le Prophète, paix et salut à Lui.

Omar dit alors : « Que la clémence de Dieu soit sur Abou Bakr, il a trop fatigué ses successeurs (il leur sera difficile de le suivre, l'imiter et l’égaler) ».

Tout en pleurs, Ali Ibn Talib fit ce jour-la une longue oraison funèbre dans laquelle il dit, entre autres : « Que Dieu te soit Clément ! O Abou Bakr. Tu étais l’intime du Prophète, paix et salut à Lui, son compagnon, son aire de repos, son confident et conseiller. Parmi les hommes tu fus le premier à te convertir à l’islam, tu avais la foi la plus sincère et tu étais la meilleure compagnie. Tu les devançais dans toutes les bonnes actions et les bonnes oeuvres, tu avais la plus noble situation et le meilleur rang ; tu étais le plus proche et le plus ressemblant au Prophète dans ses préceptes et ses allures& Dieu t’a nommé «Esseddik » (le sincère) et a dit ; « Celui qui est venu avec la vérité et celui qui l’a cru ».( Celui qui est venu avec la sincérité, c’est Mohammad, paix et salut à Lui, et celui qui l’a sincèrement cru c’est Abou Bakr). Tu l’as consolé quand les gens s"en sont abstenus, tu l’as soutenu dans l’adversité quand ils l’ont abandonné. Tu fus sa meilleure compagnie dans les pires moments et son meilleur représentant dans sa religion. Tu t’es acquitté de la tache comme ne l’a jamais fait le représentant d’un messager de Dieu& ».

Récompense d’Esseddik

At-Tirmidhi a raconté qu’Abou Houraira, Dieu l’agrée, a dit : le Prophète, paix et salut à Lui, a dit : «Nous avons récompensé chaque homme qui nous a aidé, sauf Abou Bakr, nous lui devons une récompense dont se chargera Le Seigneur dans l’au-delà et jamais les biens de quelqu’un ne m’ont servi comme ceux d’Abou Bakr».

Que Dieu soit satisfait d’Esseddik et le satisfasse de nous, qu'Il fasse de nous ses bien aimés et ses frères, amen.

Publié le: samedi 10 mars 2007