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Par: Jaouad Benomar
Abdessalam Yassine : Un parcours de combattant (16)
La guerre contre l'option islamique battait son plein en Algérie voisine. Après la démission du président Benjedid, la junte militaire prit les commandes. A la répression, on répondait par la lutte armée, sous prétexte de légitime défense. Et le recours à la violence ainsi légitimé ouvrit la brèche. Les services de renseignements s'empressèrent de s'y engouffrer, semant le chaos dans les rangs d'une Armée Islamique du Salut se proclamant défenseur de l'option choisie par le peuple.
Au début, les opérations visaient l’armée et la police, mais avec l’apparition de nouveaux groupes, dont Le Mouvement Islamique Armé (MIA), basé dans les montagnes, et le Groupe Islamique Armé (GIA), basé dans les villes, les cartes commencent à se mélanger. Les attaques contre les civils apparaissent puis se multiplient pour prendre rapidement l’allure de véritables massacres. On s’acharnait à punir le peuple pour le choix qu’il avait fait lors des élections.
Dans les pays limitrophes, branle-bas de combat ! En Tunisie, le pouvoir avait déjà pris les devants en procédant impitoyablement à l’éradication de ce qu’il percevait comme son principal adversaire : le Mouvement Islamique Tunisien. Une répression féroce fut menée par le général Ben Ali qui avait, en 1987, renversé pacifiquement un Bourguiba vieillissant et dépassé par les évènements.
Le Mouvement, qui sur le champ appuya le putschiste, fut par la suite pris de cours, lorsque ce dernier, prenant conscience de la force de son opposant, s’empressa de le détruire.
Et comme si cela ne suffisait pas, Ben Ali devança les évènements en mettant sur pieds des milices en Kabylie qui, de ce fait, devaient, le cas échéant, servir de zone tampon entre lui et l’Algérie voisine.
Au Maroc, Hassan II semblait plus que jamais dominer la situation. Après avoir passé la zone de turbulences provoquées par le coup manqué de Saddam au Koweït et les conséquences désastreuses qui en découlèrent, il s’efforça de remettre les choses en ordre ; son « ordre », bien-sûr !
Maintenant qu’Abdessalam Yassine est assigné à résidence, que les membres du Conseil d’Orientation du Mouvement Al Adl Wal Ihsane sont hors d’état de nuire et que les 12 étudiants de l’Oriental sont derrière les barreaux, et pour un bon bout de temps, 20 ans fermes, la situation semble être sous contrôle.
Bien sûr, le pays subissait depuis longtemps les effets des mesures de l’ajustement structurel « recommandées » par le Fonds Monétaire International, à tel point que Hassan II n’hésite pas à déclarer que le Maroc était sur le point de connaître «un arrêt cardiaque ». Mais là n’était pas le souci majeur du roi.
Ses divers services de renseignement étaient quasiment unanimes que, loin de chuter le nombre des adhérents et sympathisant d’Al Adl Wal Ihsane n’arrêtait pas de gonfler, surtout à l’université. La carte des 12 étudiants condamnés injustement n’a pas réussi à faire plier l’échine des leaders du mouvement, et le pire était à craindre avec l’approche de la date de la remise en liberté des membres de son conseil d’Orientation, condamnés à deux ans d’emprisonnement.
Pendant ce temps, Abdessalam Yassine s’installait « confortablement», si l’on peut dire, dans cette assignation à résidence qui lui était imposée. Son agenda était très chargé; entre la méditation, la lecture et l’écriture. Il ne lui restait que le temps nécessaire pour laisser se reposer un temps soit peu son corps, vieillissant mais rompu par le temps aux épreuves de sa vie de penseur et de militant. Les rares personnes qui réussissaient à tromper la vigilance de ses geôliers et à le voir étaient surprises par l’espoir qui se dégageait de lui. Et pour cause ! Les nouvelles qui lui parvenaient étaient plus que rassurantes. Elles le confortaient dans ses convictions.
Les 5 membres du Conseil d’Orientation et son propre gendre était libérés. L’accueil grandiose qui leur était réservé partout où ils allaient dans le pays prouvait que le Mouvement avait bien réussi à surmonter la crise et que les coups durs qu’il avait encaissés n’avaient guère émoussé sa combativité et qu’il était plus que jamais décidé à agir.
Publié le: vendredi 30 juillet 2010






