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.Al Adl Wal Ihsane décide la suspension de sa participation au mouvement 20 février

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Par: Mohamed Chbani

L’homme qui voulait être blanc

Il y a plus d’un an disparaissait un artiste américain qui était reconnu par ses pairs comme doué, l’homme (je ne sais pas si le terme est précis) avait cependant un caprice que toute sa fortune et sa gloire ne pouvaient lui acheter : il voulait être blanc.

En effet notre artiste né afro américain avait réussi, avec le concours de chirurgiens aussi peu scrupuleux que cupides, à se faire façonner un faciès presque caucasien, seulement, il ne pouvait gommer de ses gènes son appartenance à la race noire.

L’histoire de ce chanteur ressemble beaucoup à l’histoire du Régime marocain. Ce dernier veut être reconnu sur la scène nationale et internationale comme démocratique et respectant les droits humains, il dépense des fortunes pour redorer son blason mais à chaque fois survient un évènement qui montre que le Régime est génétiquement autoritaire et totalitaire.

Le dernier en date, l’arrestation dans des conditions dignes de la gestapo de membres dirigeants d’Al Adl Wal Ihsane à Fès.

Nous passons sur la cause de cette rafle qui serait la plainte d’un avocat expulsé du mouvement pour espionnage au profit des renseignements marocains, pour passer directement au cœur du problème à savoir l’intensification de la répression que subit le mouvement et ce depuis 4 ans, depuis les fameuses journées portes-ouvertes.

Al Adl Wal Ihsane est de plus en plus reconnu, à l’intérieur comme à l’étranger, comme la première force d’opposition politique au Maroc. Malgré son refus de participer au jeu électoraliste où il considère que les dés sont pipés, le mouvement s’est forgé 3 décennies après sa fondation la réputation d’un mouvement organisé, non violent, et surtout indépendant de toute influence étrangère.

Son tort, ne pas vouloir se jeter aux pieds du Makhzen, implorer ses bonnes grâces et se mouler dans le jeu électoraliste marocain, qui au yeux d’Al Adl Wal Ihsane, ne présente aucune garantie de marge de manœuvre même en cas d’obtention de la majorité absolue, à cause du verrou que présente la constitution marocaine actuelle.

Le résultat, une vague de répression aveugle dont la plus récente, à savoir l’enlèvement et la torture dans les locaux de la Police Judiciaire de cadres d’Al Adl Wal Ihsane, n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Plusieurs enseignements sont à tirer des récents évènements :

1- Alors que le Régime peine -à coup de censure- pour présenter Al Adl Wal Ihsane comme une association d’illuminés et de derviches, le monde découvre que ses cadres (à l’instar de ceux qui ont participé à la flottille de la liberté pour Gaza) sont des professeurs d’université, des docteurs et des agrégés.

2- Ceux qui défendent corps et âme le Régime, et qui trouvent qu’il est quand même possible d’améliorer les choses et que « la démocratie à la marocaine » n’a pas que des torts, n’ont qu’à méditer sur la façon dont ont été traités les militants d’Al Adl Wal Ihsane, et sur les obscénités qu’on leur a servi tout au long de leur calvaire dans les geôles casablancaises.

3- Alors que les différents partis politiques autorisés n’ont d’yeux que pour 2012, et pour le parti de l’ami du monarque (le fameux PAM) qui s’apprête à jouer les jeunes premiers dans la pièce électoraliste à venir en raflant la majorité, ces dits partis ou plutôt les plus intègres, les démocrates, les vrais nationalistes doivent refuser d’être complices par leur silence sur les atteintes aux droits humains qu’on a infligé à des gens honnêtes qu’on veut punir pour les choix qu’ils ont fait.

4- Les simples citoyens, ceux qui ne s’intéressent même pas à la politique, faute de temps, ou parce qu’ils ont d’autres priorités - à savoir le gagne pain-, ces gens qui constituent quand même la majorité du peuple marocain (cette fameuse majorité silencieuse) doivent savoir que personne n’est à l’abri de l’injustice et de la répression (aux dires même des tortionnaires), donc l’attitude de la brebis consentante est non productive. La seule façon de lutter contre l’arbitraire c’est de le dénoncer, car si vous suivez l’adage égyptien qui dit « éloigne toi du mal et chante lui », vous vous retrouvez dans la situation de l’Égypte d’aujourd’hui, à savoir que la répression atteint des gens qui n’ont rien à voir avec la politique, mais qui un jour peuvent se retrouver en ligne de mire par un concours de circonstances, le cas du jeune « Khaled Mohammed Said (1)» dans ce contexte est éloquent.

5- Arrêter 7, 70 ou 700 militants d’Al Adl Wal Ihsane, les passer tous à la tronçonneuse, ne résoudra pas les problèmes du Régime qui doit chercher la cause de ses maux ailleurs, car comme tout le monde le sait, la violence est l’arme du faible, et cette énième tentative pour infiltrer, terroriser ou radicaliser le mouvement échouera comme ont échoué les précédentes.

1- Khaled Mohammed Said avait été battu à mort devant un cybercafé après avoir été interpellé par deux policiers en civil le 06 Juin dernier à Alexandrie. http://www.e- joussour. net/fr/node/ 5180

Publié le: mercredi 28 juillet 2010