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.Al Adl Wal Ihsane décide la suspension de sa participation au mouvement 20 février

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Les détenus d’Al Adl Wal Ihsane racontent les détails de leur torture(2)

Témoignage de M. Abdellah BELLA

Lundi 28/06/2010 :

Cinq heures et demie du matin. Des coups violents sur la porte. Les habitants de la maison se réveillèrent, tout effrayés. Nous demandâmes qui était là. Une voix rude se fit entendre : « La police. Ouvrez !». Lorsque nous demandâmes pourquoi, la réponse fut aussi violente que la première : « Ce n’est pas ton affaire ! ». Nous leur demandâmes alors d’attendre un petit moment mais ils ne nous accordèrent aucun répit : des barres de fer commencèrent à tomber sur la porte. Ils ne laissèrent pas à mon épouse le temps de s’habiller et de se couvrir. Leur attaque fut fulgurante. Ils sautèrent tous sur moi, me jetèrent par terre et s’acharnèrent sur moi. Les coups pleuvaient en même temps que les injures les plus abjectes… sur moi, comme sur ma femme. Ils étaient tous en civil. Ils ne dévoilèrent pas leurs identités, se contentant de crier : « C’est la police de Casablanca … tu vas voir, fils de …. ». L’un d’eux se tourna ensuite vers ma femme pour la harceler et la menacer, pour m’humilier davantage… l’un d’eux était saoul. Il était fou furieux…Ils commencèrent à perquisitionner et saisir nos affaires, même les documents relatifs aux recherches académiques de ma femme, et ceux de ma fille… pour ensuite m’emmener, les mains menottées, sous un déluge d’insultes, vers une voiture où ils me jetèrent entre deux individus. Commença alors notre voyage vers une destination inconnue.

Durant les trois jours suivants, jours de torture :

Quelques heures après ce voyage forcé, j’ai su que j’étais l’hôte de la Brigade Nationale Anticriminelle. Ils m’annoncèrent : « Tu es maintenant dans un lieu inconnu pour tous. Nous pouvons faire de toi ce que nous voulons. Oublie le droit, la loi et toutes ces balivernes ! Vous vous êtes crus au-dessus de tous, à Fès ! Vous n’avez pas trouvé qui va vous dresser ». Je ne savais toujours pas pourquoi j’ai été enlevé. L’un d’eux ajouta alors que j’étais agenouillé devant eux : « Ici, nous passons vos semblables au pressoir… tu te crois devant ces femmelettes de Fès ? Nous pouvons t’enterrer sans que personne ne le sache… Des ministres sont passés par là et nous les avons fait s’asseoir sur la bouteille… et ils ont avoué… vous, vous voulez fonder un Etat à l’intérieur de l’Etat… que … ». Des injures, des blasphèmes, des propos infâmes contre la Jamaa et contre nos parents.

L’un d’eux me dit : « Je vais te …je ferai de toi une femme. Je te priverai de ta virilité… ». Il commença alors à enlever mon pantalon, alors que j’étais par terre. Tout cela et les coups de poings et de pieds n’arrêtaient pas de pleuvoir sur moi.

Ils m’ont fait m’asseoir sur une chaise, les mains menottées et les yeux bandés. Une rafale de gifles et de coups s’abattit sur moi alors qu’ils me criaient : « Répète ces accusations… ». Devant mon refus, les coups et les insultes redoublèrent : « Tu es un criminel ! Fils de p…Nous allons te faire endosser le crime de terrorisme. Non ! Nul besoin de ça, nous allons t’enterrer et effacer toute trace de toi… tu es en fuite …personne ne sait où tu es maintenant ».

Un autre vint et me dit : « Tu n’as plus de travail… ta famille va disparaître… Nous allons les amener aussi ici pour les humilier devant toi…ta femme et tes filles vont te voir dans cet état… Nous allons les… et les … ». Continuant à proclamer mon innocence, la cadence du tabassage s’accéléra. Ils menacèrent de me suspendre et de m’électrocuter. Puis l’un d’eux, appelé « El Hajjaj », vint et la torture reprit de plus belle.

Des supplices qui durèrent deux jours et, au troisième, lorsqu’ils n’arrivèrent pas à me faire plier, ils redoublèrent d’efforts pour me contraindre à signer un procès verbal dont j'ignorais le contenu.

Témoignage du Dr. Mohammed SLIMANI

A l’aube de ce lundi 28 juin 2010, à cinq heures et demi plus exactement, je revenais de la mosquée, après avoir accompli ma prière et en invoquant mon Créateur. Je fus surpris par cinq « gorilles » qui descendirent d’une voiture énorme, à une vitesse foudroyante. Ils m’enlevèrent et me jetèrent dans la voiture. J’ai tenté de me débattre et d’appeler au secours. Mon fils Driss, qui avait été avec moi à la mosquée et qui m’avait devancé à la maison, m’entendit et accourut. Ils s’interposèrent devant mon fils et le menacèrent de l’inculper pour désobéissance et de l’arrêter lui aussi. Une crise cardiaque me prit et je fus sur le point de mourir (je suis cardiaque et j’ai déjà subi une opération à cœur ouvert pour remplacement de valvule).

Dans la voiture, je fus serré par leurs corps de brutes, tandis que cinq autres étaient allés assaillir la maison. Puis, ils ont forcé la porte et lancé contre ma femme et mes filles un flux des pires insultes qu’il y ait jamais eu. Ils ont menacé de les arrêter à leur tour puis ils ont tout saccagé dans la maison, n’épargnant aucun objet, aucun recoin. Ils ont réquisitionné ce qui leur a plu, avant de quitter les lieux et après avoir semé la terreur dans le cœur des habitants du quartier et de l’immeuble, sans se soucier de quiconque. Ils m’emmenèrent alors vers une destination inconnue. Je ne savais pas où on allait, ni pourquoi. Qu’est-ce que j’avais commis pour que je sois traité de la sorte. Auparavant, ils avaient pris les clés de ma voiture, parquée dans le garage et l’ont fouillée de fond en comble…Sur la route, j’eus droit à un tabassage rythmé par les insultes les plus viles !

Je me suis retrouvé, enfin, dans une cellule appartenant à la Brigade Nationale de la Police Judiciaire, à Casablanca. Là où on fabrique des êtres qui n’ont aucun rapport avec le genre humain. Des êtres moulés d’une manière particulière, qui ne savent proférer que des propos abjects qui terrifient leurs destinataires. Ils commencent par se faire connaître : ils se vantent de ne rien comprendre aux termes d’humanité ou de pitié, que je me trompais énormément si je croyais que l’époque de Abdennasser est révolue, qu’ils ont développé les pires des tortures et des supplices et qu’ils allaient me faire voir, que j’allais sortir de là bas après être devenu un cadavre pourri.

Ils m’ont fait monter vers leurs quartiers quatre à cinq fois par jour, mains menottées et yeux bandés, sans que je puisse discerner la nuit du jour. A chaque fois, je passais avec eux un temps que je ne pouvais compter. Les coups fusaient de toute part sur moi, avec les mains, les pieds, les gourdins, pour me faire répéter ce qu’ils me disaient et ce qui m’était tout à fait étranger. La torture physique a laissé sur mon corps des traces qui restent, dix jours après, indélébiles. A plusieurs reprises, j’étais sur le point de m’évanouir, sinon de mourir. Mais la torture morale était pire : ils me traitaient d’homosexuel, menaçaient de me violer, me harcelaient par leurs mains, leurs insultes et leurs menaces… Ils menaçaient aussi de détruire ma famille et de faire endurer à chacun de ses membres les pires supplices.

Puis les insultes ont été lancées contre le Mourchid, Abdessalam YASSINE, ses filles, ses fils et toute la Jamaa. Ils dirent qu’ils n’attendaient que le moment propice pour annihiler notre mouvement. Ils ont aussi prétendu que, par leurs méthodes, ils avaient dressé les plus grosses têtes, comme l’ex-premier ministre Driss JETTOU, des généraux et d’autres personnalités encore.

Tout ça pour qu’à la fin, ils me contraignent à signer un document dont j’ignorais le contenu et que je sois poursuivi par la Cour d’Appel de Fès, sans connaître les motifs de tout cela. Ils ont même fait comparaître devant moi un frère qui, sous les coups de poings et de pieds, ne pouvait qu’avouer ce dont il n’avait aucune connaissance, lui aussi. Quels aveux, quelle enquête est-ce là ? Quelle justice est-ce là ?

Témoignage de M. Tarek MEHLA

A l’aube de ce lundi 28 juin 2010, à 05 : 30 à peu près, je fus surpris par des coups violents sur la porte de chez mon père, accompagnés d’appels en son nom : « Si Driss ». Ce dernier étant en voyage, ma mère s’empressa d’ouvrir pour demander qui c’était. A notre grande surprise, un groupe d’individus en civil assaillirent la maison en criant : « Police ». Aucun d’eux ne s’idenfia ni n’annonça le motif d’une telle inquisition. Ils avaient jeté ma mère par terre et mes frères se sont réveillés, terrifiés par ce qu’ils voyaient à cette heure très matinale.

Les intrus se sont déployés dans la maison, saccageant tout sur leur passage, n’épargnant ni les objets, ni les personnes. Ils réquisitionnèrent des affaires que nous ignorons encore, dans la chambre des parents, la cuisine, le hall, la salle de bain… tout cela alors que nous ne savions pas encore pourquoi ils criaient, godaillaient et menaçaient.

Ma mère, diabétique, s’est alors évanouie. Ils n’accordèrent aucune attention aux cris de mes frères, terrifiés. Je fus alors enlevé, tiré menottes aux mains, puis emmené vers une destination inconnue avec des individus inconnus.

D’autres voitures nous rejoignirent et le cortège emprunta l’autoroute Fès-Casablanca. On m’enleva tout ce que j’avais, mon stylo même, sans me dire pourquoi. L’un d’eux me menaça : « Quand nous arriverons, on te règlera ton compte et tu sauras qui nous sommes ! »

A l’approche de Casablanca (Aïn Harrouda), on me mit un bandeau sur les yeux, on me couvrit et on me fit baisser la tête. Je me retrouvai après dans un lieu inconnu. Dans mon lieu de détention, je vis pour la première fois des policiers en uniforme. On m’enleva tout, même la ceinture, et on me poussa dans la cellule N° 7 où il n’y avait q’un matelas très mince et une couverture.

Commença alors le processus de terrorisme : On m’appelle, on me bande les yeux, on me met les menottes aux mains et m’emmène par les escaliers vers un bureau où m’attendaient ceux qui allaient me faire goûter les humiliations les plus raffinées.

On me fait asseoir sur une chaise et l’interrogatoire commence : « Tu sais où tu es maintenant ? ». Je réponds : « Non ! ».Et la réplique vient : « Tu es avec la Brigade Nationale de la Police Judiciaire. Tu dois être terrifié. Notre seul nom suffit à semer la terreur dans les cœurs. Tu sais que si nous le voulons, nous pourrons effacer toute trace de toi. Personne ne sait où tu es ni ne pourra connaître ta destination »

Et après une série de questions à propos de notre Mouvement, des ses responsables à Fès et de sa méthode de travail, on me demanda une chose bizarre : « Nous savons beaucoup de choses mais nous voulons les entendre de ta propre bouche. Si tu ne le fais pas, nous te ferons voir qui est la Brigade Nationale ». Je répliquai : « Qu’est-ce qui m’est demandé ? ». Des claques s’abattirent alors sur moi : « Fils de … ». Insultes et propos orduriers… « Parle ! Sinon tu verras la mort en face…Dis –nous ce que vous avez fait à l’avocat Elghazi ! Avoue que tu portais un bâton et que tu menaçais de le frapper alors que Slimani et Bella voulaient le tuer. Avoue sinon on va te violer ». Devant ma surprise et mon indignation, les coups se succédèrent sur ma tête et ma poitrine et je perdis connaissance.

On me fit descendre dans la cellule 7 et après une heure environ, on m’appelle à nouveau pour répéter le même scénario : « Tu n’as pas honte. Nous allons te détruire et te laisser mourir ici. Des sommités sont passées par ici et nous les avons dressées. Jettou lui-même est passé ici et nous l’avons dressé ». Puis ils ont changé de ton : « Nous allons te faire comparaître devant des personnalités importantes et tu vas répéter devant eux ce que nous t’avons dit. Nous allons te défendre et rien ne t’arrivera ».

Et effectivement, ils m’ont emmené, toujours les mains en menottes et les yeux bandés, dans un autre bureau où j’ai eu l’impression de fouler un tapis. Une voix me cria : « Vas-y ! Parle ! ». Je répondis : « Je ne sais rien de ce qu’on m’a dit, ni pourquoi je suis ici! ». Il se déchaîna alors, me gifla et m’obligea à m’agenouiller, en disant : « Vous, les rebelles, nous allons enterrer (propos blasphématoire) ici et que ces … d’aljamaa s’adressent aux médias. Nous n’avons peur ni des médias, ni des lois. Prenez-le et dressez-le comme il faut ». A peine sorti du bureau, je fus emmené vers un autre. Là, sur les genoux, je subis un interrogatoire de plusieurs heures, sous les coups, gifles, insultes, etc. Je m’effondrai à la fin et on me fit revenir à la cellule 7.

Deuxième jour : même scénario mais à doses plus fortes : interrogatoires, mains menottées et ventre à terre, on me déshabille complètement et on pénétra mon derrière avec un stylo, tout en menaçant de me violer : « Tu sais, par Dieu, fils de ….Je vais te pénétrer par ce stylo et je te violerai jusqu’à ce que tu deviennes une femme et non plus un homme ».

On menaça de me suspendre et de me faire passer au chiffon. L’un d’eux serra violemment mes testicules et mon pénis en criant : « Nous allons te castrer pour que tu …………………… (propos orduriers) »Un autre me frappait des pieds à chaque fois que je demandais de l’eau. Un autre sentant l’alcool me porta et voulut me jeter par la fenêtre. On me dit : « Tu entends les cris des autres ? Tu n’as encore rien vu, fils de ………… »

Après cette série de supplices, d’humiliations et de blasphèmes, je fus contraint de signer ce qu’ils appellent « procès verbaux », les yeux partiellement découverts. Mais au troisième jour, on me dit qu’ils ont apporté des changements aux procès verbaux et on me contraint à nouveau à signer plusieurs papiers dont j’ignorais le contenu. Ceci est donc le résumé des trois journées obscures que j’ai passé avec ceux qui se disent agents de « la Brigade Nationale de la Police Judiciaire ».

Publié le: lundi 19 juillet 2010