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Entretien en direct : « Campagne contre Al Adl Wal Ihsane…De la détention à l’enlèvement »
Nous publions ici le texte intégral de l'entretien en direct avec M. Fathallah Arsalan, réalisé par le site aljamaa.net au sujet de l'enlèvement de 8 membres d'Al Adl Wal Ihsane.Administrateur du dialogue
L’administration du site aljamaa.net souhaite la bienvenue à son honorable invité M. Fathallah ARSALAN et ses chers invités et annonce l’ouverture du dialogue.
Après une semaine, y a-t-il du nouveau concernant le dossier? (Mouad)
Au nom de Dieu, le Clément, le Tout Miséricordieux et que Son Salut et Bénédiction soient sur Son Noble Prophète, sa descendance et ses compagnons. Merci tout d’abord pour l’invitation. J’espère que cette rencontre avec notre cher public contribuera à éclaircir cette affaire.
Pour répondre à ta question, cher frère, je tiens à dire que le dossier est maintenant entre les mains de la justice et que nous , dans les organes de la Jamaa, suivons son évolution, en espérant que la justice prendra son cours normal et qu’elle traitera l’affaire avec impartialité. Cela dit, nous tenons à exprimer notre indignation vis-à-vis des violations flagrantes que le dossier a connues, depuis le début. Nos frères ont été purement et simplement enlevés, d’une manière des plus inhumaines et des plus illégales. Ils ont été brutalisés, ainsi que leurs familles, puis détenus en secret pendant trois jours et leurs avocats n’ont pu les rencontrer.
Que pensez-vous, cher monsieur, de la version officielle répercutée par l’Agence Maghreb Arabe Press qui prétend qu’il s’agit là d’une simple arrestation suite à une plainte déposée par un avocat qui a été torturé par les détenus ? (Aziz Almarrakchi)
C’est là une fausse accusation qui n’a aucun fondement. Et pour preuve, la partie qui l’a diffusée n’est que l’agence précitée, bien connue pour être le porte-parole du pouvoir au Maroc et pour sa totale dépendance de ce dernier.
Les familles et la défense des détenus ont-elles pu enfin leur rendre visite ? Qu’en est-il de leur état ? (Abderrahmane)
A cette heure-ci, seules quelques familles ont pu voir leurs proches. Grâce à Dieu, leur moral est au plus haut. Quant à leur santé, nous avons appris que le juge d’instruction a accepté une expertise médicale à ce sujet. Nous croyons donc qu’il n’aurait pas donné son accord, s’il n’avait pas constaté l’existence de traces de torture, laquelle avait commencé à l’instant même de leur enlèvement et devant leurs épouses, leurs enfants et leurs proches.
Certaines sources prétendent que ce qui était arrivé à l’avocat serait dû à sa démission. Est-ce vrai ? (Mourad Eljabri)
L’appartenance au Mouvement Al Adl Wal Ihsane est une affaire de choix libre .Nous n’avons jamais contraint et nous ne contraindrons jamais quiconque à rester avec nous, s’il veut quitter le Mouvement. La preuve c’est qu’un certain nombre de nos membres ont présenté leur démission de plusieurs postes de responsabilité et personne ne les a obligés à rester. Certains mêmes ont fait des déclarations médiatiques en toute liberté et personne ne leur a porté atteinte. C’est là notre morale, notre éducation. Et si quelqu’un prétend le contraire, qu’il le fasse preuve à l’appui.
La réplique des autorités a été très brutale. Elles s’empressèrent d’enlever 8 membres de la Jamaa et de les poursuivre en justice. Quelles sont les causes de cet enlèvement, à votre avis ? (Abdeljalil Hamraoui)
La politique du Makhzen ne suit aucune logique prédifinie.Il paraît quand même que les décideurs ont été fortement agacés par la participation remarquable de la délégation du Mouvement Al Adl Wal Ihsane dans la Flottille de la Liberté, suivie par la suite par la présence imposante de la Jamaa dans la marche du 6 juin dernier. Ce qui a entièrement infirmé la thèse de son recul, après 4 années de restrictions et de répressions diverses. Si on ajoute à cela que la carte des douze détenus, libérés dernièrement, qui faisait le jeu du pouvoir dans son bras de fer avec la Jamaa était épuisée, sans qu’elle n’apporte aucun fruit, le Mouvement n’ayant accepté aucun compromis et nos 12 frères –que Dieu les garde– n’ayant pas plié l’échine, il est fort probable que le pouvoir cherche une nouvelle carte, pourquoi pas de nouveaux détenus pour reproduire le même scénario et répéter les mêmes tentatives ,dans un cercle vicieux qui ne finit que pour débuter à nouveau .
Croyez-vous qu’à travers ce dossier, le pouvoir a entamé une nouvelle phase dans son comportement avec vous ? (Abdallah)
Les arrestations et les enlèvements sont des constituants inhérents au comportement répressif du Makhzen. Son histoire est pleine de pareilles « performances », réalisées aux dépens de la quasi-totalité des forces politiques au Maroc. Depuis sa naissance, notre Mouvement a eu une grande part de ces pratiques puisque les autorités ont appliqué toutes ces formes à son encontre: en 1974, M. Abdessalam YASSINE fut enlevé de chez lui puis détenu pendant trois ans et demi sans jugement. Idem pour MM. Mohammed EL ALAOUI _Que Dieu ait son âme- et Ahmed EL MELLAKH – Puisse Dieu lui apporter santé et confort- qui furent séquestrés 15 mois durant. La même chose se répéta avec les deux derniers en 1984 et, cette fois-ci, je fus leur compagnon dans la sinistre geôle de Derb Mouley Chrif- Casablanca. Plusieurs dirigeants et membres de la Jamaa durent subir la même pratique, dans plusieurs villes marocaines. La « nouvelle ère » ayant hérité ces pratiques, elle ne put s’en débarrasser, n’ayant pas assez d’intelligence pour comprendre que de pareilles méthodes ne peuvent que s’avérer inefficaces contre notre Mouvement qui ne déviera jamais de la voie qu’il s’est tracée, et des positions qu’il a adoptées. Aussi ne peut-on pas parler d’une nouvelle phase, au risque d’être imprécis, les nouveaux faits s’inscrivant dans la continuité des violations makhzéniennes des droits de la Jamaa.
Pourquoi ne pas mettre un terme à cette guerre entre vous et le pouvoir ? (Abbasi Mohammed)
Il ne s’agit guère, cher frère, d’une guerre entre le pouvoir et nous. C’est plutôt une guerre menée par le pouvoir contre nous. Nous sommes un mouvement social pacifique. Nous avons notre point de vue au sujet de ce qui se passe que nous exprimons clairement, partant de nos droits légitimes au rassemblement et à la libre expression. Nous croyons à la pertinence de nos positions et à l’efficacité de l’approche que nous proposons pour mettre fin aux crises politiques, économiques, sociales et morales que vit notre pays. Nous sommes attachés à nos convictions. Voilà pourquoi le makhzen nous combat avec toutes ses armes. Mais notre attachement à notre droit à exprimer librement nos opinions et à les expliquer aux gens pourrait-il faire excuser cette guerre farouche qu’on nous mène?
Après cette affaire, quelles perspectives pour la Jamaa et quelles positions aurez-vous à l’avenir ? (Mostapha Bachraoui)
Nous sommes déterminés à poursuivre notre marche, en invoquant l’aide divine. Notre mouvement n’a cessé de subir les foudres du pouvoir, sans jamais capituler. Cela n’est guère de l’entêtement. C’est plutôt notre foi en Dieu Tout-Puissant et notre croyance dans la voie que nous nous sommes définie et qui s’avère, jour après jour, être fondé. Nous n’avons jamais exercé la violence et nous ne l’exercerons jamais. Nous resterons patients, endurants et défendrons nos droits avec tous les moyens légitimes, sans céder à la provocation, comme nous ne nous laisserons pas harceler. Nous ne nous laisserons pas distraire de notre mission essentielle, celle de la Justice et de la Spiritualité.
Quelles sont vos attentes par rapport au procès ? (Boualam Gharbaoui)
Tout le monde sait que le dossier est politique, par excellence. En tout cas, il s’agit là d’un nouveau test face aux allégations de la nouvelle ère et de la nouvelle conception du pouvoir et de l’indépendance de la Justice. Ceci dit, le parcours suivi jusqu’à maintenant par le dossier montre bien que les choses ne vont pas dans la bonne direction.
Certains analystes affirment que cette nouvelle affaire vise à vous distraire et à vous occuper. Etes-vous d’accord là-dessus ? (Mouhsine)
Dites plutôt qu’il s’agit de distraire l’opinion publique, car les stratagèmes adoptés par le makhzen à cette
fin sont nombreux et diversifiés, et c’en est un pour faire oublier au peuple sa souffrance quotidienne. Mais, grâce au Tout-Puissant, nous sommes déterminés à poursuivre notre mission d’appel à Dieu et à mener nos activités sur tous les fronts.
Pourquoi ce silence flagrant des organisations internationales et nationales de Droits Humains, malgré le nombre grandissant d’images qui montrent le degré de répression à laquelle ont droit les membres d’Al Adl Wal Ihsane. La Jamaa croit-t-elle à la crédibilité de ces organisations lorsque celles-ci daignent bouger ? (Mohammed bahraoui)
Bien que nous constatons en général que le traitement des restrictions et répressions subies par notre mouvement durant toutes les périodes précédentes demeure bien en deçà du niveau requis, il n’en demeure pas moins que les réactions engendrées par ce dossier de la part de la plupart des organisations de Droits Humains, surtout nationales, se sont distinguées par leur rapidité. Je tiens à ce propos à saluer et à remercier ces dernières pour leur réactivité à cette affaire où les violations sont des plus flagrantes.
Assalamou alaykoum wa rahmatou Allah. M. Fatahallah Arasalan, mes salutations distinguées à vous et à l’administration du site d’Al Jamaa qui nous a permis de communiquer avec vous.
Certes, la découverte d’un agent des renseignements infiltré dans vos rangs constitue en soi un exploit de votre mouvement. Ne craignez-vous pas, cependant, qu’il y ait d’autres collaborateurs avec le makhzen, jusque là inconnus, qui peuvent occuper des postes sensibles ? (Abdessamad Moustajib)
Notre mouvement a, dès ses débuts, annoncé qu’il est contre la clandestinité, la force de son projet étant puisée de sa publicité et qu’un nombre maximum, sinon la totalité des enfants du Maroc, y contribuent. Partant, nous avons, dès le début, fondé une association à caractère politique avant de demander l’autorisation de créer un parti politique qui nous permettrait de communiquer avec les gens pour leur expliquer notre projet.
A la première occasion, nous avons fondé des sièges et avons ouvert nos portes à tout le monde, pour que tous prennent connaissance de ce que nous faisons et entendons faire. Le fait de mener nos activités à l’intérieur de nos maisons n’est pas un choix, c’est une nécessité à laquelle nous avons été contraints lorsque nos sièges furent scellés.
Nous n’avons rien à cacher et si l’occasion se présente, nous sortirons au grand jour et soulagerons les autorités de cette troupe innombrable d’agents qui ne cessent d’épier en permanence nos moindres mouvements. Le pouvoir n’aura plus alors à allouer de sommes faramineuses, payées par le peuple à de telles fins. Nous ne craignons pas que ces agents dévoilent les contenus de nos réunions, connus et publiés dans nos livres et publications. Ce que nous craignons, c’est l’infiltration d’espions et de collaborateurs qui peuvent, d’une manière ou d’une autre, nous porter préjudice en accomplissant de actes de violence , pour nous faire endosser cette accusation.
Assalamou alaykoum wa rahmatou Allah. Le Mouvement Justice et Spiritualité subit, depuis longtemps, des campagnes en série contre ses membres. C’est là une chose bien connue depuis sa naissance. Pourquoi reste-il alors les bras croisés, se contentant de la condamnation et de l’indignation. Pourquoi n’a–t-il pas recours à une action de même nature pour y mettre un terme ? (Ahmed Assaleh, Journaliste)
Notre combat contre le despotisme est un combat de longue haleine, et nous ne nous laissons pas entraîner vers des réactions. Ce que nous essayons de changer n’est pas un acte limité dans le temps et l’espace, mais le pouvoir despotique hérité par la nation depuis l’effondrement du califat bien-guidé, il y a des siècles, et à l’ombre duquel elle vécut si longtemps qu’elle s’y adapta à tous les niveaux et y prit même goût.
Le combat que nous menons n’est pas contre un indicateur, ni même contre les services de renseignements, ni contre des personnes qui ont hérité cette injustice et cette dictature, car ils ne sont en fait que les anneaux de cette longue chaîne.
Partant, nous avons appelé et nous appelons encore à un pacte auquel tout le monde participe pour nous libérer de ce joug, pour que nous puissions tous ensemble inaugurer une phase transitoire qui nous ferait sentir de l’air frais, celui de l’émancipation .Notre combat n’est pas pour occuper des sièges au Parlement ou avoir des postes au gouvernement qui n’apportent rien à la nation, et ne profitent qu’à leurs membres. Notre combat, avec tout le prix que nous payons, est une cause qui nous ferait gagner l’amour de notre Créateur et nous permettra de contribuer au salut de la Oumma.
Par cette question, nous mettons fin à cette rencontre avec M. Fathallah ARSALAN au sujet de « La campagne contre Al Adl Wal Ihsane… De la détention à l’enlèvement ».
Nous remercions M. Fathallah et tous ceux qui ont participé à cette rencontre. Toutes nos excuses aussi aux nombreux invités dont les questions n’ont pas été traitées, vue la contrainte du temps.
Publié le: jeudi 08 juillet 2010






