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Par: Amine Morabet
Lettre à un défenseur d’Israël
Je prends l’initiative de vous écrire ces lignes, M. Alain Finkielkraut, en réponse à vos déclarations surprenantes et décevantes, pour moi du moins, lorsque vous avez défendu Israël en réagissant vivement, avec Bernard-Henri Lévy, aux accusations portées contre Israël après l'arraisonnement stupide et barbare de la flottille pour Gaza, lundi 31 mai.
Mais avant de continuer mon propos, permettez-moi de me présenter brièvement. Je suis un enseignant de français au Maroc. Je suis Arabe et Musulman.
Pourquoi vos déclarations sont-elles pour moi surprenantes et décevantes?
Certes, je sais que vous êtes juif et un défenseur d’Israël. Mais, à travers votre émission « répliques » sur France culture, je me suis fait une certaine idée « positive » sur vous (peut-être me suis-je trompé): un philosophe qui participe avec vigueur et sincérité aux différents débats et affaires qui interpellent les intellectuels de votre pays la France; et je croyais que ceci (être philosophe …) n’était pas occulté par cela (être juif et un défenseur d’Israël), surtout après le « JCall » et la « répliques » consacrée à la paix en Palestine entre les Arabes et les Israéliens. Bref, pour moi vous êtes un juif français qui parle avec raison et bon sens et ce même lorsqu’il est question de l’épineux et délicat dossier de la Palestine. Je m’attendais certes à une réaction de votre part après la tragédie de la flottille et je pensais que votre attitude allait être critique et lucide à l’égard d’Israël, mais j’ai été surpris et déçu d’entendre la même langue de bois qu’on rencontre toujours en Occident lorsqu’il est question d’Israël et ses bévues, ses crimes prémédités en fait: avocat du diable, défense de l’indéfendable, négation de faits avérés concernant la souffrance des Palestiniens, condamner les faibles opprimés qui militent pour leur terre, avec parfois des faits d’armes spectaculaires et sanglants mais oh combien disproportionnés devant l’armada, la suprématie et la barbarie écrasante d’Israël ! Et fermer les yeux devant les crimes et le génocide commis par Israël. Bref, le deux poids deux mesures, flagrant et navrant, continue.
Je reviens donc à vos déclarations vous et B.H Lévy au sujet de l’attaque de la flottille « Liberté ». En fait, je n’ai pas suivi votre intervention sur la chaîne Public Sénat, ni lu l’article de B.H Lévy dans Libération. Sur Le Monde.fr, j’ai uniquement lu une synthèse de ces prises de position, synthèse qui a vraisemblablement rendu l’essentiel de vos intentions et positions.
Donc, à la lumière de cette lecture, je suis sorti avec cette impression que l’on veut défendre l’indéfendable, enfumer l’événement tragique, escamoter le vrai problème, cacher l’amère vérité, la vraie tragédie du peuple palestinien, et ce avec de belles phrases, des effets de style et des symboles très puissants. Le tout émanant de deux figures éminentes de l’intelligentsia française.
Et c’est désolant ! C’est honteux !
Ma surprise et ma déception sont peut-être dues à mon ignorance de vos vrais profils, vous et B.H Lévy. Car vous pouvez être tout simplement les alter egos occidentaux de ces Israéliens qui défendent coûte que coûte l’entreprise criminelle d’Israël, avec le masque de l’observateur critique et lucide, l’image réconfortante et imposante du penseur et du philosophe et la tartufferie et les larmes de circonstance devant la souffrance des Palestiniens, quand cela s’impose, médiatiquement parlant. Si c’est ainsi, alors vos prises de positions n’auront rien de surprenant, car vous serez alors logiques et fidèles avec vous-même. La poule ne peut donner que des œufs. Si vous ne correspondez pas à ce profil, alors je m’excuse sincèrement auprès de vous et de B.H Lévy. Cependant, et dans les deux cas de figures, vos positions me paraissent injustes, car elles se rangent du côté d’Israël. Or, Israël n’est plus défendable, et ce même d’une manière critique, nuancée et lucide.
Vous avez déclaré sur Public Sénat :"Je vois la haine, soudain, se donner libre cours (…) Je ne veux pas servir de caution juive à une haine, à une diabolisation d'Israël". Quant à moi, je veux commenter les termes ΄haine΄ et ΄diabolisation d'Israël΄. Le terme ΄haine΄ ici rappelle nécessairement par écho le terme ΄antisémitisme΄. Et B.H Lévy n’a pas hésité à glisser habilement en critiquant les organisateurs turques la remarque qu’en Turquie "Mein Kampf est un best seller". Et dans le discours d’un pro-israélien, ΄antisémitisme΄ et ΄Mein Kampf΄ sont des arguments massue et staliniens qui désarment la partie adverse en l’assimilant, aux yeux des innocents non initiés, à Hitler et sa tragique épopée antisémite. Ce qui est un mensonge mesquin, une propagande démagogique contre une cause on ne peut plus juste : la tragédie des Palestiniens à Gaza et ailleurs. C’est malhonnête M. Alain Finkielkraut ! C’est indigne ! Je suis déçu, profondément déçu !
Car, l’antisémitisme c’est la haine et la stigmatisation systématique de tous les juifs et ce du fait que ce sont justement des juifs. L’antisémitisme est essentiellement une folie nazie. C’est donc une production idéologique occidentale, une drôlerie barbare occidentale. Taxer les Arabes et les Musulmans d’antisémitisme, eux qui n’ont commis ni pogrom ni holocauste, et alors qu’ils sont en conflit légitime contre Israël qui spolie leurs terres et commet des crimes contre l’Humanité en guerroyant dans la région, est une extrapolation anachronique, un leurre démagogique, un non-sens aberrant en soi mais grave et lourd de conséquences pour l’image des Arabes et des Musulmans en Occident et, avec le souvenir douloureux de la tragédie de la Shoah en Occident, une icône ou une relique de martyrs brandie par des tartuffes criminels, cyniques et sans foi ni loi.
L’hostilité des Arabes et des Musulmans à l’égard d’Israël ne doit pas être taxée d’antisémitisme par les honnêtes gens car elle est due, non à une haine systématique de tous les juifs du monde, érigée en système d’idées xénophobes et racistes, avec des conséquences tragiques ressemblant à celles de l’histoire de l’Europe au XXème siècle , surtout en Allemagne nazie, mais à la présence injustifiée d’Israël, le voisinage nuisible et dangereux d’Israël, les crimes d’Israël … Disons qu’il est question, en Palestine et ailleurs, d’une hostilité saine et légitime à l’égard d’une proximité agressive et fortement nuisible. La preuve, dans les pays musulmans et pendant de longs siècles, les juifs ont vécu en bon voisinage avec les Arabes et les Musulmans, sans pogroms ni « solution finale ».
΄Diabolisation d'Israël΄. Faut-il donc canoniser Israël pour ces crimes!? Je peux très bien comprendre votre amour pour Israël. Je peux très bien comprendre votre défense d’Israël contre les dangers qui menaceraient son existence. Mais on n’est pas là maintenant. C’est Israël qui est coupable maintenant. Génocide de Gaza, blocus inhumain de Gaza, graves atteintes aux lieux saints de l’Islam à Al Quods (Jérusalem) … On peut rétorquer que certains de ces actes sont justement dictés par la sécurité d’Israël. Soit, mais est-ce que la sécurité des Israéliens doit avoir pour prix le génocide, l’emprisonnement et l’asphyxie d’un peuple en entier ?
Dans Libération, Bernard-Henri Lévy écrit :"les bataillons de tartuffes regrettant qu'Israël se dérobe aux exigences d'une enquête internationale" et il défend la position israélienne en disant: "Ce que refuse Israël c'est l'enquête demandée par un conseil des droits de l'homme des Nations unies où règnent ces grands démocrates que sont les Cubains, les Pakistanais et autres Iraniens."
Ce qui revient à dire que la cause juste des Palestiniens est injuste ou ne doit pas être défendue, du moment qu’elle récupérée par "ces grands démocrates que sont les Cubains, les Pakistanais et autres Iraniens" selon B.H. Lévy ! Ceci me rappelle le corollaire de cette affirmation qu’on a beaucoup entendu lors du génocide de Gaza : "Israël est un Etat démocrate" (avec le sous-entendu "dans un océan de tyrannie"). La démocratie d’Israël signifie donc infaillibilité et impunité.
Non Messieurs ! Au milieu de la jungle de la tyrannie des régimes arabes, la démocratie raciste et belliqueuse d’Israël n’est pas la bande fraternelle et philanthrope d’un Robin des bois justicier et au cœur tendre, mais plutôt un Dracula ou un Jacques l’éventreur que cache mal les allures de gentleman avenant et civilisé. Un état raciste, belliqueux, mais doté d’un régime démocratique, est responsable de la souffrance des Palestiniens défendus, eux, par des régimes despotiques et autoritaires. Une cause légitime défendue, trahie en fait, par des régimes archaïques et antidémocratiques contre un état démocratique et génocidaire. Voilà donc, dans l’imbroglio proche-oriental, l’un des éléments qui affaiblissent la cause palestinienne et maquillent l’entreprise criminelle d’Israël aux yeux des Occidentaux. Cette veine d’arguments est à la portée des esprits éminents qui défendent habilement Israël. Vous n’avez qu’à vous servir pour servir le crime, le génocide et l’injustice contre un peuple faible et opprimé ! Mes mots sont trop durs peut-être. Mais ils traduisent le sentiment qu’ont les Musulmans qui voient des frères égorgés impunément et une cause légitime foulée aux pieds par ceux-là même qui ne cessent de dénoncer les violations des droits de l’homme. Une flagrante hypocrisie qui se renouvelle à chaque crime d’Israël !
Les Palestiniens, dans la guerre d’images, discours et symboles qui les opposent aux Israéliens, sont malheureusement les malheureux perdants à la fin ! Car Israël réussit toujours à récupérer médiatiquement et politiquement le terrain perdu et ce grâce aux lobbies omniprésents en Occident. Votre intervention sur Public Sénat va-t-elle dans ce sens ? Pourquoi ? Le fait d’être juif, l’amour inconditionnel pour Israël …
Pour un philosophe, rien ne justifie en tout cas de prendre le parti des criminels, de défendre la barbarie et l’injustice.
Cordialement
Amine Morabet Ksar El Kébir, Maroc
Publié le: samedi 03 juillet 2010






