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Par: Jaouad Benomar
Abdessalam Yassine : un parcours de combattant (14)
Cette année-là, le monde était en pleine effervescence ; le Maroc aussi. Une ère était à son déclin et une autre commençait. Avec l’offensive menée de concert avec leurs alliés sur l’Irak, les Etats-Unis entendaient imposer un nouvel ordre qui les consacrerait première superpuissance dans le monde. Nouvelle ère de conquête.
Après la débâcle de l’armée irakienne au Koweït et son retrait en débandade, la coalition ne marche pas sur Bagdad, de peur de déstabiliser la région. Saddam se maintient au pouvoir et règne par la terreur. Sa garde républicaine, restée intacte, écrase les rébellions, kurde au nord et chiite au sud. Les insurgés chiites se replient sur l’Iran à la mi-mars.
Dans les rues des pays arabes, archicombles moins d’un mois auparavant, les voix des manifestants commençaient à perdre en force.
En Algérie voisine, le Front Islamique du Salut montait en puissance et les masses des adhérents comme des sympathisants poussaient leurs leaders (Abassi Madani et Ali Belhadj, en premier) à accélérer le rythme de la participation du Mouvement au processus électoral entamé. Erreur fatale !
Quant à ce « pauvre » Mouvement Justice et Spiritualité, il semblait bien vivre ses derniers moments. Son guide spirituel assigné à résidence, les membres de son Conseil d’Orientation derrière les barreaux et sa structure organisationnelle démantelée, il ne pouvait plus sévir.
Le pouvoir s’impatientait davantage. Il voulait clore aussi vite que possible ce dossier épineux. Exaspéré par l’inflexibilité de cet adversaire hors de commun, il dépêcha auprès d’Abdessalam Yassine émissaire après émissaire pour ouvrir la voie à la négociation. En vain !
Déjà, ce corps qu’on croyait mort à jamais commençait à se dégourdir et la Section Estudiantine de la Jamaa occupa avec une vitesse fulgurante la scène universitaire. De ce fait, Le nombre des adhérents explosa. Amère surprise !
La réaction d’Hassan II fut à la mesure de son irritation. Le 24 juillet 1991, quinze étudiants de la Faculté de Médecine –Casablanca furent déférés devant la Cour d’Appel de la ville pour délits graves. Le bras de fer était déclenché. Il allait durer longtemps.
Au Moyen-Orient, la Tempête du Désert s’étant « apaisée », les coalisés s’efforçaient de restaurer un équilibre qu’ils avaient eux-mêmes mis à mal. Accusés d’adopter une politique de « deux poids, deux mesures », ils s’empressaient de prouver une bonne foi qu’ils n’avaient pas. Et, sous le parrainage des Etats-Unis comme d’une URSS à l’agonie, avec la participation de l’Egypte, des Israéliens, des Palestiniens, des Jordaniens , des Syriens et des Libanais, la conférence de Madrid fut tenue pour « assurer la stabilité au Proche-Orient par le règlement pacifique du contentieux arabo-israélien ».
Mais, le glas sonnait déjà pour cette Union des Républiques Socialistes Soviétiques qui, durant plus d’un demi-siècle, menait la vie dure aux Etats-Unis comme à leurs alliés dans le monde. A un référendum sur la souveraineté des républiques constituantes, 76,4% des électeurs répondirent par l’affirmative, et le processus de démantèlement du grand empire se déclencha.
Au Maroc, les évènements opposant Al Adl Wal Ihsane à ce makhzen séculaire qui entendait en finir une fois pour toutes, allaient en crescendo.
Le 11 août 1991, et à la surprise de tous les services de sécurité et de renseignements du pays, le Mouvement organisa une marche pacifique silencieuse en direction de la Cour d’Appel où se tenait le procès des 15 étudiants de la faculté de médecine. L’affaire prit alors une autre tournure et son arrière-plan politique apparut au grand jour. Le verdict se réduisit donc à trois mois de prison ferme pour six inculpés et les neufs autres furent acquittés.
Publié le: mercredi 12 mai 2010






