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Par: Mohamed Chbani
La démocratie low-cost
Après la démocratie sandwich et la démocratie hot-dog (la démocratie Mac-Do), on assiste ces derniers temps à l’avènement d’une démocratie low-cost.
En effet, l’occident après avoir longtemps tenté d’exporter son modèle de démocratie au tiers monde (sans résultats tangibles faut-il le rappeler) semble avoir changé de stratégie ; il se contente actuellement d’appuyer dans les pays du sud un modèle de démocratie locale, autochtone et tiers-mondiste que nous appellerons la démocratie low-cost. Après la voiture low-cost, les maisons low-cost, les vols low-cost, voici une démocratie low-cost, une démocratie à bas prix, au rabais, une démocratie made in china en quelque sorte car de toute les façons, les tiers-mondistes qui constituent la majorité de la population de la planète ne sont pas assez mûrs pour une démocratie à l’occidentale. On a bien vu ce que ça a donné à Gaza, des élections transparentes et suivies par des observateurs étrangers ont permis l’accession au pouvoir de forces taxées de « rétrogrades » par l’occident, des forces qui ne sont pas assez au goût des « grands » de ce monde.
Comment fonctionne une démocratie low-cost ou plutôt comment faire fonctionner la dernière trouvaille des think-tank impérialistes ? Il s’agit de garder les dictateurs locaux éparpillés un peu partout dans les pays pauvres tout en créant en aval des ces dictatures un système permettant l’accès des élites locales au pouvoir mais toujours sous la houlette du dictateur de service : je m’explique.
Par exemple dans un pays Untel adepte du parti unique, il ne s’agit certainement pas d’appeler à une ouverture démocratique et au multipartisme ; mais seulement de convaincre les élites de ce pays de s’enrôler dans ce parti unique et omnipotent, tout en essayant de progresser dans les appareils du parti par le biais de la démocratie « intrinsèque » de celui-ci et de se frayer un chemin vers le pouvoir. Le but ultime de cette manœuvre étant d’améliorer les conditions des concitoyens en faisant un maximum de concessions et de soumissions.
Seul hic de ce raisonnement idyllique et absurde, c’est que ceux qui choisissent ce chemin laissent l’essentiel de leur message en cours de route car, de concessions en soumissions, ils se retrouvent subordonnés à un système pourri et coincés par le fait qu’ils ont accepté de jouer le jeu en fermant les yeux sur les avatars du système, système qui renferme par ailleurs dans ses entrailles les grains de sa ruine. Ces grains dont le moindre n’est pas la corruption qui ronge le système.
Ce que nous avons dit du parti unique vaut aussi pour un système multipartite en apparence mais qui pose des conditions de jeu draconiennes à ces dits partis, ce qui permet de les confiner à des rôles de figurants tout en favorisant les partis fomentés par le régime (parti ou partis communément appelés partis de l’administration). Ceux qui acceptent ces règles du jeu et s’enrôlent dans ces partis de façade se retrouvent coincés par leur hiérarchie car les règles préétablies sont tellement strictes et la marge de manœuvre tellement réduite qu’il est impossible de changer les choses. Ils se retrouvent dans la situation de l’arroseur arrosé et participent de fait – en tournant dans ce cercle vicieux– à entretenir non pas le développement mais bien les chimères, ils luttent non pas contre le sous développement mais contre des moulins à vent tels des Don Quichotte postmodernes.
D’aucuns pourraient rétorquer que la démocratie occidentale n’est pas le modèle abouti de la démocratie et qu’elle n’est pas à prendre comme exemple au vu de certains phénomènes qu’elle a généré comme le phénomène berlusconien ou sarkozyste. Ainsi dans des pays pionniers de la démocratie, le gouvernant -tout élu qu’il soit- se retrouve investi du pouvoir absolu par le jeu sournois de l’appareil médiatique, appareil qui comme tout le monde sait, celui qui le détient, détient le pouvoir absolu. Et ce n’est un secret pour personne (surtout pas pour un italien) que le pouvoir absolu corrompt.
La grande Amérique n’est pas en reste car là-bas (oui, là-bas), les grands électeurs font et défont les présidents. Ces derniers sont tellement dévolus à ceux qui ont financé leur campagne électorale qu’une fois arrivés, ils se retrouvent devant un autre avatar : celui de ne rien pouvoir faire car ceux qui les ont portés aux nues leurs laissent à peine la liberté de respirer (cf. problème de la réforme de l’assurance maladie pour les dossiers internes, et celui de la paix au proche- orient pour les affaires étrangères et le mot « étrangères » trouve son plein emploi dans cette situation).
On ne s’étonne pas donc si l’oncle Sam est aux petits soins avec la douce chine, la lointaine chine, la large chine même si elle abrite le système le plus fermé, le plus anti-démocratique, le plus répressif qui soit. Car comment comprendre que des pays comme l’Irak ou l’Afghanistan ont été envahis par des armées occidentales coalisées pour rétablir soi disant la démocratie, alors que les donneurs d’ordres de ces mêmes armées ferment les yeux sur les droits humains dans l’empire du milieu.
Le soldat Martinez -qui git une balle dans la tête au fond de la vallée de Helmand entouré de milliers d’autochtones aussi affamés que déterminés à l’expulser de la terre de leurs ancêtres- sait-il qu’il s’est gouré, qu’on l’a embobiné à coup de propagande du genre «venir combattre le mal ici avant qu’il arrive chez nous » (chez eux) ou du genre « combattre pour apprendre la démocratie à des incultes barbares », leur apprendre la démocratie malgré eux.
Le soldat Martinez sait-il que si il a échappé à l’enfer de la jungle urbaine américaine ou on décompte plus de morts par balle et par an que de morts en Irak et en Afghanistan réunis, il n’a pas échappé à la malédiction de gens qui ne lui ont rien demandé et qui ne lui ont fait aucun mal, sauf celui de se retrouver dans un pays que les impérialistes prennent pour une vache à traire. En tout cas la mort du soldat Martinez -qui n’est même pas encore tout à fait naturalisé américain- n’aura servi à rien, les indigènes ne céderont pas et lui ne pourra pas jouir de la vie faste qu’on lui a fait miroiter pour l’enrôler dans une sale guerre qui n’est pas la sienne. La démocratie lui a joué un tour, il se demande s’il ne valait pas mieux qu’il soit né chinois ou dans un de ces pays à démocratie low-cost qui n’ont rien à exporter, ni marchandises ni idéaux démocratiques à géométrie variable.
Publié le: jeudi 04 mars 2010






