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Par: Dr Zouhair Lahna

Un mur d’acier contre Gaza

Un an après l’agression sur Gaza, un mur d’acier est en construction au sud de la bande, sur la frontière avec l’Egypte. Les travaux ont commencé pendant que les militants préparaient la marche, dite de la liberté, afin d’éveiller les consciences sur le sort tragique des palestiniens qui habitent dans cette prison à ciel ouvert.

Officiellement, ce mur est édifié pour des raisons de sécurité intérieure de l’Egypte.

Bien évidement, personne ne croit à cette version insultante pour l’intelligence de tous les spectateurs de cette pièce, jouée en plusieurs actes.

Les gouvernements des Etats-Unis et de la France, « émus », par les souffrances des palestiniens de Gaza, ont décidé de fournir leurs appuis militaire et logistique afin de réaliser cette frontière en acier, qui menace d’engloutir toute la bande. Une première d’après les maîtres d’œuvre et qui pourrait servir de modèle afin d’isoler les bons, des méchants indésirables. Ces méchants menacent avec leurs moyens rudimentaires la sécurité de leurs voisins nous dit-on, et pourquoi pas la sécurité mondiale, tant qu’on y est.

Les méchants sont bien évidemment les militants du Hamas, et par extension tous les palestiniens de Gaza, qui ont mal voté lors des élections de janvier 2007.

Des élections libres et sans fraude, mais des élections qui ont porté le Hamas à diriger l’autorité palestinienne.

Et puis, le Hamas n’a rien dirigé parce qu’il a été boycotté par les bienfaiteurs de l’autorité. Pauvre autorité, qui n’a pas les moyens de sa souveraineté. Ni moyens politiques, ni moyens financiers. Et là, c’est un autre sujet sur le bien-fondé d’une telle institution. Bref, le Hamas a accepté le jeu politique, mais les joueurs ne l’ont pas accepté dans la partie.

Une Fatwa sur mesure !!

Le quotidien des palestiniens de Gaza est rapporté par des journalistes, des humanitaires voire des espions. Une population face aux difficultés quotidiennes et aux perspectives bien limitées. Mais une population digne et endurante. Les épreuves et les privations d’une part, les agressions et l’histoire récente d’autre part, ont fini par forger des résistants. Ce n’est ni des illuminés sanguinaires, ni des professionnels de la terreur. Les observateurs savent également que les palestiniens de Gaza ne forment pas non plus, un émirat islamique fondamentaliste et nihiliste des valeurs universelles, comme cela est fourni par la propagande occidentale et par des reporters de service et autres intellectuels de salons. Ces professionnels du mensonge et de la désinformation diffusent et entretiennent des idées reçus en phase avec une propagande bien huilée, surtout en France et aux Etats-Unis.

Comment expliquer, alors, que les habitants entassés - un million et demi de personnes, la plus grande densité dans le monde- d’une bande étroite de huit kilomètres de large sur trente cinq de long puissent engendrer cette phobie à des puissances régionales et internationales ?

Et je ne parle pas de l’Egypte comme puissance régionale.

Hélas, l’Egypte est juste un géant limitrophe qui ressasse son passé et fournit des alibis à l’étranglement de la bande, autorisant la construction d’un mur d’acier sur son territoire en clamant la protection. L’Égypte a fini par perdre toute forme de respect de la part des arabes dont elle se voulait le porte étendard. Ne parlons pas des musulmans de part le monde. Les défenseurs des droits de l’homme ou même des citoyens ordinaires qui ont pu s’affranchir de la désinformation généralisée ne sont plus dupes devant ce macabre scénario. Pour habiller sa décision inacceptable et inintelligible pour sa population majoritairement musulmane et pour les musulmans de part le monde, sensibles à ce qui se passe en Palestine en général et à Gaza en particulier, depuis la dernière agression, l’administration égyptienne a commandité une Fatwa (avis religieux) sur mesure, de la prestigieuse école al Azhar, désormais aux mains d’Oulémas à la solde du pouvoir. Ces oulémas dénigrés par ailleurs par la plupart des égyptiens et des musulmans, ont émis un avis favorable, dans le sens de la construction du mur. Cette fatwa, pas nécessaire en soi pour un pouvoir autoritaire et antidémocratique, mais néanmoins docile et ami des puissances du moment, prouve son embarras vis-à-vis de cette construction sur son sol afin soi-disant de se protéger des méchants palestiniens du Hamas, ou encore de tout mouvement de masse comme ce qui a pu se passer durant l’année 2008.

Encore une fois, ces supputations ne tiennent pas la route. D’une part le Hamas n’a jamais attaqué l’Egypte, ni même émis une critique verbale, ménageant toujours une porte de sortie politique via cet incontournable voisin. Appliquant les procédés de la realpolitik, D’autre part, un possible déferlement de la population de Gaza vers l’Egypte dans le scénario de plus en plus probable d’une nouvelle agression israélienne, est contredit par le comportement des palestiniens durant les 23jours de l’agression de décembre 2008 - janvier 2009. Ils ne se sont pas massés en nombre au poste frontière de Rafah demandant le passage vers l’Egypte, mais ils ont résisté chez eux. On a même assisté à un fait surréel. En pleine période de bombardements intensifs sur la bande, un certain nombre de palestiniens ont rejoint leurs domiciles à Gaza. Face aux micros des journalistes, ils répondaient sans sourciller, qu’ils souhaitaient être avec les leurs et même mourir en famille. Comportement peu commun, mais comportement intelligible une fois qu’on connaît un peu plus ces palestiniens, et on comprend un peu ce qui les fait tenir face à tant d’adversités.

Le vœu de Sharon !

Face à l’embargo, les palestiniens ont creusé des tunnels tout le long de la frontière avec l’Egypte, soit sur les huit à dix kilomètres. Cette frontière fut régulièrement bombardée par l’aviation sioniste.

Lors de mon séjour à Gaza, j’ai eu l’occasion de voir tous types de produits égyptiens étalés dans les marchés et sur les étagères des magasins, cela permettait de diminuer l’emprise des privations. Mais les instigateurs de cet embargo le veulent plus étranglant. Alors, ils ont pensé le mur d’acier avec gadgets.

Quand Sharon a démantelé, sous la pression de la résistance, les colonies de Gaza, il a fait vœu de la voir s’engloutir par la mer. Et un des secrets du mur que le gouvernement égyptien est en train de construire à la frontière avec la Bande de Gaza, c’est qu’il sera doté d’ un circuit qui sera utilisé pour remplir les tunnels d’eau de mer et pour noyer quiconque essaiera d’en creuser de nouveaux. Des trous sont creusés du côté palestinien du mur d’acier et des tuyaux de 20 à 30 mètres de long sont insérés dans ces trous. Une canalisation principale de 10 km prendra l’eau dans la mer et la distribuera à un réseau de tuyaux enterrés tous les 30 à 40 mètres, ce qui constituera une première ligne de «défense» contre les ouvriers des tunnels. Les tuyaux qui seront enterrés ont des trous et irrigueront régulièrement le sol, ce qui provoquera l’effondrement des tunnels actuels et rendra plus difficile le creusement de nouveaux ; selon les géologues le système aura une influence néfaste sur la nappe phréatique du côté palestinien et sur la fertilité du sol, tandis que le mur d’acier de 30 à 35 mètres de profondeur devrait protéger le sol du côté égyptien de ces effets néfastes.

Le mur est en construction, il a dépassé les cinq kilomètre selon l'Organisation arabe des droits de l'homme, qui siège à Londres, l'Égypte a déjà accompli 5,4 km de ce mur qui devrait atteindre les dix kilomètres. Le mur sera également équipé de capteurs pour avertir des tentatives de pénétration. Ce mur se construit dans l’indifférence générale et un mutisme assourdissant des opinions publiques, à l’instar du mur de la Cisjordanie.

Celui-ci est plus dévastateur, nous dit-on. Réveillera-t- il les consciences une fois que Gaza prendra l’eau ?

Publié le: dimanche 14 février 2010

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