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Par: Mohamed Chbani
Lettre de mon minaret
La construction de nouveaux minarets est interdite en Suisse depuis le récent référendum. Les ténors du dialogue entre les religions se font tout petits, ni leurs conférences organisées à coup de millions de pétrodollars, ni le faste avec lequel ils accueillent les dignitaires religieux des « grandes » religions monothéistes n’a pu éviter le pire, à savoir stigmatiser une fois de plus l’Islam au cœur de la vielle Europe, berceau de la démocratie et de la liberté de culte.
En fait, ce qui est étonnant, ce n’est pas tant le vote des citoyens suisses contre la construction de minarets – vote qui risque soi-dit en passant de faire tâche d’huile dans toute l’Europe– mais le mutisme de circonstance des gouvernements des pays arabo-musulmans, pays qui ont tous une importante communauté établie en Europe depuis belle lurette.
Aucune réaction de la prestigieuse université AL-Azhar de la Grande Egypte, encore moins des autres instances parlant au nom de l’islam que ce soit au pays accueillant les lieux saints de l’Islam que dans les autres pays intéressés de près par ce problème à savoir les pays d’Afrique du nord.
Il s’agit sans nul doute d’une stigmatisation de l’Islam et des musulmans de par le fait, les ressortissants musulmans en Europe ont peur pour eux et pour leurs enfants des jours à venir.
Livrés à eux-mêmes face à la montée de la xénophobie et de la pensée unique, lâchés par leurs pays d’origine qui ne se souviennent d’eux que quand il s’agit de transférer des devises, les musulmans d’Europe essaient de comprendre ce qui leur arrive.
Les débats récents sur le voile intégral – la célèbre burqa– et sur l’identité nationale en France, la publication des caricatures du Prophète de l’islam- paix et salut à lui- en Europe du nord se conjuguent pour créer un climat de suspicion très abject.
En fait les européens aiment bien les musulmans mais seulement quand ils restent chez eux, ils aiment bien gouter le thé à la médina de Marrakech ou au Caire, savourer la sable fin des plages de Tunisie, se délecter du faste des différents tournois sportifs organisés à Dubaï, mais ils n’aiment pas que les descendants de musulmans installés depuis plusieurs générations en Europe manifestent leur intérêt pour leur religion, ils trouvent ça ostentatoire.
Le voile est ostentatoire, la barbe –seulement des musulmans– est ostentatoire, les minarets sont ostentatoires, la défense du Prophète de l’islam – paix et salut à lui- est ostentatoire, Gaza enfin est plus qu’ostentatoire.
Ce qui n’est pas ostentatoire, le pétrole d’Arabie ou de Libye n’est pas ostentatoire, le gaz d’Algérie n’est pas ostentatoire, la main d’œuvre bon marché du Maroc n’est pas ostentatoire, l’alignement inconditionnel de la Grande Egypte –pays hôte de l’université Al Azhar– sur les positions occidentales n’est pas ostentatoire, Dubaï n’est pas ostentatoire.
D’aucuns se posent la question que faut-il faire en tant que musulmans d’ici ou d’ailleurs ?
Résister bien sûr, résister à la tentation de baisser les bras et de se couler dans une occidentalisation déboussolée, résister à la tentation extrémiste aussi, résister à la normalisation avec le mal.
Revenir à Dieu –exalté soit-Il- encore et toujours, savoir que ni l’indifférence devant les évènements que vivent les musulmans, ni la fuite en avant ne régleront le problème.
Seul l’attachement indéfectible à la personnalité et à l’ « identité » musulmane ainsi que l’éveil et le réveil des musulmans éparpillés en Occident, leur sentiment de responsabilité par rapport à leur devoir envers eux-mêmes, envers leurs descendants et envers leur religion, leur permettront l’appropriation de leur destin au lieu de laisser tout un chacun débattre sur des sujets tels que : le voile est obligatoire ou pas, est-ce qu’il faut faire la prière ou pas, est-ce qu’il faut bâtir des minarets ou pas, à l’heure ou tous les pays arabes ou presque accueillent des églises avec des clochers et dont la plus récente construite et non moins grande est l’église inaugurée au Qatar en grande pompe il ya peu de temps.
On citera enfin Le bon Gustave –qui a étudié pas mal de temps les arabes et les musulmans– pour rappeler à nos coreligionnaires qu’ils doivent prendre leurs responsabilité par rapport à ce qui se passe autour d’eux et dire :" « L’anarchie est partout quand la responsabilité n’est nulle part. »"
Publié le: vendredi 25 décembre 2009






