Envoyer à un ami
Par: Elmiloudi Mouftadi
Le secret de la piété
En abordant le sujet du rapport de l'homme avec Dieu, nous avons été amenés à dire quelques mots sur la question de la piété. Nous avons aussi entamé le problème de la répartition des richesses entre les hommes dans sa relation avec la piété, sans, toutefois, nous donner le temps de l'éclaircir. Nous reprenons donc ces deux questions dans l'espoir d'éclairer nos lecteurs internautes.
Nous commencerons donc par présenter une certaine approche de la notion de piété, mot que nous avons choisi comme équivalent du terme coranique (attaqwa). Nous en avons déjà avancé une esquisse, quand nous avons souligné la prédisposition du croyant à être là où Dieu veut le voir et à s'abstenir de tout acte interdit. Mais quoi qu'on en dise, on ne serait pas en mesure de la définir de façon exacte et définitive, car, c'est une notion qui décrit une réalité riche et complexe, comme la nature du rapport lui-même dont il est à la fois l'objet et le domaine essentiel. Ali - béni soit-il- le compagnon et cousin du Prophète -paix et salut à lui- a parfaitement contourné cette notion comme suit : « La piété, dit-il, c'est la crainte de Dieu, l'application des préceptes de la révélation, le consentement du peu dont on dispose, et la préparation au voyage ultime (la mort).
Voilà donc comment cette notion, si vaste et si profonde, se trouve définie. Arrêtons-nous un peu sur chacun des termes employés et essayons d'en dégager une signification.
Le premier élément, dans cette définition de la piété, c'est la crainte de Dieu. Or, cela est-il acceptable d'avoir peur de quelqu'un ou de quelque chose ? La peur n'est-elle pas antonyme de courage et, partant, synonyme de lâcheté ?! Dans la vie, les gens ne s'efforcent-ils pas de ne pas avoir peur, ou du moins, quand ils n'y arrivent pas, de cacher cette peur ? Or, c'est une chose innée ; elle est inhérente à la nature des hommes ; mais l'attitude des gens à son égard est controversée : certains pensent que c'est positif, cela permet d'être prudent et donc d'éviter des risques éventuels. Ne dit-on pas que « On ne doit pas avoir peur pour celui qui a peur » ? : On ne doit pas s'inquiéter pour celui qui a peur. D'autres s'y opposent et avancent que la peur est un facteur d'inhibition, donc négatif. Il entrave, de ce fait, l'épanouissement de l'homme. Il anéantit l'esprit de l'initiative.
Alors, comment trancher cette question ? Une fois encore - et toujours - revenons au Coran et puisons-y la réponse. Dieu dit : « Craignez-Moi, si vous êtes croyants »; « Tu craignais les gens, et c'est Allah qui est plus digne de ta crainte »; « Certes, ceux auxquels l'on disait : « Les gens se sont rassemblés contre vous ; craignez-les », cela accrut leur foi, et ils dirent : Allah nous suffit, Il est notre meilleur garant. Ils reviennent donc avec un bienfait de la part d'Allah et une grâce. Nul mal ne les toucha et ils suivirent ce qui satisfait Allah. Et Allah est détenteur d'une grâce immense. C'est le diable qui fait peur à ses alliés. N'ayez donc pas peur d'eux. Mais ayez peur de Moi, si vous êtes croyants». (Al Imran, 173, 174,175)
En Islam, il y a lieu de distinguer deux sortes de peur : craindre Dieu et craindre les hommes ou tout autre chose. La première est non seulement positive, mais elle est obligatoire pour tout croyant. C'est l'exécution d'un ordre divin qui traduit la soumission, la reconnaissance de la grandeur divine, l'insignifiance de soi-même et la dépendance absolue de l'homme à l'égard de Dieu pour son salut ici-bas et dans la Vie Dernière. Cette crainte de Dieu est une réalité, mais elle constitue aussi un acte d'adoration. Et toute la conduite du croyant s'en trouve imprégnée. C'est un catalyseur de tous les bons actes. Je fais tel ou tel acte parce que Dieu l'ordonne, ou tout simplement, parce qu'Il l'aime ; je m'abstiens de faire telle ou telle chose parce que c'est interdit ou Dieu ne l'aime pas. Je crains tout le temps d'indigner Dieu et je cherche constamment à le satisfaire& tant que je peux. J'espère ainsi jouir de sa bénédiction.
Quant à la peur des autres ou des choses, elle se trouve logiquement bannie. Tout d'abord parce que Dieu l'Ordonne : « Craignez- Moi, si vous êtes croyants ! », ensuite parce que personne, quelle qu'elle soit, ni aucune chose, si importante soit-elle, ne peut nous nuire sans la volonté divine. Les actes prennent divers aspects, mais le faiseur est unique : c'est Dieu. Autrement dit, ma responsabilité réside dans le seul dessein que je forme de faire telle ou telle chose. Donc personne ne peut me nuire que si Dieu le permet et au degré qu'Il veut.
« Vous êtes la meilleure communauté qu'on ait fait surgir pour les hommes, vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. Si les gens du Livre croyaient, ce serait meilleur pour eux ; il y en a qui ont la foi, mais la plupart d'entre eux sont pervers. Ils ne sauront jamais vous causer de grand mal, seulement une nuisance (par la langue) ; et s'ils vous combattent, ils vous tourneront le dos, et ils n'auront alors point de secours. » (Al Imran 110,111)
Il convient de souligner ici que l'assimilation de cette réalité n'est pas si évidente ; car ce n'est pas au niveau des mots que cela doit se comprendre pour devenir une conviction, cela demande une éducation, une transformation qui s'opère par et dans la pratique et non pas dans la seule maîtrise de l'art rhétorique. Il s'agit de guérir de la peur des hommes, comme on guérit d'une maladie. Le prophète -que la paix et le salut soient sur lui- demande à Dieu, dans une invocation, de le protéger contre la lâcheté et l'avarice, entre autres.
Quel aboutissement curieux !
Craindre les hommes est une maladie, une anomalie qui conduit à l'impuissance, à la dégradation et à l'esclavage, tandis que craindre Dieu, c'est répondre à LA FITRA, adorer Dieu, bénéficier de son aide et donc être victorieux. L'homme dont Dieu est l'allié ne peut être battu. Il vient à bout de toutes les épreuves, et sa dignité n'est jamais entamée. Il marche la tête haute en conservant toute son intégrité.
Le deuxième élément, c'est l'application des préceptes de l'Islam, c'est à dire, exécuter les ordres, s'abstenir de commettre des actes interdits, faire du bien, lutter contre le mal etc. Le champ ici est vaste et on ne pourrait dresser une liste exhaustive. Il s'agit, d'une manière générale, de respecter les règles de l'Islam dans tous les domaines.
Le troisième élément est relatif au côté matériel, économique ; être satisfait de ce qu'on a. Cela revient à dire « accepter son sort ».
Là, je vous vois froncer des sourcils. Mais quoi ? C'est la résignation, cela ? Vous poussez les gens à la passivité, me diriez-vous. Mais rassurez-vous, ce n'est pas du tout le cas. En aucun cas, l'Islam ne pousse les gens à l'inaction, ni à l'oisiveté. Au contraire, il nous enseigne de travailler jusqu'au dernier souffle. Il nous est demandé d'agir au niveau des effets, de faire des efforts, de réfléchir, d'améliorer nos conditions de vie, mais d'accepter les résultats. Il faut noter, à ce niveau, que cela n'exclut nullement la lutte pour une répartition équitable des richesses. Mais, en Islam, elle ne revêt pas forcément l'aspect belliqueux ou guerrier, comme c'est mentionné dans la doctrine communiste ou socialiste.
Donc, en Islam, nous sommes appelés à travailler, à agir, à défendre ses intérêts, mais sans pour autant maudire son sort. Dans chaque résultat obtenu, réside la volonté divine. Tout le monde travaille, tout le monde agit, mais tout le monde n'est pas riche. Est-ce une injustice ? Aucunement !
Il y a des gens que la richesse ne peut que perdre ; et d'autres à qui la pauvreté ne peut que nuire. Dieu Seul sait qui doit posséder quoi. Ecoutons les paroles d'Allah : « Si Allah attribuait ses dons avec largesse à tous ses serviteurs, ils commettraient des abus sur la terre ; mais il fait descendre avec mesure ce qu'Il veut. Il connaît parfaitement ses serviteurs et en est Clairvoyant. » Choura, 25. De même, l'élargissement des biens matériels peut convenir à une période d'âge et non à une autre. Donc, Dieu, qui est seul expert dans la connaissance des hommes, sait ce qu'il faut, quand il le faut. C'est dans cet esprit-là qu'il ne faut pas s'opposer à sa volonté. Vous avez deux hommes qui agissent de la même manière, mais qui n'ont pas le même résultat. C'est que Dieu choisit pour eux ce qui leur convient. Alors, l'homme doit accepter ce que Dieu a choisi pour lui. Notre bonheur ici-bas et dans la Vie Dernière dépend de cela, de ce consentement. Ce n'est pas forcément la quantité qui assure ce bonheur, c'est plutôt la bénédiction de Dieu devant la volonté duquel on s'incline qui en est la source intarissable.
Publié le: samedi 21 octobre 2006






