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.Al Adl Wal Ihsane décide la suspension de sa participation au mouvement 20 février

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Par: Saïd Eddahby

Les marocains ne sont pas tombés de la dernière pluie

En politique comme en toute chose, rien ne peut se construire sans la confiance. Or cette confiance, le makhzen l’a perdue aux yeux des marocains. Voire aux yeux même de ses acolytes. Preuve à l’appui en est les résultats des mascarades du 12 juin 2009, abstraction faite des vices aussi bien de forme que de fond qui ont entaché les dites « élections communales ». Passons.

L’Etat marocain, dans sa version actuelle, a beau faire croire aux citoyens, à travers ses discours à l’eau de rose qu’il n’a pas cessé de rabâcher et le budget extraordinairement fou que la campagne a absorbé, que le 12 juin 2009 ils seront au rendez-vous avec le changement tant attendu. Que nenni ! Le marocain en est au stade du calme qui précède la tempête. Où étaient allés les marocains le jour « J » ? Aux urnes ? Certainement pas ! Il faisait tellement chaud. Il valait mieux rester chez soi que d’aller se ridiculiser dans quelque bureau de vote. Et puisque le jour « J » était un vendredi, on se préparait au prêche ; et dans la mesure où il n’y a aucun secteur qui ne soit makhzenisé – et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le choix du vendredi a été fait à dessein -, la mosquée a été, comme à l’accoutumée, instrumentalisée pour appeler aux urnes.

En effet, la quasi-majorité des imams, ne sachant même pas de quoi ils parlaient ni appréhendant la portée politique de ce qu’on leur a dogmatiquement imposé de haut, n’ont pas manqué de reproduire le discours despotique conformément aux instructions du ministère des Habous et des Affaires Islamiques - pardon je voulais dire du ministère de l’intérieur – incitant ardemment les chers croyants et chères croyantes à s’acquitter de leur devoir en tant que « citoyens et citoyennes responsables, majeurs et vaccinés » : celui d’aller voter.

Nous comprenons très bien qu’ils n’y sont pour rien. Ils ne font que leur travail pour lequel ils sont payés (même misérablement). Toutefois, quelques questions s’imposent par la force des choses.

De quelle responsabilité citoyenne parle-t-on au sein d’un Etat totalitaire où le citoyen (cela fait mal au cœur de dire citoyen en fait) est totalement apolitisé ?

De quel citoyen majeur parle-t-on quand les marocains sont sous le joug d’une tutelle makhzenienne originale et d’un paternalisme farouche de l’Etat ?

De quel citoyen vacciné parle-t-on sous l’hégémonie et le magistère d’un enseignement en échec, dévoyé, abrutissant et paralysant la créativité et les compétences des personnes ?

En tout cas, en écoutant l’imam fredonner le discours du vendredi, on dirait qu’il s’agissait d’un politique emporté de zèle qui voulait convaincre à tout prix la présence d’aller à toute allure aux bureaux de vote. Il a laissé entendre enfin de compte que s’ils y manquent, Dieu les accablera de châtiments dans la vie d’ici-bas comme dans celle de l’au-delà. En tout état de cause, les ultimatums étaient si nombreux qu’il s’en fallait de peu dire : « celui qui n’est pas avec nous sera contre nous ». Malheureusement, même l’art de faire de la religion un opium ne semble pas avoir été au rendez-vous. Les châtiments civils et politiques, économiques, sociaux et culturels dont sont frappés les marocains, cela personne n’en parle !

C’est ce qui explique le fait que les imams membres d’Adl Wal Ihsane – ou ne serait-ce que sympathisants – se voient abusivement licenciés de leur fonction par l’Etat sous prétextes tout faits et qui de prime abord décoiffent par leur stupidité, en vue de nettoyer « le champ religieux » de ces persona non grata.

Toujours est-il que les marocains ont reconfirmé la mise en cause de la légitimité du makhzen. Car c’est le taux de participation aux élections, qu’elles soient législatives ou communales, qui crédibilise comme il décrédibilise le pouvoir.

Toujours est-il que les élections du 12 juin étaient une gifle politique pour le makhzen. Ainsi, malgré qu’ils soient dans leur majorité appauvris, désinformés, et apolitisés, les marocains grâce à leur intuition et à leur innéité non entachée ont-ils compris les tenants et les aboutissants du petit jeu politique - soi-disant - et ont fait preuve de maturité politique.

Toujours est-il que le message a été très clair : « arrêtez de mentir au peuple. Le peuple ne veut pas de vos pseudo-solutions ici et là. Il s’agit de résoudre les crises ». Mais le makhzen s’efforce de créer beaucoup de questions secondaires et accessoires qui détournent l’attention de la question centrale : une volonté politique réelle au lieu de la realpolitik actuelle.

Toujours est-il que « ne pas faire de la politique est très politique », dans son acception makhzenienne bien entendu, a été reconfirmé. Les marocains ont réadhéré pleinement à la position d’Al Adl Wal Ihsane : le boycott des mascarades.

Comme alternatives, Adl Wal Ihsane propose un projet de société dont la plate-forme est une charte nationale qui pourra unifier toutes les composantes de la société civile, et dont les principes et la philosophie rassembleront les marocains et ne les diviseront pas.

Il y a beaucoup de questions - entre autre ces élections communales qui n’ont été que des gesticulations politiques pures et simples et qui n’ont eu pour seul et unique mobile que l’embellissement de l’une des facettes d’un régime despotique - qui détournent l’attention de cette question centrale : penser notre avenir ensemble et mettre un terme à l’hémorragie.

Pour cela, j’estime qu’il est grand temps d’entreprendre un dialogue national, rationnel et franc auquel participeraient toutes les composantes de la société, sous l’arbitrage du peuple, sans tabous ni lignes rouges.

Je retire pied afin de laisser libre cours aux commentaires de ceux qui ont pour métier d’insulter l’avenir.

A bon entendeur salut !

Publié le: mardi 23 juin 2009