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Par: Mohamed Chbani
La chute
A l’approche des échéances électorales locales, la tension commence à monter petit à petit surtout dans les campagnes. Les stigmates des dernières inondations sont encore là et une bonne partie des sinistrés continuent à habiter dans des tentes de fortune. La crise mondiale ne se ressent pas ici car le monde rural est toujours en crise depuis l’indépendance (dans l’inter dépendance comme aimait à l’appeler les proches du colonisateur français).
En effet, plus d’un demi siècle après la décolonisation, le monde rural qui accueille au moins la moitié des marocains n’a vu aucune évolution. Les campagnes de réforme agraires plusieurs fois annoncées ont été la plupart du temps reportées aux calendes grecques pour ne pas perturber l’équilibre instable des campagnes, les notables ruraux étant hostiles à tout ce qui pourrait émanciper une population dont l’emprise pourrait leur échapper. Ceci a été dit il y a plus de trente ans par Rémy Leveau, fin connaisseur du Maroc, et vaut toujours au jour d’aujourd’hui (1).
Mais aujourd’hui plus que jamais, la coupe semble pleine, les dernières chutes de pluie qui ont été mal gérées par les autorités (in)compétentes et qui ont occasionné des inondations aussi importantes que dramatiques annoncent peut-être la chute de l’équilibre précaire qui prévaut dans les campagnes. Et ce n’est pas une autre campagne, à savoir la campagne électorale, qui va y remédier.
Au contraire, le tapage qui commence à se faire autour de la nécessité de participer aux élections locales aura probablement un effet inverse; les ruraux dont la moutarde commence à monter au nez et qui commencent à se sentir de plus en plus comme le dindon de la farce électoraliste risquent de se rebeller. Les inondations récentes ne sont que la goutte qui a fait déborder le vase. En effet le monde rural souffre depuis longtemps d’années de privations, de promesses non tenues, de vraies fausses réformes, de la marginalisation, de la sécheresse, de l’invasion des sauterelles, tous ces fléaux qui ressemblent étrangement aux « dix plaies d’Egypte ».
Les responsables qui ne voient toujours que le côté plein du verre à moitié vide sont pris au dépourvu, car nier l’existence de la crise ne réglera pas le problème. Peut-être comptent-ils sur un miracle du genre « la crise économique mondiale a touché tous les pays de la planète sauf le Maroc qui a été épargné grâce à la politique magnifique et visionnaire du gouvernement... »
Ailleurs, dans les villes, si les autorités sont hantées par le fantôme du chiisme et de tout ce qui pourrait entacher la blancheur immaculée de la foi des musulmans, un seul sujet préoccupe le marocain moyen, il s’agit du prix des légumes et des produits de première nécessité qui ne cesse de monter. Peut être que les marocains ne comprennent pas qu’il vaut mieux être affamé et non chiite que repu et sympathisant des anti-impérialistes.
Cet imbroglio politico-doctrino- religieux où s’est empêtré la diplomatie marocaine doit l’amener à réagir pareillement concernant les prédicateurs chrétiens qui tentent de convertir les marocains par des actions sociales, par des émissions diffusées en arabe dialectal et par la tolérance justement des autorités vis-à-vis de ces prédicateurs (2); nous ne parlons même pas d’une certaine association (dont le slogan est comme comme) qui s’est affublé la tache de défendre les minorités « sexuelles » qui seraient harcelées dans notre pays.
Enfin, pour revenir au débat sur le suffrage à venir, la grande question qui importune aussi bien les observateurs étrangers que les responsables nationaux concerne la participation ou non du plus grand mouvement d’opposition du pays à savoir Al Adl Wal Ihsane. De cette question en fait découle une autre question qui est : Est-ce que le Mouvement est tenté de se constituer en parti politique « autorisé » ?
Cette question qui a fait couler beaucoup d’encre relance le débat sur le concept de parti politique, qu’est ce qu’un parti politique ?
Est-ce des gens "très sérieux" et très photogéniques en costard cravate qui savent parler dans des assemblées générales tenues dans des locaux somptueux loués gracieusement par le makhzen, ou est-ce une organisation ayant une assise populaire, des adhérents, des sympathisants et un travail de proximité ?
Nombre de partis dont on n’entend parler qu’à l’approche des élections n’ont du concept de parti que le nom, aucune idéologie, aucune présence sur le terrain, pas d’antenne dans la plupart des provinces. En fait, ces partis préfabriqués par le makhzen qui ont un rôle à tenir s’éclipsent le lendemain de la proclamation des résultats.
Donc faut-il être organisé et surtout présent aux côtés des citoyens, l’attribution de parti venant couronner ce travail de proximité, ou faut-il cirer les pompes nuit et jour pour obtenir un parti et pour ne savoir qu’en faire à la fin ? Le débat est clos.
1- Rémy Leveau « Le fellah marocain défenseur du trône », Ed. PRESSES DE LA FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES, la 1e édition de l’ouvrage a eu lieu en 1976, 2e édition en 1986.
2- A Temara, dans la banlieue proche de Rabat, des musulmans sont tentés de se convertir parfois pour une boite d’aspirine délivrée gracieusement par des missions chrétiennes.
Publié le: samedi 25 avril 2009






