Naissance et vie professionnelle
Abdessalam Ibn Mohamed Ibn
Abdessalam Ibn Abdallah Ibn Ibrahim est né le matin du
lundi 4 Rabia II 1347 de l'hégire correspondant à l'année
1928. Son père, un paysan pauvre, appartenait à l'illustre
famille des " Ait-Bihi ", Chérifs Idrissides (descendants
du Prophète) originaires de la contrée d'" Oullouz " dans
le Souss (sud du Maroc).
Parmi les hommes de cette famille ayant acquis une grande
notoriété, le chef Abdallah Ould Bihi dont l'arbre généalogique
rencontre celui de M. Abdessalam Yassine au quatrième
arrière grand-père ; en effet, Ibrahim cité dans l'arbre
généalogique du Morchid, n'est autre que l'oncle paternel
d'Abdallah ould Bihi. Ce dernier, illustre chef d'une
douzaine de tribus, a été assassiné par le sultan alaouite
Mohamed Ibn Abderrahmane.
M. Abdessalam Yassine a effectué ses études primaires
dans une école fondée à Marrakech par le grand combattant
Mokhtar Soussi(que Dieu l'ait en Sa Sainte Miséricorde).
Après quatre années d'études, il obtient le diplôme de
l'institut Ibn Youssef (où étudiaient les plus grands
savants du Maroc).
Il termine ses études à l'école de formation des instituteurs
de Rabat en 1947.
Il exerce dans l'éducation nationale, durant vingt ans,
assumant les plus hautes fonctions administratives et
pédagogiques qui l'ont amené à représenter le Maroc dans
de nombreuses rencontres pédagogiques internationales.
En 1968, il a été démis de ses fonctions sans aucune décision
administrative.
En 1987 il a été mis à la retraite.
Son expérience soufie
En 1965 il intègre la Zaouïa Boutchichia où il puise,
par les soins de son cheikh Hadj El Abbas, dans les sources
d'une foi pure. Là, il goûte aux délices des assises de
Rappel (Dhikr), qui ravivent et illuminent les cœurs,
avec quelques adeptes aspirant à la paix de l'âme, fuyant
les artifices et les clinquants de la vie matérielle.
Cependant, après la mort du Cheikh Hadj El Abbas, M. Abdessalam
Yassine remarque que des comportements commençaient à
se manifester à l'intérieur de la Zaouïa, poussant à des
pratiques s'écartant de la sunna (tradition du prophète
que la paix et la prière soient sur lui) et gardant uniquement
les apparences du soufisme au détriment de son âme.
Jihad sans organisation
1974 : M. Abdessalam
Yassine donne un conseil au roi Hassan II sous forme d'une
lettre de plus d'une centaine de pages intitulée "L'islam
ou le déluge", et pour laquelle il a été emprisonné sans
jugement pendant trois ans et six mois.
1978 : Il est interdit
de prêches dans les mosquées.
1978/79 : Il entame
une tournée de visites à bon nombre d'Oulémas et de leaders
de groupes islamistes, en vue d'unir les efforts de tous
dans un même cadre organisationnel, mais sans résultat.
Il décide alors de tenter une nouvelle expérience organisationnelle.
Février 1979 : Il publie
le premier numéro de la revue "Al Jamaa" qui exprimait
les orientations d'" Ousrat Al Jamaa " (c'est la première
appellation du mouvement, ousrat signifie famille). Elle
sera très vite l'objet de beaucoup de persécutions dont,
notamment, la saisie des numéros cinq, dix, et seize après
lequel elle sera interdite.
Le Jjihad organisé
1981- 1983 : Il fonde
une "Jamaa Islamia " (mouvement islamiste) ; mais malgré
la diversification des noms qu'il lui donne, d'"Ousrat
Al Jamaa " à l'" Association de la Jamaa " en passant
par " Al Jamaa Al khairira " (l'association de bienfaisance),
elle ne sera jamais reconnue par les autorités.
Juillet 1982 : Il publie
un article dans la revue " Al Jamaa " intitulé " Paroles
et actes " dans lequel il répond à la lettre royale de
Hassan II à l'occasion de l'avènement du XVè siècle de
l'hégire. L'article fut la raison pour laquelle M Abdessalam
Yassine fut arrêté une deuxième fois, le 27 Décembre 1983.
Novembre 1983 : Il
publie le journal " Assobh " (L'Aurore) qui s'arrêtera
de paraître après la saisie du deuxième numéro.
Décembre 1983 : Il
est arrêté à cause d'un article paru dans le journal "
Assobh " et il est condamné à deux ans de prison ferme,
après trois mois de détention provisoire. Cette accusation
n'était en fait qu'une couverture, le vrai motif étant
sa réponse à la lettre royale.
Janvier 1984 : Le premier
et unique numéro du journal "Al Khitab" (le discours)
est publié, apportant son lot d'interdictions et de poursuites
judiciaires à l'encontre de ses distributeurs.
Septembre 1987 : "
Al Jamaa Al khairira " prend le nom de "Al Adl Wal Ihsane
" (Justice et spiritualité, ou, Justice et bienfaisance),
sous la direction de M. Abdessalam Yassine.
Résidence surveillée
Le 30 Décembre 1989
: M. Abdessalam Yassine est assigné à résidence. A partir
de cette date, il est et interdit de quitter son domicile
et de recevoir des visites, même pas celles de ses proches.
03 Août 1990 : Le Guide
spirituel assiste à la prière du Vendredi à la mosquée
Ibn Saïd. Il prononce un prêche, à l'adresse de l'ensemble
des fidèles et des membres de son mouvement, pendant lequel
il annonce l'inauguration d'un nouveau front où l'ennemi
ne pourra rien: l'adoration et l'invocation, l'arme la
plus efficace contre les injustes, et cela pendant tout
le mois de Safar 1411 de l'hégire.
15 Décembre 1995 :
Le Morchid se rend une nouvelle fois à la prière du Vendredi,
après six ans environ de résidence surveillée, après que
les mass média aient rapporté la nouvelle de la levée
du siége autour de son domicile, selon la déclaration
d'un haut responsable gouvernemental. Mais il est informé,
par un messager officiel et à l'intérieur même de la mosquée,
que l'assignation à la résidence surveillée était toujours
en vigueur. C'est ce que M. Abdessalam Yassine transmet
à tous les fidèles, à ses amis et disciples, dans un discours
prononcé à la fin de la prière. Après quoi le siège continue
jusqu'en 2000.
28 Janvier 2000 : Le
Morchid publie " MEMORANDUM A QUI DE DROIT", une lettre
ouverte adressée au nouveau roi du Maroc, Mohamed VI,
dans laquelle il l'incite à la piété, à la crainte de
Dieu dans la gestion des affaires du peuple marocain et
de ses intérêts, et à la réparation des injustices commises
et des droits bafoués pendant le règne de son père. Il
lui réitérait ainsi le conseil qu'il avait déjà présenté
à Hassan II, dans la lettre " L'ISLAM OU LE DELUGE ",
de suivre le modèle éternel et juste d'Omar Ibn Abdelaziz
que Dieu soit satisfait de lui.
Février 2000 : Cinq
personnes de la famille du Morchid sont interdites de
se rendre dans les lieux saints pour accomplir le pèlerinage,
le cinquième pilier de l'Islam. Ce sont son épouse Madame
Khadija, son fils Kamel, son gendre M. Abdullah Chibani
ainsi que M. Mounir Regragui et son épouse.
19 Mai 2000 : Le Morchid
force le siège instauré autour de son domicile et se rend
à la mosquée pour la prière du Vendredi, mettant ainsi
devant le fait accompli les autorités dont les déclarations
aux mass média laissaient entendre, fallacieusement, que
M. Abdessalam Yassine n'était pas assigné à la résidence
surveillée. L'état n'avait pas d'alternative que de s'accommoder
de la nouvelle situation tout en essayant d'exploiter
la fin de la résidence surveillée pour soigner son image
de marque, tellement altérée, et essayer de se présenter
comme un pays respectueux des droits de l'homme.
Cependant, malgré la liberté de déplacement et de visites
dont jouit le guide de la Jamaa, les harcèlements policiers
n'ont jamais cessé. Les représentants du makhzen sont
toujours stationnés devant et autour de sa maison. Ils
exercent une très étroite surveillance de ses visiteurs
et le talonnent dans ses moindres déplacements.
26 Mai 2000 : Le Morchid
débute ses visites aux milliers de ses fils spirituels
qui désiraient ardemment le voir. Partout où il va, il
trouve les foules de ses fidèles et de ses sympathisants
qui l'accueillent à bras ouverts, abrégeant les dix années
de séparation corporelle forcée, même si les âmes ont
toujours été liées. Mais partout il trouve aussi les cortèges
d'informateurs et d'agents officiels qui l'assiégent,
le poursuivent et gênent ses mouvements.
10 Décembre 2000 :
Des membres de la famille d'Abdessalam Yassine ont été
arrêtés lors de manifestations pacifiques organisées par
La Jamaa, dans plusieurs villes du pays, pour protester
contre la détérioration alarmante de la situation des
droits de l'homme au Maroc, surtout les droits d'Al Adl
Wal Ihsane, ceux de ses étudiants et de ses organes d'informations
notamment. Parmi les membres arrêtés, figure sa femme,
ses enfants et deux membres de sa belle-famille. Ils ont
été condamnés, en compagnie de dizaines de membres de
la Jamaa, à trois mois de prison ferme dans les tribunaux
de première instance, ramenés à trois mois avec sursis
en appel.